Alfa Romeo 1900 M AR51 « Matta »: le premier 4×4 au trèfle

Publié le jeudi 17 novembre 2016.
Mis à jour le vendredi 5 avril 2019.
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Lorsque Alpine sortira son SUV, je serai bien en mal de trouver un ancêtre dans l’historique de la marque. Mais lorsque c’est Alfa Romeo qui s’y colle avec son nouveau Stelvio, c’est tout de suite plus facile (même s’il m’a fallu la complicité d’un lecteur pour m’y faire repenser). Et oui, si Alfa Romeo nous a plus fait rêver avec ses berlines sportives, ses cabriolets et ses moteurs enchanteurs, la marque s’est aussi coltiné le marché des utilitaires, des camions, et, brièvement, celui du 4×4. Voici l’histoire de l’Alfa Romeo 1900 M AR51, affectueusement surnommée « Matta » (la folle en rital).

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Bon ok, il m’a fallu remonter assez loin pour trouver autre chose qu’un prototype. Dans les années 80, Alfa avait présenté les AR146 et AR148, sans lendemain, tandis qu’en 1951, l’AR51, elle, entrait en production. Tout commence à l’automne 1950. Les temps sont durs pour les constructeurs italiens, qui doivent faire feu de tout bois dans une période de reconstruction encore loin du faste des années 60. Cette année-là, l’Armée italienne lance un appel d’offre pour un véhicule de reconnaissance (Autoveiculo da Ricognizione, AR quoi, vous suivez?) en remplacement des Jeeps américaines : l’heure est encore à la préférence nationale. La Fiat est inévitablement sur les rangs, mais Alfa veut sa part du gâteau et va elle-aussi proposer sa vision de la Jeep à l’italienne…

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Enfin, au départ, plutôt à l’anglaise. Chez Alfa Romeo, on y connaît rien, certes, mais on sait réagir rapidement. Aussitôt, on achète un Land Rover chez un concessionnaire en Suisse, pour le désosser, l’étudier sous toutes les coutures, et fortement s’en inspirer, dans un premier temps. Pourtant, le résultat final sera loin d’être une simple copie. D’abord, le moteur : il s’agit du nouveau 4 cylindres 1884 cm3 qui équipe la toute nouvelle berline 1900, tout juste présentée en octobre 1950. Un moteur retravaillé pour l’occasion avec un taux de compression réduit, plus de couple à bas régime et 65 chevaux seulement. Le moteur AR1306 garde cependant son caractère sportif, inédit pour un tel véhicule. Pour le reste, les choix sont assez sophistiqués : train avant craboté par levier, et blocage de différentiel sur les roues arrières.

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Les ingénieurs de chez Alfa, dont Giuseppe Busso, auront fait vite, car le premier prototype destiné aux épreuves de qualifications fut présenté en mai 1951 (soit à peine 8 mois après l’appel d’offre), tandis que le premier modèle dans sa version définitive sera présenté en septembre 1951 à la foire de Bari. Autant dire que les hommes aux trèfles n’auront pas chômé ! Fiat, qui était sur le coup depuis plus longtemps (car contacté plus en amont par l’Armée) présente son Campagnola au même moment.

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La lutte est serrée, et l’enjeu de taille, entre les deux constructeurs. Mais malheureusement pour Alfa, c’est le Campagnola de chez Fiat qui sera choisi par l’Armée, avec à la clé une petite rente annuelle (au total, 39 076 exemplaires, entre 1951 et 1974). Il faut dire que l’AR51 « Matta » s’avère presque 3 fois plus cher que son compatriote, à cause de l’utilisation de nombreuses pièces spécifiques, et de sa sophistication. Le Campagnola, plus rustique, semble plus adapté aux besoins de l’Armée qui cherche un véhicule, simple, efficace et pas cher.

