4 voitures de gangsters pour s’encanailler

Publié le lundi 15 avril 2019.
Mis à jour le vendredi 28 juin 2019.
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Ford Cortina Lotus : l’attaque du train postal

L’affaire du train postal Londres-Glasgow aura marqué les années 60 et restera aussi dans l’imaginaire collectif en France grâce au cinéma : Gérard Oury en tourna une adaptation, le Cerveau, avec Jean-Paul Belmondo et Bourville en têtes d’affiche. Le 8 août 1963, à 3h03 du matin, une bande de 16 gangsters menés par Bruce Reynolds (entre autres, les opinions divergent sur sa qualité de “cerveau”) s’emparent d’un train postal parti de Glasgow pour Londres garni de 2,6 millions de livres en petites coupures destinées à la destruction (presque 50 millions de livres d’aujourd’hui, pour comparaison).

Et la Ford Cortina Lotus me direz-vous ? Il s’agit à l’époque d’une voiture particulièrement désirable, destinée à l’homologation pour le BTCC (1 000 exemplaires minimum) et dotée d’un moteur Ford modifié par Lotus pour l’Elan, le 1.6 litre “Kent” poussé à 106 chevaux. Elle se différencie de ses paisibles soeurs par des portes en aluminium, une transmission et une suspension revues par Lotus, une peinture blanche et verte particulièrement reconnaissable et des pneus spécifiques.

Bruce Reynolds, le cerveau présumé, adorait les voitures et s’était offert peu de temps auparavant une Lotus Cortina grâce aux produits de différents larcins. Immatriculée BMK 723A, elle lui servira à effectuer les repérages pour ce que l’on appellera le casse du siècle, laissant des traces de pneus (spécifiques on vous l’a dit) qui aideront à son identification par la police. Reynolds réussira pourtant à s’échapper à l’étranger mais sera arrêté en 1968 lors d’un retour à Londres.

Ironie de l’histoire, la police du West Sussex s’équipa en Lotus Cortina un peu plus tard.

La BMK723A restera à la fourrière jusqu’en 1980 avant qu’elle ne soit revendue à un client célèbre, Colin Chapman (fondateur de Lotus). Elle restera dans les réserves de Lotus jusqu’à ce que la marque ne vende aux enchères une partie de sa collection en 2000. Depuis lors, elle ressort régulièrement lors de ventes aux enchères, la dernière datant de 2012 et une transaction à 100 000 livres.

Citroën 15-6 G : Pierrot le fou

L’immédiat après-guerre est une période trouble pour la France, et chacun tente d’y survivre comme il peut (le rationnement durera jusqu’en 1949). Pour Pierre Lautrel, truand violent, ancien des “bat’d’Af”, de la carlingue (la Gestapo française) et résistant de circonstance pour se refaire une virginité, il n’y a qu’une solution : reprendre ses activités de braqueur. Avec 6 complices, il va créer une bande qu’on appellera le “Gang des Tractions Avant”.

La Citroën 15-6 G dans le film « Le Gang » de Jacques Deray.

L’idée n’est pas nouvelle : disposer de voitures puissantes, solides et à la tenue de route exemplaire afin d’échapper le plus vite possible à tout poursuivant lors de leurs méfaits. Pour Pierre Lautrel, dit Pierrot le fou, le choix va se porter sur la Citroën 15-6 dotée d’un 6 cylindres en ligne de 2 867 cc de 77 chevaux. Rapide (135 km/h), elle a en outre le mérite de se fondre dans la circulation qui compte beaucoup de 7, 11 et 15 à l’allure identique. C’est enfin une voiture connue des malfaiteurs qui l’ont utilisée tant avec la Gestapo qu’avec la Résistance.

Après une série de braquages commencés en février 1946, le gang des Tractions Avant et Pierrot le fou (devenu “ennemi public numéro un”) se retrouvent assiégés par la police dans une ferme près de Champigny en septembre. Lautrel s’échappe mais se tire une balle par accident en montant de la 15-6. Il décèdera quelques jours plus tard.

