AC Ace : aux origines de la Cobra

Jeudi 6 décembre 2018
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On entend sans arrêt parler des fameuses AC Cobra qui continuent encore aujourd’hui de fasciner les amateurs, mais on oublie souvent que la base servant à ce mythe automobile existait déjà chez AC sous le nom de Ace depuis 1953, avec un moteur maison d’abord, puis un moteur Bristol, puis enfin un moteur Ford. Souvent, pour la différencier de la Cobra, on l’appelle tout simplement AC Bristol, et faisant passer son vrai nom, Ace, à l’as (hélas, c’est là qu’est l’os).

Après la barquette, Tojeiro avait réalisé un roadster, dont les droits furent achetés par AC, donnant naissance à l’Ace

A la fin de la seconde guerre mondiale, AC, qui avait passé cinq ans à produire du matériel de guerre dans son usine de Thames Ditton, se devait de retrouver une activité normale pour faire tourner son usine. Alors que la voiture de luxe et de sport n’était pas encore redevenue un marché suffisamment porteur, la petite marque anglaise dut commencer par se diversifier dans les sacs de golf, les voiturettes pour invalides de guerre et même les trains. En 1947, la firme présidée par William Hurlock et son frère Charles tentait un premier come-back sur son secteur de prédilection avec l’AC 2-Litre. Mais il fallait bien l’admettre : l’heure n’était pas encore au retour des voitures de grand luxe. Il faudra 10 années pour vendre 1 284 exemplaires de la 2-Litre.

L’AC-Tojeiro est considéré comme le prototype de l’Ace

Certes, le marché de l’automobile anglaise reprenait petit à petit des couleurs, mais les dépenses somptuaires n’étaient pas encore de retour, tandis que la majorité de la clientèle britannique s’orientait désormais vers la voiture plaisir légère et plus abordable, la fameuse « sports car ». William Hurlock, flairant le marché, l’avait bien compris. Il décida donc de produire lui aussi un modèle adapté aux envies de sport et de liberté des conducteurs des années 50. En 1952, l’ingénieur et designer John Tojeiro avait réalisé lui même une jolie petite barquette s’inspirant des lignes alors en vogue en Italie, équipée d’une mécanique MG et destinée à la compétition. Un deuxième modèle (un roadster cette fois-ci) fut réalisé : c’est ce dernier qui tapa dans l’oeil des frères Hurlock. Ils achetèrent donc à Tojeiro les droits de fabrication de celle qui allait désormais s’appeler Ace.

Une AC Ace dotée du moteur 2 litres de la 2-Litre

Le design était d’une simplicité absolue, ce qui sans doute explique l’incroyable succès des dérivés de l’Ace aujourd’hui. Sobre et toute en courbe, elle exprimait la sportivité et l’élégance en quelques lignes. Pour motoriser la nouvelle sportive de la marque, on préféra d’abord implanter un 6 cylindres en ligne maison de 2 litres et 100 chevaux qui équipait déjà la 2-Litre. Malheureusement, il s’agissait d’un bloc dont les origines remontaient à 1922 et l’AC 16. Autant dire qu’il datait de Mathusalem.

Une publicité AC vantant ses trois modèles, l’Ace, l’Aceca, et la Greyhound au milieu

Il fallait donc se résoudre soit à développer un nouveau moteur, soit à faire appel à un nouveau fournisseur. Etant donnée la fragilité financière du constructeur, la deuxième solution s’imposa comme une évidence. On privilégia alors un choix « national » en s’adressant au constructeur Bristol dont le L6 de 2 litres et 125 chevaux (dérivé du moteur de la BMW 328) équipait déjà sa toute nouvelle berline Bristol 405. Avec ce nouveau moteur, l’Ace gagnait son surnom d’AC Bristol à partir de 1956. Revers de la médaille, elle coûtait 22 % plus cher qu’une Ace classique. Avec un tarif, en 1957, de 2 011 livres, elle coûtait même plus cher qu’une Jaguar XK140. En contrepartie la vitesse de pointe passait de 166 à 187 km/h.

L’intérieur et le moteur d’une Ace à moteur AC

Entre temps, l’Ace avait gagné en 1954 une nouvelle carrosserie hardtop, méconnue aujourd’hui et pourtant très réussie. Certes, elle prenait un peu de poids par rapport à sa sœur Ace, mais on gagnait en confort avec un toit en dur. Comme l’Ace, elle bénéficia à partir de 1956 de la motorisation Bristol.

L’Aceca est la version « toit en dur » de l’Ace. Une voiture méconnue.

