Amphicar 770 : le doux parfum de l’inutile

Publié le mercredi 10 juillet 2019.
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Soyons honnêtes, tout le monde aimerait avoir une voiture ET un bateau, mais les deux en un seul objet, est-ce vraiment nécessaire ? Non, à moins de faire partie des forces armées nécessitant de traverser un fleuve ou une rivière sans encombre, en VAB ou en VBL. Pourtant, quelques artisans s’y sont essayés, RMA et son Amphi Ranger, Dutton en Angleterre, ou Hobbycar et son B612, en référence à Saint Ex’. Ne manquait plus dans cette galerie de l’inutile que l’ancêtre, le pionnier des amphibies civils : l’Amphicar 770.

Le prototype de l’Amphicar en 1960

Hans Trippel a de la suite dans les idées et pense dès les années 30 à de drôles d’engins, capables de se mouvoir sur terre comme sur l’eau et avec autant d’aisance : un croisement entre l’automobile et le nautisme en somme. Ne voyez pas en Trippel une sorte de Tryphon Tournesol rêveur : “l’ami” Hans est un nazi convaincu, membre de la SA puis de la SS, mais sa passion de la mécanique est plus forte, et il voit comme un avantage stratégique la mise à disposition de la Wehrmacht d’un véhicule amphibie de sa conception, dénommé Zepp. L’homme est également pilote à ses heures, mais sa passion reste l’amphibie. Ingénieur reconnu du régime hitlérien, il ne réussit pas à émerger autant qu’il le voudrait.

Un passé trouble à l’ombre des nazis

C’est grâce à Bugatti que sa carrière va exploser : devenu administrateur de la firme de Molsheim suite à l’occupation de la France (et du rattachement de l’Alsace au Reich), il va profiter des installations d’Ettore pour y produire son Schwimmwagen SG-6 pour l’armée allemande à partir de 1941. Après 800 exemplaires fabriqués en Alsace, Trippel tombe en disgrâce, et se voit affecté à la direction d’un camp d’extraction de calcaire. Cela ne l’empêchera pas de tomber entre les mains françaises en 1945, d’être condamné pour crime contre l’humanité à 5 ans de prison. Il finira par sortir au bout de 3 ans. Trippel n’est pas le rigolo que l’on croit malgré son obsession amphibie : il réussit (malgré des soupçons de corruption) à se faire en partie dénazifier. 

Dans les années 50, il tente régulièrement de relancer la machine avec des projets plus ou moins fous, jusqu’à ce qu’il présente en 1957 l’Alligator, qui tape dans l’oeil d’un industriel allemand bien connu, alors en passe de racheter BMW : Harald Quandt. Avec l’argent tout devient possible. L’usine DWM, spécialisée dans le matériel ferroviaire à Berlin Ouest, est mandatée pour la construction de l’Alligator rebaptisé Amphicar, et la production commence en 1961.

De l’Alligator à l’Amphicar 770

Difficile de décrire l’Amphicar 770 : look d’amerloque haute sur patte, moteur anglais de Triumph Herald (un 1 147 cc de 43 chevaux SAE), produite en plein Berlin par un ancien nazi, cette voiture ne ressemble à rien surtout si l’on considère son accastillage marin. Etrangement, le principal marché de l’Amphicar de Trippel sera l’Amérique. En 1962, la traversée de la Manche à son bord fera beaucoup pour sa publicité, l’heure était à l’oubli et à la réconciliation (et accessoirement à la reconstruction de l’économie ouest-allemande).

L’Amphicar 770 est le premier véhicule amphibie “civil” et son look des sixties participe à son charme. Pourtant, il ne s’agit pas d’un véhicule très performant, ni sur route (120 km/h maxi) ni sur l’eau où son équilibre (ou déséquilibre) est mis à mal dès qu’on pousse un peu les gaz (et pourtant, la vitesse de pointe ne peut excéder 12 km/h). 

L’amphibie civil le plus produit au monde

Produit entre 1961 et 1965 à seulement 3 878 exemplaires, l’Amphicar reste pourtant le véhicule amphibie civil le plus produit, largement devant l’Amphi Ranger ou le Hobbycar B612. Doyen et best seller, il n’en reste pas moins rare aujourd’hui et s’échange à des tarifs improbables, entre 60 000 et 100 000 euros !

Après, il existe des gens dont l’existence n’a de sens qu’en collectionnant les trucs les plus improbables, à l’histoire compliquée, au look difficile. Ceux-là se mettront en quête d’un Amphicar 770, pour le plaisir de traverser un étang en Sologne voire dans les Landes, ou de provoquer des frayeurs à des passagers éméchés au rosé sur le Bassin d’Arcachon. 

Caractéristiques techniques

Amphicar 770

1961 - 1965

Motorisation

Motorisation 4 cylindres en ligne Triumph
Cylindrée 1 147 cc
Alimentation 1 carburateur Solex
Puissance 38 ch à 4 850 trs/min
Couple 88 Nm à 2 500 trs/min

Dimensions

Longueur 4 343 mm
Largeur 1 549 mm
Hauteur 1 524 mm
Poids à vide 1 050 kg

Transmission

Roues motrices Arrière
Boite de vitesses BVM à 4 rapports

Performance

Vitesse max 110 km/h
0-100 km/h nc
Production 3 878 ex

Tarif

Cote 2018 (LVA) 65 000 euros

3 commentaires

Limbourg

Le 13/07/2019 à 11:33

Cet article pourrait servir de base pour d’autres amphibies. Il y en a un, que j’ai vu il y quelques jours en Croatie,qui m’intéresse fortement mais dont je ne sais rien, la marque est américaine et si je ne me trompe pas, le nom est panther. Un look jeep pour un presque bateau.

Paul

Le 13/07/2019 à 17:32

tu m’intrigues 😉

MARC

Le 24/07/2019 à 19:56

Watercar Panther
moteur V6 Honda

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