Adler 2.5 litres : rareté allemande d’avant-guerre

Publié le mardi 15 novembre 2016.
Mis à jour le vendredi 5 avril 2019.
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La Volkswagen Cox, c’est trop connu… Et puis avant guerre, peu d’exemplaires ont réellement été fabriqués (lire aussi : L’usine VW de Wolfsburg). Non, tout lecteur de Boîtier Rouge qui se respecte se doit de chercher autre chose qu’une Cox, Kafër ou Beetle, peu importe son nom. Aussi, j’ai recherché quelque chose qui y ressemble, mais qui soit plus rare, plus racé, plus stylé. Et j’ai trouvé : l’Adler 2.5 litres, dites « Autobahn ».

L'Adler 2.5 litres est à moteur avant (photo du haut, André Leroux)
L’Adler 2.5 litres est à moteur avant (photo du haut, André Leroux)

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Bon coupons tout de suite court au débat : oui, il ne s’agit pas d’une voiture à moteur arrière refroidi par air, mais à moteur avant, refroidi par eau ! Non il ne s’agit pas d’un flat four, mais d’un 6 en lignes (ce qui lui donne une certaine noblesse). Mais oui, les deux voitures se ressemblent, mais l’une est populaire, l’autre luxueuse, l’une est mondiale, l’autre confidentielle, l’une est ultra diffusée, l’autre ultra rare ! L’Adler 2.5 litres est donc une voiture très BR.

La 2.5 litres (en bas) remplace la Diplomat (en haut): changement de style, changement d'époque !
La 2.5 litres (en bas) remplace la Diplomat (en haut): changement de style, changement d’époque !

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D’abord, Adler ça veut dire « aigle » en allemand, ce qui est beaucoup plus chic que « Volks », on est d’accord ? Ensuite, elle est parue en 1937, sous le nom de typ10, bien avant la « vévé » (1938), et sa version cabriolet sera fabriquée par Karmann (comme la VW), mais en plus classe ! Bon arrêtons là cette comparaison, pour en entamer une autre, cette fois-ci plus visible, avec la Steyr 50 autrichienne, qui, elle, est parue avant, en 1936. Certes la Steyr 50 est elle aussi plus populaire que l’Adler 2.5 litres, mais une chose est sûr : elles ont le même concepteur, Karl Jenschke, passé de Steyr Daimler Puch à Adler en 1935 ! Déjà en 1931, l’ingénieur (et rédacteur en chef de Motor-Kritik) Josef Ganz avait réalisé la Maikafër (Coccinelle de mai) pour Adler, une voiture intéressante préfigurant la 2.5 litres mais aussi la Volkswagen, ne serait-ce que par le nom.

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L’Adler Maikafër (en haut) et la Steyr 50 (en bas)

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La marque Adler est peu connue aujourd’hui… Pourtant, elle date de 1902, et a produit des automobiles et des motocyclettes pendant de longues années. Hélas, la guerre stoppa la production automobile, tandis que les motos ne dureront que quelques années après guerre. Les amateurs allemands de voitures s’en souviennent bien, les français beaucoup moins. Pourtant, admirez la ligne de la 2.5 litres : moderne, familière, luxueuse, elle aurait mérité une autre carrière.

L'Adler était disponible en berline, coupé (en haut) ou cabriolet Karmann (en bas)
L’Adler était disponible en berline, coupé (en haut) ou cabriolet Karmann (en bas)

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Oui mais voilà, la 2.5 litres, avec son L6 de 58 ch en version « normale » et de 80 ch en version « sport », coûte cher. Trop cher : 5750 marks… De toute façon, la guerre éteindra la production automobile d’Adler qui participera à l’effort de guerre, et la 2.5 litres cessera d’être produite en 1940, après seulement 5295 exemplaires. Dommage, car si la berline 4 portes était un peu « bombée », le coupé était très séduisant, et le cabriolet particulièrement craquant (sans doute celui qui ressemble le plus à la Cox, la faute à Karmann sans doute).

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La production s’arrêtera donc en 1940, mais elle gardera des adeptes auprès des officiers allemands, qui utilisèrent l’Adler 2.5 litres, en version artisanalement « militarisée ». Avec la décision après-guerre de ne pas reprendre la production d’automobile, l’histoire de la 2.5 litres restera figée à jamais, devenant par là même une oubliée de l’histoire, malgré ses qualités : moteur puissant (pour l’époque), tenue de route, aérodynamisme, élégance.

Une Adler 2.5 litres pendant la guerre
Une Adler 2.5 litres pendant la guerre

Déjà rares à l’époque, les Adler 2.5 le sont encore plus aujourd’hui. Avouez cependant qu’elle pourrait être un challenge intéressant pour un collectionneur éclectique désireux de posséder un modèle rare, encore plus en cabriolet. Reste à en dégoter une, à un tarif raisonnable, ce qui ne sera pas une mince affaire…

 

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8 commentaires

Max

Le 15/11/2016 à 17:33

La ressemblance avec la Chrysler Airflow 1934 est patente, surtout sur la berline… Encore une fois, merci Paul de nous faire découvrir ce modèle particulièrement méconnu !

Rodrigo

Le 15/11/2016 à 22:31

Quelques précisions: « Maikäfer » est effectivement formé par les mots « Mai » (mai) et « Käfer » (qui désigne tous les coléoptères plutôt que les seules coccinelles), mais signifie en fait « hanneton » (pour info, « coccinelle » en allemand se dit « Marienkäfer »… »coléoptère (ou scarabée) à Marie »).

