4 voitures qui tirent à droite

Publié le vendredi 26 avril 2019.
Mis à jour le mercredi 12 juin 2019.
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A l’approche des élections européennes et alors que la notion de droite et de gauche semble se déliter, il semblait opportun de présenter quelques voitures qui penchent à droite, avant d’attaquer celles qui roulent à gauche. Petite revue d’effectif non exhaustive.

Peugeot 604, joue-là comme Giscard

« Mon mari est Peugeot à mort » disait Nathalie Morin à propos de son mari Bernard dans les Bronzés. Dans les années 70, rouler en Peugeot plutôt qu’en Renault n’est pas un choix anodin, cela dénote un positionnement politique fort. Or depuis des années, la marque de Sochaux représente aux yeux de tous la bourgeoisie provinciale plutôt conservatrice et traditionnelle, loin des excentricités des progressistes de chez Renault dont les usines de Billancourt grouillent de dangereux communistes.

Le Président de la République lui-même, Valéry Giscard d’Estaing, ne s’y est pas trompé. Malgré le statut de la Régie, une entreprise d’Etat, hors de question de voir le losange débarquer à l’Elysée. On y roulera donc en Peugeot. Certes, les SM présidentielles sont là pour l’apparat, mais pour tous les jours, on préfère le confort et le prestige de la nouvelle 604, haut de gamme du lion.

Le Président roule évidemment en SL, avec son V6 PRV de 136 chevaux (avant que l’injection ne fasse passer la puissance à 144 chevaux, puis 155 chevaux en 1984) tandis qu’un certain nombre de modèles (aujourd’hui introuvables) sont équipés du 4 cylindres 2 litres de la 504 à destination de l’administration. Pour le quidam, le choix en essence se limite au V6, tandis que les VRP se rabattent sur la D Turbo, un 4 pattes de 2,3 litres et 80 chevaux (2,5 litres et 95 chevaux en 1984) carburant au mazout et dopé au turbo.

Citroën CX : la voiture de la victoire

En ce soir du 7 mai 1995, les résultats tombent. Contre toute attente et après une campagne menée tambour battant sur le thème de la fracture sociale, Jacques Chirac l’emporte face à Lionel Jospin, après s’être débarrassé au premier tour du favori de cette élection, Edouard Balladur. Le grand Jacques traverse alors Paris en voiture pour rejoindre le siège du RPR, accompagné d’une nuée de motocyclistes de presse. Les berlines françaises ne manquent pas à l’époque : Renault Safrane, Peugeot 605 ou Citroën XM. Pourtant, le Président fraîchement élu frappe un grand coup en préférant sa vieille Citroën CX Prestige.

L’utilisation d’une Citroën pour un gaulliste n’est pas anodine : il s’agit d’un clin d’oeil au Général qui ne roulait qu’en DS. Rouler dans un véhicule ancien (la CX de Chirac accusait plus de 10 ans d’âge) est un acte fort : dans la foulée de la fameuse « fracture sociale », le nouveau président se présente « proche du peuple », lui aussi roule en vieille guimbarde.

Pour autant, il ne faut pas croire que « Chichi » roule populaire. Sa CX n’est pas une vulgaire entrée de gamme, mais bel et bien une Prestige Turbo, version limousine de la GTI Turbo. Plus discrète que sa sœur GTI, elle en conserve le 2,5 litres injection de 168 chevaux, de quoi atteindre les 220 km/h. La Prestige s’avère être une version longue (même empattement que le break) offrant suffisamment de place pour les longues jambes du Président. Son toit est aussi légèrement surélevé libérant encore plus d’espace à l’intérieur.

Porsche 356 : pour l’amour de la « bagnole »

Les présidents de la République ont rarement exprimé officiellement leur amour pour l’automobile. Georges Pompidou fait pourtant exception. Grand bourgeois par excellence, ancien directeur général de la Banque Rothschild, l’homme a de l’argent (sans pour autant être très riche) et aime les belles choses. L’automobile et la vitesse sont ses péchés mignons et l’homme possède un sacré coup de volant.

Après avoir roulé en Bristol, Georges Pompidou décide début 1962 de s’offrir une Porsche 356 1600 S. Avec son petit 1 582 cc refroidi par air et ses 75 chevaux, elle est parfaite pour rejoindre le vendredi sa propriété d’Orvilliers, dans les Yvelines, pieds au plancher. Alors que le bon de commande est déjà parti, voilà que le Général lui confie la responsabilité du gouvernement. Devenu Premier Ministre, il préfère opportunément mettre la Porsche au nom de sa femme lors de l’immatriculation (3474 NA 75) le 15 novembre 1962.

Malgré ce petit tour de passe-passe, Pompidou de se cache pas et continue à conduire « sa » voiture. Devenu président de la République, il deviendra le symbole du développement autoroutier français (bien qu’il n’en soit pas l’instigateur) et de la création du périphérique parisien qu’il inaugure. On le verra aussi attentif aux 24 heures du Mans, ou traînant au salon de l’automobile encore au Grand Palais.

BMW M1 : la scoumoune Fillon

Juillet 2012, Le Mans Classic : libéré de son poste de Premier Ministre à la faveur (ou à cause) de la défaite de son patron Sarkozy face à François Hollande, François Fillon savoure sa nouvelle liberté et peut enfin s’adonner à sa passion, la course automobile. Sarthois de longue date, il est bien entendu tombé dans le sport mécanique comme d’autres versent en religion. Son frère Pierre aussi, président de l’ACO (l’Automobile Club de l’Ouest) et c’est ensemble qu’ils s’attaquent au Bugatti, au volant d’une BMW M1 de compétition.

Il ne sait pas encore quelles étranges circonstances le feront devenir le champion de la droite après avoir remporté les primaires, puis maudit par les révélations successives des salaires de Pénélope comme attachée parlementaire ou consultante à la Revue des Deux Mondes, sans même parler des costumes de « l’ami » Bourgi. En ce calme mois de juillet, les soucis sont loin, ceux d’après comme ceux futurs, et notre jeune retraité peut savourer l’odeur de l’huile, de l’essence et des freins rougis. Depuis Pompidou, aucun politique ne s’était avoué aussi favorable à l’automobile « passion ».

La M1 est une BMW à part. Dans les années 70, la marque munichoise n’a pas encore la réputation qu’elle a aujourd’hui. Bien sûr, après son sauvetage au début des années 60, Béhème s’est petit à petit forgée une solide réputation dans les berlines « musclées », mais ne s’était pas engagée encore dans la supercar. L’échec de la 507 restait encore ancré dans les mémoires. C’est d’abord avec Lamborghini que le châssis est étudié, mais le constructeur finira par se concentrer seul sur la question. La M1 (E26 pour les intimes), avec sa superbe carrosserie dessinée par Giugiaro, est une beauté et s’offre un 6 en ligne de 3,5 litres et 24 soupapes, développé par Motorsport et crachant 277 chevaux.

La M1 sera un échec commercial avec 455 exemplaires vendus, tandis que BMW, changeant d’orientation sportive, ne l’engagera jamais vraiment en compétition. C’est sûrement pour cette raison que Fillon préférera ensuite tenter sa chance au Mans Classic avec une Lotus Elan, mais toujours avec son frère Pierre.

Lire aussi : 5 voitures qui tirent à gauche.

 

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1 commentaire

Zorglub34

Le 26/04/2019 à 18:04

Giscard n’a pas toujours roulé en 604. La conception de la CX Prestige est à la base une commande de l’Elysée pour Giscard. L’empattement long et le toit surélevé permettaient de loger son mètre 89 !

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