Aston Martin DBS 6 cylindres : nouvelle ère à Newport Pagnell

Publié le mardi 25 septembre 2018.
Mis à jour le mercredi 3 juillet 2019.
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L’Aston Martin DBS 6 cylindres fut longtemps une mal-aimée : coincée entre les mythiques DB4, DB5 et DB6 d’un côté, et par ses déclinaisons V8 de l’autre, la première des DBS (et aussi la plus fabriquée de la série) faisait figure de parent pauvre. Aujourd’hui les choses ont bien changé, et certaines DBS L6 (les Vantage) s’échangent à des tarifs supérieurs aux versions à moteur V8. Petit retour sur cette belle Aston Martin.

Touing réalisera deux prototypes de DBS (appelés ultérieurement DBSC) finalement non retenus

Dès 1963, David Brown, propriétaire de la firme Aston Martin depuis 1947, réfléchissait à l’opportunité de produire une voiture à moteur V8. Il demanda donc à Tadek Marek de lancer l’étude d’un tel moteur tandis qu’Aston Martin se lançait dans le projet d’un coupé 2 portes 4 places qui viendrait se positionner au dessus de la DB6 (lancée en 1965). Mais le mauvais démarrage de la DB6 inquiétait Brown, qui demanda alors à ses équipes ainsi qu’au carrossier Touring de plancher sur une remplaçante. Il fallait impérativement sortir une voiture d’allure moderne quand la DB6, au style très proche de la DB5, semblait dépassée.

Comparée à la DB6 contemporaine, la DBS propose un design beaucoup plus moderne signé William Towns (notez les roues à rayons caractérisant les DBS L6)

Deux prototypes furent réalisés sur la base des dessins de Touring (et des châssis de DB6) afin de tester les réactions du public aux salons de Londres, Paris et Turin 1966. Malgré tout l’intérêt de ces deux modèles, personne n’est réellement satisfait : ni les visiteurs, ni David Brown lui-même. Touring, alors en difficulté financière, semblait peu propice à réaliser une voiture marquante pour Aston Martin, et Brown préféra faire appel à un nouveau designer plus à même de comprendre ses attentes : William Towns, tout juste arrivé chez Aston en provenance de chez Rover.

Des prototypes Touring, il ne restera donc que le nom, DBS (ceux-ci devenant a posteriori DBSC pour éviter toute confusion). Mais il fallait travailler dans l’urgence car la nouvelle voiture devait être prête pour le Salon de Londres d’octobre 1967. Partant d’une feuille blanche, Towns allait s’acharner à dessiner un gros coupé bourgeois 4 places, au style résolument moderne, aux lignes tendues, et aux allures de coupé fastback américain : cette dernière observations n’est pas anodine, car David Brown, avec la DBS dotée d’un V8, comptait bien attaquer le marché américain.

Mais pour le V8, il faudra attendre. En cette année 1967, il fallait se rendre à l’évidence, le moteur conçu par Marek n’était pas prêt. Testé en compétition, celui-ci avait cassé dès le premier tour. Pour fiabiliser ce nouveau bloc, il fallait du temps. David Brown décida alors de changer de fusil d’épaule : en attendant que le V8 soit opérationnel, les DBS récupéreraient le fameux 6 en ligne de la DB6. Paradoxalement, dans sa configuration de base (282 chevaux, 4 litres), la DBS plus grosse et plus lourde s’avérait moins performante que la DB6 toujours produite (jusqu’en 1970). Certes, Aston Martin s’était engagé volontairement dans le monde du Grand Tourisme plus que du sport, mais il restait une clientèle attachée à la performance. Aussi, on proposa dès le lancement de la DBS une option Vantage permettant, grâce à 3 carburateurs Weber double corps, de faire passer la puissance à 325 chevaux (non disponible aux USA pour des raisons de normes).