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Pourtant l’Etat italien ne sera pas en reste, et attribuera un lot de consolation à Alfa Romeo, en passant de petites commandes. Le ministère de la Défense en commandera 1281 exemplaires, le ministère de l’Intérieur 457, la Marine 29, l’Aviation 11, le ministère des Finances 3, l’Agriculture et les Transports 1 chacun. En 1952, une version « civile » AR52 disposant d’un moteur porté à 1975 cm3 sera lancé. En tout, 2059 exemplaires seront produits entre mars 1952 et 1954, dont 6 prototypes, 116 AR51 vendus à des clients civils, et 154 AR52.

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Mais alors, pourquoi ce surnom, « Matta »… Tout simplement parce que, pour promouvoir l’AR51, Alfa Romeo fit une démonstration un peu folle en lançant la bête à l’assaut des marches permettant l’accès à la basilique d’Assise, démontrant les qualité de franchissement de l’AR51. Ce petit nom lui restera, y compris en interne. L’AR51 connaîtra aussi une carrière sportive en gagnant les Mille Miglia 1952, en accompagnant le Tour de France cycliste, ou comme voiture d’assistance du “Raid della Fratellanza e della Pace Roma-Pechino” quelques années plus tard, aux côtés de Giulias.

 

L'AR51 pendant le tour de France (en haut) et le raid Rome Pékin (en bas)
L’AR51 pendant le tour de France (en haut) et le raid Rome Pékin (en bas)

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Vue la faible production, l’AR51 est aujourd’hui une pièce rare et donc relativement chère. On en trouve cependant quelques unes un peu partout en Europe, et particulièrement en Italie. Des modèles souvent restaurés amoureusement, mais vous pouvez espérer une sortie de grange avec un gros boulot de restauration qui sera de toute façon passionnant. En tout cas, vous épaterez sûrement plus la galerie (ou du moins les connaisseurs) qu’avec votre Stelvio flambant neuf (mais sûrement beaucoup plus confortable).

 

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5 commentaires

philippe

Le 17/11/2016 à 11:15

Je ne connaissais pas cette auto mais je me souviens étant enfant que des concurrents utilisaient des Jeep Willys surplus de l’armée reequips de moteurs Alfa prélevés sur Giulia ou 1750 dans les épreuves de tout-terrain http://www.ecuriedescimes.com/WP/lecurie/des-autos-des-hommes/jeep-debussy/

Alex C.

Le 17/11/2016 à 18:28

Je viens justement de lire un article sur le « matta » que je connaissais pas et je peux ajouter quelques compléments :
– à l’origine le moteur de la 1800 de 80 ch devait être monté tel quel mais sur le prototype la pompe à huile dejaugeait en franchissement ce qui imposa un carter sec et l’armée voulant pouvoir utiliser un carburant à faible indice d’octane les ingénieurs retravailla plus en profondeur le moteur en travaillant particulièrement sur le couple, le moteur étant quand même plus puissant et coupleux que le campagnola qui ne fait que 53 ch et devancé également en performance 105km/h contre à peine 100km/h pour le fiat
– de même en franchissement pur l’alfa romeo est également devant en pouvant franchir une pente de 120% soit 50° contre 85% pour le fiat.
Ses seuls défaut était de consommer plus (15l contre 12) et son prix du fait du nombre de pièces spécifiques au modèle alors que fiat à repris nombre d’éléments de grande série …

Renaud

Le 18/11/2016 à 20:53

aaah cool !! très bon article 😉

cédric

Le 17/05/2017 à 09:40

Salut à tous,
Mais quel est donc ce « Raid Rome Pekin »? Un ersatz de Croisière Jaune pour éprouver des Giulia?
Je suis preneur de toute info permettant de retracer l’aventure.
Merci!

vlr4x4

Le 01/02/2018 à 10:12

« Pour le reste, les choix sont assez sophistiqués : train avant craboté par levier »:désolé je ne vois pas ou est l’exploit technique! les roues avant indépendante sont + remarquables!
La MATTA n’a gagné que sa catégorie au Mille Miglia 1952,pour info les vainqueurs étaient BRACCO /ROLFO sur FERRARI 250 S.

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