Alfa Romeo 155 Q4 : un trèfle au coeur de Delta

Vendredi 25 août 2017
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Coincée entre une 75 vieillissante mais qui conservait l’amour des Alfistes en qualité de propulsion, et une 156 qui annonçait un renouveau stylistique pour la marque au trèfle, la 155 (type 167) n’aura pas connu la carrière qu’elle méritait. Elle aura pourtant fait rêver une génération de jeunes hommes impressionnés par ses versions GTA et DTM, et aura connu une intéressante version Q4 à transmission intégrale, à la diffusion pourtant limitée.

Présentée en 1992 à Barcelone, la 155 arrivait dans une période délicate. Le positionnement imparti à Lancia et Alfa n’était pas encore toujours respecté, Lancia conservant dans sa gamme de beaux joujoux, comme la Delta (lire aussi : Lancia Delta HF Intégrale). La marque au trèfle, rachetée en 1986, commençait à ressentir les bienfaits financiers des économies d’échelle, mais les amoureux de la marque le lui firent payer en boudant une voiture jugée trop Fiat.

Ses moteurs par exemple : mis à part le V6 2.5 litres de 166 ch issu de la GTV, les autres offres sortaient directement de la banque d’organe Fiat/Lancia, bien que retravaillées parfois à la sauce Alfa (Twin Spark notamment). La plate-forme (sacrilège, une traction) était tout bêtement la Tipo 3 (commune aux Fiat Tipo, Tempra, Lancia Dedra et à la future Delta 2). Bref, malgré un design plutôt sympa et original réalisé par l’institut I.DE.A, bien agressif et carré, avec son cul assez haut et cet avant ravageur, la 155 n’enthousiasma pas les foules. La preuve, de 1992 à 1997, seuls 192 618 exemplaires trouveront preneur lorsque la 75, entre 1985 et 1992, écoulait 375 257 voitures.

Malgré cela, un modèle sortait du lot : la 155 Q4. Ephémère version sportive de la gamme, non reconduite après le restylage de 1995, la Q4 s’approchait physiquement des versions « corsa » grâce à un kit carrosserie qui renforçait encore l’agressivité naturelle de la ligne. Pour palier l’abandon de la propulsion, elle s’offrait, comme sa grande sœur 164 Q4 (lire aussi : Alfa Romeo 164 Q4), une transmission intégrale : en fait elle réutilisait la plate-forme de la Lancia Dedra Intégrale, elle même utilisant l’expérience de la Delta 1 dans la transmission aux 4 roues. Bref, une plate forme relativement moderne, un système intégral éprouvé et de qualité, de quoi séduire. Le positionnement « sportif » d’Alfa par rapport à Lancia commence à se faire sentir : alors que la Dedra Turbo Intégrale culmine, avec le même 2 litres Lampredi, à 177 chevaux, la Q4 elle, s’offre 190 ch. Et la Delta 2, qui sortira un an plus tard, récupérera le même moteur en version HF, mais pas la transmission aux 4 roues (lire aussi : Lancia Delta 2).

Si la 155 Q4 n’est donc pas aussi puissante et sportive qu’une Delta HF Intégrale dans ses dernières évolutions, elle n’en reste pas moins une superbe machine à rouler. Avec un prix de 194 000 francs en 1994, elle restait tout de même près de 30 000 francs moins chère qu’une Peugeot 405 T16 (lire aussi : Peugeot 405 T16). Mais sa carrière sera brève.

Les ventes seront en effet décevante par rapport aux ambitions. Elle coûtait tout de même 25 000 francs de plus que la 155 V6 (7.196 ex), dotée du Busso plus « Alfa » et mieux équipée. Quand aux vrais sportifs, ils se rabattirent soit les dernières Delta HF « Evo », soit quittèrent la marque pour aller voir outre Rhin si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs. Seuls 2701 exemplaires trouveront preneurs, dont tout juste 110 la dernière année (AM95).

Avec le passage à la 156 en 1997, Alfa ne reconduira pas la transmission intégrale. Mais en 2002 avec la GTA, la marque joua enfin sur ses qualités de motoristes, offrant aux fans une version vitaminée du V6 Busso (lire aussi : 156 GTA). C’est sans doute l’erreur de la 155 Q4 : être plus une Lancia qu’une Alfa. A l’instar des 155 V6 DTM, il aurait fallu jouer sur son V6 enchanteur, quitte à lui fourguer encore plus de chevaux, et tabler sur la fidélité au moteur plus qu’à l’efficacité pur d’une voiture qui ressemblait plus à un clone de Dedra un poil plus puissante.

Avec aussi peu d’exemplaires produits il y a de cela déjà plus de 20 ans, il ne sera pas évident d’en trouver un exemplaire en bon état, mais sa cote étant toujours basse (la 155, le cul entre deux chaises, est moins recherchée qu’une 75 ou qu’un 156, quelle que soit la version), il y a moyen de se faire plaisir avec une voiture attachante, au look atypique, et plutôt efficace : malgré tout, il y a un peu de la Delta là dedans, et si c’est pas Alfa, c’est pas non plus n’importe quoi. Enfin, pour les fous furieux qui recherchent vraiment l’originalité, il existe une version rarissime (à peine plus de 20 exemplaires), produite spécialement pour le Japon par Zagato, dotée du moteur non dégonflé de 215 chevaux et d’un kit carrosserie signé du Z (lire aussi : 155 Ti-Z et GTA-Z).