BMW 528i : Jacques Mesrine

Le 14 mai 2007, une légende est broyée à jamais : dans une casse d’Athis-Mons, la BMW 528i E12 immatriculée 83 CSG 75 ne devient plus qu’un amas de métal après être restée 28 ans sous scellés depuis la mort de Jacques Mesrine le 2 novembre 1979.

Une BMW 528i portant la bonne immatriculation, dans le film Mesrine de 2008, avec Vincent Cassel dans le rôle titre.

Dans les années 70, celui qui s’appelle lui-même Le Grand, ou même Robin des bois (notez rétrospectivement l’ironie de sa plaque d’immatriculation) est devenu l’ennemi public numéro 1 après une série de braquage. En 1979, il décide de s’acheter une “Béhème” et s’offre pour un peu plus de 100 000 francs de l’époque un modèle de direction à la concession BMW de Clichy.

Equipée d’un 6 en ligne 2,8 litres de 184 chevaux, dotée d’une boîte manuelle, de la climatisation et de jantes Motorsport, la voiture devient célèbre à peine deux mois après son immatriculation. Alors que Mesrine sort de sa planque à son volant, il tombe dans une souricière policière à l’angle de la Porte de Clignancourt et du boulevard Ney. Tentant de s’échapper, 21 coups de feu criblent la voiture qui s’arrête définitivement à 7 747 km au compteur. A l’intérieur, Mesrine est mortellement touché.

Depuis ce temps, BMW est souvent considérée comme une marque particulièrement prisée des gangsters, d’autant qu’un peu plus tôt dans la décennie, la Bande à Baader avait sévi en RFA à bort d’une BMW 2002.

Cadillac 341 V8 Town Sedan : Al Capone

Al Capone, surnommé Scarface, est sans doute l’un des gangsters les plus célèbres de tous les temps. Est-ce à cause des nombreux films qui s’inspireront de son histoire, de sa traque et de son arrestation par Eliot Ness, ou tout simplement pour son imposante limousine Cadillac Série 341 “Town sedan” blindée ? Difficile à dire.

Le parrain du crime à Chicago, alors à son apogée grâce à la prohibition imposée à partir de 1919, s’offre en effet en 1928 une Cadillac 341 V8, tant pour la prestance qu’elle impose que pour une autre raison : la police l’utilise aussi. Peinte dans les mêmes couleurs verte et noire que les unités de Chicago, elle dispose elle aussi d’un gyrophare et d’un récepteur radio.

En outre, pour une meilleure protection, la Cad’ Town Sedan dispose d’un blindage qui fait passer son poids à 3 tonnes. Un poids que le V8 de 5,6 litres et 90 chevaux a bien du mal à déplacer. Petite subtilité, Al Capone fera modifier la lunette arrière pour qu’elle devienne basculante : pratique pour mitrailler un poursuivant. Après la condamnation d’Al Capone en 1931, elle est récupérée par un agent automobile un peu véreux qui la vendit à des particuliers. Elle refait surface en 2012 lors d’une vente aux enchères, partant à 341 000 dollars. Particularité : n’ayant jamais changé d’immatriculation, elle était encore inscrite au nom de la femme d’Al Capone.

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3 commentaires

Kamal

Le 08/06/2019 à 18:13

Bonjour, j’apprécie énormèment la lecture de votre magazine décalé. Je vous fais néanmoins observer que l’une des voitures de gangster ( et/ ou de flic) méritant probablement de figurer, est l’Alfetta qui le fut en Italie, en étant bien plus avancée techniquement que la BMW E12. Amicalement, Kamal.

Zorglub34

Le 22/06/2019 à 15:00

Au palmarès aurait aussi pu figurer la Delaunay-Belleville de Jules Bonnot qui fut utilisée pour le premier casse avec automobile à la Société Générale en 1911 !

Nirina

Le 22/08/2019 à 14:03

Merci.

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