En moins d’un an, le premier prototype de la DBS fut réalisé, et put être présenté à la presse le 25 septembre 1967 au Blenheim Palace puis au Salon de Londres. Cette fois-ci, l’enthousiasme était présent, et la DBS tranchait sérieusement avec la DB6 au style daté. La production (artisanale, luxueuse et, comme il se doit, à la main) pouvait commencer réellement en 1968. La DBS se voyait accompagnée dans la gamme par la DB6 jusqu’à l’arrivée de la version V8. A cette date, elle en devenait le véritable successeur. En effet, la DBS 6 cylindres, malgré deux cylindres en moins, s’offrait des performances supérieures (en version Vantage) à la V8, pour 200 kg de moins, devenant d’une certaine manière plus équilibrée. La V8, elle, offrait, offrait un autre plaisir : du couple, et une conduite finalement plus souple et bourgeoise que le L6 Vantage.

La DBS, malgré son design plaisant et un certain succès d’estime ou populaire, ne sera pourtant pas un succès. Alors qu’entre 1965 et 1970, la DB6 se vendait à 1967 exemplaires, la DBS 6 cylindres fut produite entre fin 1967 et mi 1972 à seulement 802 exemplaires. Prix, concurrence interne, performance en retrait, ou positionnement plus GT, autant de raisons qui firent de la DBS un relatif échec. Bien sûr, il faut ajouter à cela les 402 exemplaires de la version V8 (entre fin 69 et 1972), et pour relativiser « l’échec », la DBS sera suivi d’évolution la menant jusqu’au coupé Virage (lire aussi : Aston Martin Virage) lui-même largement inspiré de la DBS. En fait, entre la vente d’Aston Martin par David Brown en 1972 et le rachat par Ford en 1987, la DBS et ses dérivés/évolutions permettront à Aston Martin de « tenir » le coup.

La DBS L6 de Brett Sinclair « Bahama Yellow », aux roues de V8

La DBS aura marqué les esprits aussi par sa présence dans un certain nombre de séries ou du films. Bien entendu, James Bond (Georges Lazenby) eut droit à sa DBS 6 cylindres dans « Au service secret de sa majesté » sorti en 1969. De même, on apercevra dans un épisode de « Chapeau Melon et Bottes de cuir » tourné en 1968 le tout premier châssis (hors prototypes) de la DBS. Enfin, la plus iconique de toutes les DBS restera sans doute celle de Brett Sinclair (Roger Moore) dans « Amicalement Vôtre ». Mais avec cette dernière, il y a un piège car si cette dernière ressemble à une V8, il s’agit bien d’une 6 cylindres habilement « camouflée » dotée de sa peinture si particulière « Bahama Yellow ». Dans la série, elle illustrait à merveille la classe et la distinction de Roger Moore quand la Dino 246 GT (lire aussi : Dino 246 GT) représentait l’impulsivité et l’intrépidité de Tony Curtiss.

L’Aston Martin DBS Estate, réalisée par FLM Panecraft, produite à une seule unité

Au chapitre des DBS « particulières », on trouve aussi un unique exemplaire d’une version « shooting brake » dénommée Estate. Il ne s’agissait pas d’une production de Newport Pagnell (lire aussi : l’histoire de Newport Pagnell) mais d’une commande spécifique auprès du carrossier FLM Panelcraft : cette version restera unique tant la transformation coûtait cher (2 fois le prix de la voiture neuve, déjà chère). Enfin, Paul Banham réalisera durant les années 70 environ 6 transformations de DBS 6 cylindres en version cabriolet.