En 1961 pourtant, il fallut à nouveau changer de moteur. Le 6 cylindres donnait satisfaction mais la firme Bristol avait pris la décision d’en stopper la fabrication pour équiper ses propres voitures de V8 signés Chrysler. Il fallait de nouveau trouver un motoriste. Cette fois-ci, on décida d’utiliser un L6 d’origine Ford mais modifié par Ruddspeed Ltd. Ken Rudd avait couru plusieurs années sur des AC Ace modifiées par ses soins, avant de créer son entreprise de préparation moteur pour Austin-Healey, Volvo et désormais AC. Le moteur était encore une fois un 6 cylindres provenant de la Ford Zephyr, mais porté à 170 chevaux grâce à 3 carburateurs (des Weber ou des SU suivant les modèles). Ainsi dopée, l’AC Ace pointait désormais à 209 km/h.

C’est sans doute cette évolution vers toujours plus de sportivité, alliée à l’élégante carrosserie ne perdant rien de sa beauté au fil des ans, qui intéressa Caroll Shelby. Sachant les problèmes de fourniture moteur d’AC d’un côté et le désir de Ford d’opposer une sportive musclée à la Chevrolet Corvette (de l’autre), Shelby proposa tout simplement de placer un V8 américain dans la superbe Ace pour créer une nouvelle voiture ultra-sportive, l’AC Cobra, qui finira par éclipser son aînée dans l’histoire automobile.

Une AC Ace à moteur Bristol.

Au total, 729 exemplaires de l’AC Ace furent fabriqués jusqu’en 1963, date à laquelle fut lancée la Cobra : 220 étaient équipés du moteur AC, 463 reçurent le moteur Bristol et 46 seulement le fameux Zephyr Ruddspeed. De son côté, l’Aceca fut produite à 328 unités (151 avec moteur AC, 169 « Bristol » et seulement 8 « Ruddspeed »). L’Ace et l’Aceca connurent une tentative de descendance modernisée dans les années 90 dont la production restera très confidentielle (60 exemplaires en comptant les 2 prototypes).

Une rare AC Ace à moteur Ford Zephyr Ruddspeed.

Aujourd’hui, les Ace/Aceca sont moins recherchées que les Cobra, mais cela ne les empêche pas d’atteindre des cotes élevées selon LVA (2018) : de 170 000 (moteur AC) à 190 000 euros (moteur Bristol ou Zephyr) pour l’Aceca et de 260 000 (Moteur AC) à 340 000 euros (moteur Zephyr) pour l’Ace roadster : c’est toujours deux à trois fois moins cher qu’une Cobra. C’est aussi, à mon sens, beaucoup plus joli car plus pur.

Liens de l’article :

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES AC ACE « BRISTOL » (56-62)

Motorisation

Moteur 6 cylindres en ligne Bristol, 12 soupapes
Cylindrée 1 971 cc
Alimentation Atmosphérique, 3 carburateurs Solex
Puissance 125 ch à 4 750 trs/min
Couple 165 Nm à 3 750 trs/min

Transmission

Roues motrices Arrière
Boîte de vitesses BVM 4 vitesses + overdrive

Dimensions

Longueur 3 848 mm
Largeur 1 511 mm
Hauteur 1 245 mm
Poids 762 kg

Performances

Vitesse maxi 187 km/h
Production totale 463 exemplaires (56-62)

Tarif

Cote moyenne 2018 (LVA) 20 000 euros

 

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6 commentaires

Eddy123

Le 06/12/2018 à 21:22

Excellent. ..

Philippe

Le 06/12/2018 à 23:21

Exactement l’AC Bristol est bien plus pure qu’une Cobra avec ce sublime moteur à la complexe culbuterie.
Au passage rappelons que Bristol en avait racheté la licence et l’outillage à Frazer-Nash qui en avait hérité de par les dommages de guerre que l’Allemagne devait à la Grande-Bretagne. Lequel Frazer-Nash a ensuite continué également à acheter des moteurs à Bristol pour ses propres productions.
Il paraît que Caroll Shelby ne voulait pas entendre parler « AC Cobra » car pour lui AC n’était à l’origine que de quelques tubes soudés entre eux alors qu’une « Shelby Cobra » c’était … tout le reste.

Heathcliff

Le 25/01/2019 à 12:03

Super article! On peut aussi rajouter que AC s’était plus qu’inspiré de la Siata 208 S italienne. A ce qu’il parait certaines pièces étaient même interchangeables.

Jazz

Le 25/01/2019 à 16:08

A quand de nouveaux articles ? 🙂

martin

Le 03/02/2019 à 19:28

Le filet s’amenuise. En même temps boîtier rouge ne nous doit rien, contentons nous.

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