Aston Martin DB2 : exquise esquisse

Publié le mardi 9 juillet 2019.
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Au détour d’une route, à l’approche du château de Vaux, apparaît une auto bleue. Sa ligne me dit quelque chose, sa calandre aussi, mais il me faut un peu de temps pour reconnaître l’Aston Martin DB2 dans sa première version à calandre en 3 parties. Il faut dire qu’il s’agit d’une voiture qu’on voit plus en photo qu’en réalité, et croyez-moi, cela change tout. Avec son look puissant, râblé et un peu abrupt, elle préfigure les emblématiques Aston des années 60 tout en conservant ce charme d’une auto qui se cherche encore. Retrouvant la belle à Chantilly lors du concours d’élégance, je me décide enfin à parler d’elle.

L’Aston Martin DB Mark II, prototype de la DB2 en 1949

Revenons un peu en arrière. En 1947, David Brown, riche industriel britannique ayant fait fortune dans le matériel agricole, se décide à s’offrir une danseuse nommée Aston Martin, bien mal en point au sortir de la guerre. Plutôt qu’une danseuse, c’est de deux dont il faudrait parler, l’homme se payant dans la foulée la marque Lagonda, essentiellement pour récupérer le 6 cylindres en ligne de 2,6 litres supervisé par Walter Owen Bentley, bien supérieur au 2 litres utilisé par Aston Martin.

Les 49 premiers exemplaires, fabriqués chez Mulliner, conservent la calandre en 3 parties et les grilles latérales.

Première « vraie » DB

Dans un premier temps, David Brown tente de relancer la prestigieuse marque britannique avec le roadster 2 litres Sport, dérivé du projet Atom développé pendant la guerre, équipé du 4 cylindres 2 litres de 90 chevaux maison. Mais déjà, il pense à un nouveau projet qui portera ses initiales, la DB2, et qui sera équipée du fameux L6 de chez Lagonda. Avec cette seconde série, David Brown veut véritablement rendre son lustre à la marque de Feltham (Newport Pagnell ne deviendra le coeur d’Aston qu’en 1958), et surtout produire plus que les 15 exemplaires seulement de la 2 litres Sport, surtout qu’entre temps, la marque s’est distinguée aux 24 heures de Spa en 1948, contre toute attente. L’image sportive revient, il faut désormais vendre.

Pour son nouveau coupé (et non un roadster), Aston Martin et son bouillant nouveau patron vont faire confiance au dessin de Franck Feeley, aidé par Touring. Après un premier prototype appelé DB Mark II, Aston Martin débarque au Mans en 1949 avec sa nouvelle DB2. Malgré sa modernité, elle abandonnera au bout de 26 tours, mais la 2 litres Sport d’Arthur Johns et Nick Haines s’empare de la 7ème place au général (et de la 3ème place en catégorie 2 litres). La nouveauté est tout de même présentée en 1950 et fait rentrer Aston Martin dans une nouvelle ère.

La DB2 récupère la fameuse calandre en T inversé dès le 50ème exemplaire

Une nouvelle calandre en T inversé

Basée elle aussi sur le châssis tubulaire de l’Atom (et de la 2 litres Sport qui l’a validé en compétition), avec son L6 2,6 litres développant 105 chevaux dans sa version standard (puis rapidement 123 chevaux dans sa version Vantage), elle se distingue surtout par sa qualité de fabrication, son luxe et sa ligne très moderne. Celle-ci bénéficiera d’une évolution majeure après les 49 premiers exemplaires produits chez Mulliner : un relifting portant particulièrement sur la face avant, abandonnant la calandre en 3 parties (pourtant très sexy avec le recul) pour arborer la fameuse calandre en T inversé qui deviendra l’identité de la marque jusqu’à aujourd’hui.

L’Aston Martin DB2 s’avère une stricte deux places. Si les ventes explosent (à la mesure d’Aston Martin à l’époque), on s’aperçoit vite qu’une version cabriolet complèterait bien l’affaire (nommé Drophead Coupé). Cependant les critiques des clients remontent aux oreilles de David Brown : une version 4 places serait la bienvenue pour satisfaire le Grand Tourisme en famille. La DB2 prendra donc sa retraite en 1953 pour laisser place à sa déclinaison 4 places, la DB2/4. Aston Martin est en tout cas relancé en ce début des années 50, grâce au dynamisme de David Brown et à une présence sportive appuyée.

La DB2 Drophead Coupé, version cabriolet de la DB2

Esquisse des futures DB mythiques

Au total, Aston Martin produira 410 exemplaires de la DB2, dont 98 Drophead Coupé (et 49 exemplaires à “triple calandre”) entre 1950 et 1953, un rythme de production bienvenu. Surtout, avec son luxe, son dynamisme et sa qualité de fabrication, la DB2 remet Aston Martin au coeur du choix des gentleman drivers britanniques. Une réputation qui continuera avec la DB2/4 encore plus pratique, la DB Mark III mais surtout les DB4, DB5 et DB6 de la fin des années 50 et du début des années 60, âge d’or de l’époque David Brown.

Aujourd’hui, comme toute Aston Martin, une DB2 se paie cher mais reste étrangement méconnue, sauf des spécialistes. Moins emblématique que les DB5 ou 6, elle n’en demeure pas moins à l’origine du mythe DB, et sa ligne brute surtout en “triple calandre” (avec aération sur le côté) lui donne le goût de l’esquisse d’une oeuvre d’art. Le brouillon de l’oeuvre d’un maître vaut parfois le détour, et permet de comprendre comment il en est arrivé au chef d’oeuvre : la DB2 est une une exquise esquisse. 

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