Alfa Romeo 1900C SS Zagato : du sur-mesure de compétition

Publié le jeudi 30 janvier 2020.
Mis à jour le dimanche 2 février 2020.
Retour

Le salon Rétromobile est un événement incontournable pour toute entreprise du secteur de l’automobile de collection (anciennes ou youngtimers). CarJager sera donc présent Porte de Versailles pour la troisième année consécutive : l’occasion de présenter son offre commerciale unique, son rédactionnel qu’on ne présente plus, et un tout nouveau site. Pour rester dans le ton de l’univers CarJager, il convient donc de présenter sur le stand une automobile d’exception, un véhicule à la fois rare et chargé d’histoire : notre choix s’est porté sur une sortie de grange rarissime, une Alfa Romeo 1900C SS Zagato (SSZ) auvergnate, symbole de l’effervescence italienne des années 50.

La 1900 Berlina relance Alfa Romeo à partir des années 50.

Avant-guerre, Alfa Romeo faisait son beurre en haut de la gamme, avec des voitures sportives ou luxueuses, parfois carrossées par un certain Ugo Zagato, sis à Milan ! À cette époque, la production d’automobiles de luxe en petites séries permettait de faire survivre tant son constructeur (châssis, moteur) que son carrossier (comme Zagato, Farina, Bertone, Castagna ou Touring en ce qui concerne l’Italie). La tendance droitière de l’Italie Mussolinienne, puis l’entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne firent basculer Alfa Romeo du côté obscur de la force : fabrication d’utilitaires (camions notamment) ou de moteurs d’avions (près de 80 % du chiffre d’affaire d’Alfa Romeo au début des années 40). 

La 1900 C Super Sprint dessinée par Touring, qui servira de base aux versions Zagato.

Le retour d’Alfa Romeo avec la 1900

En 1943, l’Italie rompt l’Axe, mais le nord reste sous contrôle des Allemands ou de fascistes fidèles pendant quelques temps. De toute façon, il devient compliqué pour Alfa Romeo de continuer à produire tandis que son usine de Portello est anéantie par les bombardements alliés, et Pomigliano d’Arco très endommagée pour les mêmes raisons. L’armistice signée, la marque au biscione se concentre sur les utilitaires, camions mais aussi bus, voire les gazinières, on fait feu de tout bois ! La fin des années 40 verra le retour des véhicules particuliers sur les chaînes, mais sur la base d’antiques Alfa : la fabrication des Alfa 6C 2500 en version limousine reprend en 1947, mais il faut bien voir la vérité en face, la clientèle n’est pas là et seules 556 voitures seront vendues jusqu’en 1950.

De toute façon, Alfa Romeo, nationalisée depuis 1933 (et sous le contrôle de l’IRI), sait qu’il faut changer de paradigme et entrer dans le monde moderne… La 1900, berline de taille moyenne, mais technologiquement évoluée, sera la bouée de sauvetage d’Alfa Romeo, permettant à la firme italienne de se (re)faire une réputation à la hauteur de son glorieux passé. Pourtant on sait, à Milan, que le succès d’une voiture tient autant à son modèle de diffusion massive qu’à ses dérivés plus exclusifs et plus désirables. La marque a entretenu dans les années 20 et 30 une longue collaboration avec Zagato et songe à son carrossier dès le début des années 50. Pourtant, faute de moyens de production adaptés, c’est Touring qui emportera le morceau avec la 1900C (pour Coupé) qui sera déclinée en Super Sprint (SS).

Une déclinaison originale, taillée pour la course

Chez Zagato, on mesure rapidement les qualités de la 1900, particulièrement dans sa version coupé (raccourcie) et avec son moteur 4 cylindres 1.9 litres de 115 chevaux particulièrement rageur et adapté à la compétition (deux carburateurs double corps Solex). Faute de moyen de tirer la puissance vers le haut, notre ami carrossier va réfléchir autrement : travailler l’aérodynamique (au doigt mouillé et à la main, mais avec réussite) et alléger la caisse grâce à une carrosserie en aluminium : résultat, 200 kg de moins sur la balance et une vitesse de pointe améliorée. La première voiture construite en septembre 1954 (sur l’intuition de Elio Zagato), est avant tout destinée à la compétition et au pilote Vladimiro Galluzzi, gentleman driver attitré de l’officine milanaise. 

