Alpine A106 : la matrice !

Publié le mercredi 4 mai 2016.
Mis à jour le mercredi 10 juillet 2019.
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Comme l’histoire de l’A106 a déjà été largement évoquées dans le colonnes de Boîtier Rouge, cet article sera court, mais il aura au moins le mérite de réunir en son sein l’ensemble des liens permettant d’y voir clair dans l’histoire d’Alpine et de sa genèse ! Car si j’admire Jean Rédélé pour sa passion, son obstination à créer sa marque, et sa capacité à la faire perdurer, même si pour cela il fallut le soutien de Renault, notamment capitalistique, force est de constater que les débuts de la marque ne lui doivent que son génie commercial !

La "The Marquis" dérivée de l'Alemano, qui devait conquérir l'Amérique !
La « The Marquis » dérivée de l’Alemano, qui devait conquérir l’Amérique !

Si vous suivez BR depuis longtemps, vous savez donc que Jean Rédélé, concessionnaire Renault à Dieppe (dans les pas de son père) a d’abord piloté, avant de tenter de se créer une voiture à la hauteur de ses ambitions sportives, certes, mais aussi professionnelles : quel fan de bagnole n’a jamais rêvé de créer sa propre marque ? Moi oui, sans autres débouchés que le rêve, mes talents d’ingénieur étant nuls, mes talents de mécanos presque aussi dramatiques, ceux de pilotes en devenir (du moins on l’espère) et mon entregent pour réunir de l’argent juste sur la foi d’une passion relativement limité.

La version dessinée par Alemano !
La version dessinée par Alemano !

Rédélé n’était pas ingénieur, ni designer, mais il avait pour lui une vrai expérience du pilotage, quelques solides notions de mécanique, et une belle-famille puissante et désireuse, comme lui, de marquer l’histoire automobile (lire aussi : Le vrai berceau d’Alpine). Soyons honnête : Rédélé avait des ambitions et des idées, la preuve avec le coupé réalisé par Alemano et l’aventure américaine avortée de la « The Marquis » (lire aussi : Le rêve américain de Jean Rédélé) mais c’est bien à Chappe et Gessalin qu’on doit la petite A106, première d’une longue série d’Alpine.

Les A106, proposées par Chappe et Gessalin, lors de leur présentation à Renault, habilement colorées en bleu/blanc/rouge !
Les A106, proposées par Chappe et Gessalin, lors de leur présentation à Renault, habilement colorées en bleu/blanc/rouge !

Mais rendons à César ce qui est à César, malgré l’aide indéniable (et la mise à disposition de leurs ateliers) de Chappe et Gessalin, ils ne réussirent jamais à faire mieux que leur meilleur ennemi Jean Rédélé et sa famille. Question de tempérament sans doute ! Bref, la première Alpine officielle, fut-elle construite pas C&G, c’est bien l’A106, qui tire son nom de l’association du A d’Alpine, et du 106, 3 premiers chiffres du type Mine de la voiture qui lui donne sa base, la 4CV (1060, 1062, et 1063, selon les versions).

A106 03

Côté look, on est avec l’A106 encore assez loin des mythiques A110… Il faudra d’abord passer pas l’A108 (nous y reviendront). Si la carrosserie et le dessin, plus bas et plus aérodynamique, ne sont pas désagréables, on est encore dans une logique 4CV plus que d’une A110 justement. Mais à l’époque (la voiture sort en 1955), la guerre n’était pas très loin derrière (10 ans), la France se reconstruisait juste, et les modèles, s’ils évoluaient, restaient assez classiques ! Seule la DS sortait vraiment du lot (apparition la même année) mais avec les moyens, l’ambition et peut-être l’arrogance des grandes marques. Pour un petit constructeur comme Alpine, à peine connue, l’idée était de séduire le plus grand nombre (!) avec une carrosserie consensuelle plutôt réussie pour l’époque.

A106 04

Son problème ? On la compare toujours à l’A110 qui décidément aura marqué toute une génération bien plus que l’A106 et l’A108 réunie. Mais que ces deux modèles là se rassurent, l’A110 aura pourri la vie de tous les modèles après elle… A310 (lire aussi : Alpine A310), GTA (lire aussi : Alpine V6 « GTA ») ou A610 subiront le même sort (la même malédiction ? Lire aussi : Alpine A610). L’A110 : Narcisse parfait, suffisant, imbu de lui même, tuant la mère façon Oedipe, et les enfants façon ogresse !