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10 commentaires

Philippe CENTA

Le 25/08/2017 à 18:16

Merci pour cet article sur un modèle méconnu. Possesseur d’une 75V6 j’avais cru l’occasion d’essayer une 155V6. La Q4 me revulsait c’était une Lancia ! Par contre il me semble que les 155 ont connu 2 phases et que la 1ere était encore équipée à l’exception de celle-ci de double arbres Alfa ?

SRDT

Le 25/08/2017 à 19:59

Le Twin Spark 8 soupapes de la 75 a bien fini sa carrière en transversal sur les 164 et 155, il a même continué d’évoluer par petites touches.

Jérôme

Le 25/08/2017 à 18:38

Pour avoir conduit des Delta Integrale et des 155 Q4, je peux dire qu’il y avait un monde entre les deux. Autant la Delta est jouissive et efficace autant la 155 est pataude, pas homogène et trop lourde.
Outre son physique ingrat…
Je revendique d’être Alfiste Canal Historique et à mes yeux elle est aussi peu légitime de porter le biscione que l’Arna.
En revanche la 156, et plus encore la nouvelle Giulia sont, à mes yeux tout du moins, dignes de ce blason

Gérald

Le 26/08/2017 à 00:32

Pas trop d’accord avec le physique ingrat, c’est la digne descendante de la Giulietta, elle a même un sacré caractère avec ses lignes taillées à la serpe.
Pour rappel elle était complètement à contre courant des lignes rondes et molle du début de la décennie 90, son seul défaut comme toutes les versions suivantes c’était d’être une traction…
Imaginez la 164, le Gtv, la 156 en propulsion,
on aurait eu une vraie alternative à Bm et les chevaux des nobles moteurs du Biscione auraient pu s’exprimer sans recevoir la foudre des essayeurs de la presse spécialisée…Dommage d’avoir perdu 2 décennies pour s’en rendre enfin compte.

Alex

Le 25/08/2017 à 19:38

Les premières séries étaient bien équipées du Bialbero

SRDT

Le 25/08/2017 à 20:30

Le problème de la 155 c’est qu’elle ne pouvait pas recevoir de V6 2.0 turbo avec la transmission intégrale « classique », la boite de transfert prévue pour un 4 cylindres incliné vers l’avant doit taper dans le large bas-moteur du V6.
La solution c’est donc d’adapter la transmission de la 164 Q4 non? mais dans ce cas le prix explose.
C’est bien pour ça d’ailleurs que la 405 T16, bourrée de pièces spécifiques, était si chère en comparaison.

Germain

Le 26/08/2017 à 04:05

Les « vrais alfistes » me font marrer, les Alfa tractions au moins était beaucoup plus fiables et mieux construites, et surtout c’était pas des nids à rouille, et puis les propulsions ça fait peur aux conducteurs lambdas. Ça a permis d’amener une nouvelle cliente, du genre à acheter une jolie caisse sans vouloir se prendre pour un pilote. Les versions sages c’est pas ce qu’il y a de plus excitant mais c’est ce qui fait du volume de ventes et ça fait bouillir la marmite, c’est grâce à ça que la marque existe encore. La 155 n’est pas la plus passionnante mais comme daily driver ça reste sympa, plus en tout cas qu’une foutue megane diesel

Jérôme

Le 26/08/2017 à 10:17

Totalement faux il ne faut vraiment pas connaître la marque pour dire ça.
Une Alfetta ou une Giulia Nuova sont infiniment mieux construites qu’une 155 et très largement plus fiables.
Quant à la rouille elle touchait absolument toutes les voitures jusqu’à la fin des années 80.
Et si la propulsion faisait si peur que ça à tout le monde on se demande pourquoi BMW et Mercedes vendent autant de voitures.
L’argument du volume de vente ne prend pas non plus, la 155 s’étant 2 fois moins vendue que la 75…
C’est définitivement un modèle raté à oublier

Germain

Le 26/08/2017 à 04:13

J’ai eu l’occasion d’essayer la 156 1.8 twin spark d’un pote à la fac, la version la plus basique, elle était bien sympa quand même, une Alfa même basique ça reste une caisse sympa

Wolfgang

Le 28/08/2017 à 01:02

J’ai beaucoup aimé la ligne à sa sortie.
Plus belle que la 75 qui ne m’a jamais convaincu question ligne. On est quand même loin des coupés Bertone…
Les 33 sont sympa aussi. En plus elles ont encore les boxer Alfa au son si envoutant. Bien mieux que les Fiat aux culasses retravaillées par Alfa dont les bielles ne tiennent pas…

Et tout ça ne vaut rien en occasion…

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