Avec l’écurie de course San Ambroeus, Galluzzi et d’autres, la 1900C SS Z va connaître de grandes heures et une grande partie de la production servira à la compétition dès 1954. En 1955, ce sont pas moins de 6 exemplaires qui participent aux Mille Miglia (sans pour autant briller, avec pour meilleure position la 19ème place, 21ème seulement pour Galluzzi). La même année, au Grand Prix de Suède, à Kristianstad, le jeune pilote suédois Joakim Bonnier (âgé de 25 ans) rafle la première place en catégorie moins deux litres. Il réitérera l’exploit en août à Karlskoga.

Rapidement, Elio Zagato va proposer sa création sur commande spéciale, et développée pour la route (Stradale) : le client s’offrait alors une vraie voiture de course, au design époustouflant et aux performances “de compétition”. Pour améliorer la pénétration dans l’air, le capot avant “moule” littéralement le moteur assez haut perché, laissant alors la place pour la traditionnelle calandre Alfa. Deux ouïes d’aération viennent apporter de quoi respirer à la mécanique engoncée sous ce métal. L’arrière descend en pente douce pour se mourir sur deux feux ronds dans des ailes légèrement saillantes. Les flancs semblent avoir reçu un coup de cimeterre séparant parties supérieures et inférieures : un effet de style qu’on retrouvera plus tard sur d’autres créations de Zagato comme le duo Alfa Romeo SZ/RZ ou l’Autech Stelvio (ou de façon moins marquée sur l’Aston Martin V8 Zagato).

Rare, originale, en un mot exceptionnelle

39 exemplaires seront produits à la commande, en deux séries : la première, plus sobre et plus pure se présente comme celui de notre stand, avec notamment son toit plat, tandis que la deuxième série (4 exemplaires en 1957 et 1958) récupère le double-bossage si cher à Zagato à partir de ce moment-là (dit “double bulle”). Une version spyder (un exemplaire en 1958) sera aussi réalisée. Aujourd’hui disparue, elle connaîtra quelques répliques. D’une manière générale, il convient de se renseigner quand une 1900C SSZ se présente : on n’est jamais à l’abri des copies. 

La 1900C SSZ qui sera présente sur le stand de CarJager, à Rétromobile 2020

Une chose est sûre : l’Alfa Romeo 1900C SS signée Zagato est l’une des merveilles des années 50. À cette époque, seuls les amateurs éclairés, les gentlemen driver aux poches pleines et aux idées large, pouvaient se permettre une telle folie quand d’autres préféraient se contenter de sportives de série comme les Jaguar XK140, certes plus puissantes, mais plus lourdes et moins originales.

L’exemplaire présent sur notre stand est donc de la première série. Le châssis et la mécanique ont été fabriqués en 1954 puis transférés chez Zagato pour y recevoir la carrosserie en 1955 (le 14 avril). Vendu au Maroc, il revient ensuite en France pour ne plus la quitter. Il s’agit d’un des tout premiers exemplaires, parfaitement restauré après une longue hibernation dans une grange auvergnate. Retrouvé en 1994, il subira une lente mais profonde restauration pour devenir l’oeuvre d’art visible aujourd’hui. 

Articles associés

2 commentaires

Gussemburger

Le 30/01/2020 à 14:16

Merci de nous faire partager une telle beauté, un parfait exemple d’un sublime dessin italien, d’une harmonie dure à atteindre. Je passerai la voir samedi !

Maxime

Le 31/01/2020 à 11:35

Totalement d’accord !

Laisser un commentaire