A106 02

Bon, l’article n’est plus si court que cela ! Comme quoi, sans même parler de moteur et de production, on en arrive à un long laïus ! Alors hop, quelques infos : avec son petit 747 cm3 issu de la 4CV, l’A106 n’est pas un monstre de puissance (de 21 à 38 ch, ça fait rêver)… mais elle pose les jalons, à la manière d’une Porsche 356, de ce que sera la marque Alpine par la suite : légèreté, moteur arrière, ligne ramassée ! Elle aura le droit à des dérivés, cabriolets ou coupés sport ! De quoi lancer la marque une bonne fois pour toute, avec 251 exemplaires fabriqués jusqu’en 1960, date de l’apparition de l’A108 ! Une première pierre d’un chemin jalonné d’embûche, d’une mort en 1995 et d’une résurrection en … 2017 ? A suivre !

 

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7 commentaires

Kev.b

Le 04/05/2016 à 13:09

Parfois je me demande si la formule gagnante pour Alpine n’aurais pas été à la façon de Porsche de se terrer dans un modèle unique ne changeant jamais vraiment. Et peut-être une diversification autour du modèle de base qui serai ici l’A110.

Paul

Le 04/05/2016 à 13:39

Cela dit, CG construira des A108 et A110 GT4 pour le compte d’Alpine, avant de créer leur propre marque !

Greg

Le 04/05/2016 à 13:34

Je me suis replongé dans le week-end, dans un vieux hors série de l’Auto Journal consacré à l’industrie auto des années 50; tous les articles étant d’André Costa.
Voici en substance comment il décrivait la naissance d’Alpine:
M. Rédélé – père était donc le concessionnaire Renault pour Dieppe et les environs.
A la fin de la guerre, le garage n’est plus qu’un tas de ruine.
Jean Rédélé, le fils, a obtenu son diplôme d’HEC et veut reprendre l’activité familiale.
Il loue à son père le garage toujours en ruine, et obtient de Renault le « panneau » pour Dieppe et ses environs: alors âgé de 23 ans, il est le plus jeune concessionaire Renault de France!
En raison de la pénurie en matières premières, au début il ne reçoit même pas de voitures et fait vivre le garage en retapant des surplus militaires pour les revendre.
Quand viennent les 1ères 4 CV, Jean Rédélé passe ses journées sur les routes de Normandie pour présenter l’auto aux clients potentiels, et les vendre.
Le concessionnaire Peugeot de Rouen, lui, cherche à placer ses 203 sur la même zone de chalandise.
Chacun étant farouchement convaincu de la supériorité de « sa » voiture, Rédélé défie son confrère sur une « course » entre Rouen et Dieppe pour lui prouver la supériorité de la 4 CV!
C’est à partir de cet événement qu’il commence à couvrir « pour de vrai », en s’attaquant au Monte Carlo en 1950!
Ensuite, le Lyon Charbonnières, la Coupe des Alpes, les Mille Miglia et même les 24H du Mans, tout y passe!
Les italiens courant sur des barquettes à base de Fiat 500, allégées et profilées, Rédélé commande à Michelloti une caisse légère et profilée pour rhabiller un châssis de 4CV.
C’est la Rédélé Speciale qui sera façonnée à la main chez le carrossier Alemano.
Suit l’épisode The Marquis.
Vient enfin, la production en série pour satisfaire la demande de clients sportifs, impressionnés par les performances de la Rédélé Spéciale.
Les ateliers Chappe et Gessalin maîtrisent la technique alors nouvelle de la résine polyester et de la fibre de verre, technique qui se prête bien aux petites séries.
Rédélé leur demande alors simplement de refaire en polyester, la caisse profilée de la Rédélé Spéciale qui est en alu…
Les frères Chappe ont en horreur les stylistes italiens, et prennent l’initiative de remodeler la carrosserie de la Rédélé, sans en aviser Rédélé!
L’auto suivante, l’A108 « berlinette Tour de France », est à nouveau dessinée par Michelotti, ouf!

Paul

Le 04/05/2016 à 13:39

Relis tout de même l’histoire du Garage de la rue Forest: Chappe et Gessalin ont été dégotés par le beau-père et le beau-frère de Rédélé, hein… d’où une certaine tension entre Rédélé, Chappe et Gessalin 😉

Greg

Le 04/05/2016 à 14:29

André Costa n’avait pas oublié d’évoquer la belle famille et le garage de la rue Forest, contrairement à moi!

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