Toutefois, il faut ajouter qu’il-y-a en fait une histoire assez sulfureuse derrière les ressemblances indéniables entre le « Hanneton » et la « Coccinnelle »: l’ingénieur responsable du premier, Josef Ganz, qui était juif et ne s’était pas fait que des amis par ses écrits souvent au vitriol dans « Motor-Kritik », a été arrêté par la Gestapo peu après l’arrivé des nazis au pouvoir et, après avoir fui l’Allemagne en 34, a vécu une vie errante à travers le Liechtenstein, la Suisse, et la France, pour finir en Australie. Ferdinand Porsche n’aurait pas, semble-t-il, été entièrement mécontent de voir ses amis à chemise brune le débarrasser d’un si encombrant concurrent…

Quant à la société Adler, bien qu’elle ait survécu à la guerre (où elle a même fait appel à la main d’œuvre offerte par le sinistre Heinrich Himmler…), elle s’est concentrée sur ses autres métiers: les deux-roues et, surtout, les machines à écrire sous la marque « Triumph-Adler » ou « TA », encore assez courante dans les bureaux jusqu’à l’aube du XXI siècle. La révolution informatique a toutefois eu raison de cette activité…

Paul

Le 15/11/2016 à 22:57

ah merci c’est très intéressant… Ce Josef Ganz m’intrigue !

Spaleto

Le 16/11/2016 à 10:44

Merci pour cet excellent article. Dans les modèles méconnus, on peut aussi citer la Horch 930 Stromlinie, dont quelques exemplaires ont été construits après la guerre en Sowjetische Besatzungszone…

Antoine

Le 16/11/2016 à 14:39

Dans la même lignée « Streamline style » que la Steyr 50 et l’Adler 2.5, à la même époque DKW travaillait sur la F9 qui présente une troublante ressemblance. Mode ou hasard ?
Le projet date de la même époque (1938) même si la DKW n’aura pas le temps de voir le jour… tout du moins avant la guerre. Elle connue néanmoins une glorieuse carrière des 2 côtés de l’Allemagne après guerre.
Cette dernière est effectivement plus connue sous le nom d’IFA F9 (à Zwickau = ex Auto Union) ou EMW 309 (à Eisenach = ex BMW) dans les productions planifiées de la RDA naissante.
A l’ouest elle donnera naissance à la DKW F91 au design plus éloigné de la Steyr 50.
Notons au passage que la DKW était une traction et qu’Adler était un spécialiste de ce mode de transmission depuis plusieurs années avec la Trumpf.
Curieusement, bien qu’Adler ait proposé la traction dès le début des années 30, la Diplomat et la 2.5 n’eurent pas droit à cette transmission.
Parmi les originalités de l’Adler 2.5, son 6 en ligne disposait d’un graissage par carter sec très peu courant à l’époque.

Quentin

Le 16/11/2016 à 16:54

La fin des années des années 30, pour sombre qu’elle soit dans le domaine politique, est passionnante d’un point de vue technique. Les constructeurs ayant survécu à la crise cherchent à augmenter leurs ventes à tout prix sans se douter de ce qui les attend, mais en comprenant les fondamentaux de la voiture moderne et en essayant d’être à la pointe du progrès : chaîne de montage, monocoque, roues indépendantes, aérodynamisme, soupapes en tête, moteur en V, et même traction ou moteur arrière pour les plus audacieux. La voiture s’éloigne définitivement de l’hippomobile et se démocratise, mais les constructeurs ne savent pas qu’est-ce qui peut se vendre ou non (cf Chrysler Airflow et Panhard Dynamic), d’où le concept de MAYA (Most Advanced Yet Acceptable) de Raymond Loewy. Hélas, la guerre signera l’arrêt de mort de toutes ces expérimentations, asphyxiant les petits constructeurs européens tandis que les gros se contenteront de suivre la mode américaine et notamment les ailes avant de type ponton et les carrosseries 3 volumes, ce qui singularise encore plus ces adorables modèles des années 30.
Cette Adler fait partie de mes préférées, avec les Tatra 77,Lancia Aprilia, Peugeot 402 et Renault Grand Sport.

Armin

Le 16/11/2016 à 19:38

Pour mieux cerner les « transferts » entre Ganz, Jenschke et Porsche, il peut être intéressant aussi de s’intéresser à Hans Ledwinka. Un futur sujet d’Autokultur peut-être pour remonter tout au début de l’arbre généalogique de la Cox et de la 911 ? Merci pour ce beau et passionnant blog en tous cas.

Christophe

Le 14/09/2017 à 10:09

Très bon article et très bons compléments dans les commentaires!
J’était pendant 15 ans en possession de l’Adler de mon grand père qui était directeur outillage chez Karmann et responsable du lancement de sa production dans les années 30.
Vous pouvez retrouver l’article y faisant référence dans l’Autoretro n° 324 d’octobre 2008.
L’Adler était immatriculée comme voiture normale et passait tous les ans le contrôle technique, et ceci pour une voiture de 1938!
Sa souplesse et son couple moteur agréable lui permet de s’intégrer aisément dans le trafic actuel.

Pour information, cette voiture est depuis aujourd’hui en vente en Belgique dans la région d’Anvers.
Particularité: elle est vendue avec un deuxième moteur et boîte de vitesse.
Une très rare opportunité de posséder une voiture exceptionnelle.

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