Pour tout connaître sur la DBS, je vous recommande la lecture de l’excellent site DBS Vantage

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

Motorisation

Moteur 6 cylindres en ligne
Cylindrée 3995 cc
Alimentation 3 carburateurs SU HD8 ou Weber double corps (Vantage)
Puissance 282 ch ou 325 ch (Vantage) SAE à 5750 tours / minutes
Couple

40,1 mkg à 4500 tours / minute

Transmission

Roues motrices Propulsion
Boîte de vitesses Manuelle à 5 rapports ou automatique à 3 rapports

Dimensions

Longueur 4585 mm
Largeur 1830 mm
Hauteur 1322 mm
Poids à vide 1651 kg

Performances

Vitesse maxi 225 km/h
Production 802 exemplaires (1967-1972)

Tarif

Cote moyenne 2018 De 110 000 à 180 000 euros (Vantage)

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8 commentaires

philippe

Le 25/09/2018 à 18:26

Merci Paul de nous rappeler qu’il n’y a pas que le V8 dans la vie. J’ai le souvenir d’avoir vu une DBS Vantage démarrer dans une côte devant le préado que j’étais, je l’entends encore !
La puissance SAE aux normes américaines on saît ce qu’il faut en penser, Jaguar en usait et abusait également.
Le Tadek-Marek est infiniment plus sophistiqué que le Heynes mais produit en petite série avec un outillage de précision et un prix infiniment plus élevé.
La Carrozzeria avait vraiment perdu la main mais le grand Bill Towns a relevé le défi et son dessin restera un des plus beaux qui ait été tracé.
En passant il démoda totalement la pauvre Type-E même si les deux n’étaient pas dans la même gamme de prix.
Sir William se vengera en la dotant d’un V12
De toute façon ce n’est qu’un rêve et je me contenterai de mon Heynes quand il ne me fait pas trop de misères.

Bigblue

Le 25/09/2018 à 21:17

Paul,
je suis prêt à payer 5 € par mois pour lire de nouveau des articles atypiques et décalés, avec les fautes (j’en fais moi même beaucoup…), des trucs sortis de nul part , la caisse oubliée mais fabriquée de nouveau sous licence en Ouzbeland avec un moteur fonctionnant au jus de chaussette, des réflexions profondes sur le C15 ou la 405, en grios comme 1 an en arrière,… et pas du sponsorisé sur la supercar vu et revu, allé, 10 € même, et je fais une croix sur le magazine (ma ca en fait ça déjà le cas).
Allé Paul, stp raconte de belles histoires comme avant !!!

Salva

Le 25/09/2018 à 23:13

La dernière Aston jusqu’ à… 1988 ! La crise du pétrole était passée par là…

Guilhem

Le 25/09/2018 à 23:31

Tiens, c’est drôle, j’en ai vu une il y a 3 jours ! Elle est venue se rappeler à mon bon souvenir, et là, paf, un article sur BR. Quelle ligne, je l’adore, cette réinvention du design DB4/5/6 qui est en parfaite phase avec son époque avec ses lignes tendues et ses chromes opulents. Selon moi une des AM les plus réussies et un secret bien gardé !

Lionel

Le 26/09/2018 à 08:28

Superbe design, classique et classe. Je l’ai toujours préféré à la version à calandre avec
feux séparés de l’AMV8 introduite en 1973 qui pour moi était un retour en arrière.
Souvenirs souvenirs avec Roger Moorre et Tony Curtis se tirant la bourre lors du 1er épisode dans l’arrière pays nicois. Je pense qu’en réalité, la DBS aurait eu vraiment du mal à suivre la Dino sur ce type de route !
Dire qu’il y a 10 – 15 ans, ce genre de voiture était toujours abordable, du moins à l’achat…

Greg

Le 26/09/2018 à 10:23

Magnifique auto.
Si la DBS « 6 » se met au « Au Service secret de sa majesté », la belle Aston, cette fois-ci une V8 Vantage, fait son come-back dans « Tuer n’est pas jouer » 😉

Choco

Le 26/09/2018 à 13:53

A jamais la bagnole de Lord Brett Sainclair. Le genre de voiture qui vous donne envie de traverser l’Europe pour aller de palace en palace ! Merci pour cet article 🙂

philippe

Le 26/09/2018 à 19:56

Lord Sinclair justement était sensé avoir une DBS V8 – ce pourquoi on lui avait mis des roues de V8 – mais il n’y avait pas encore d’exemplaire dispo lorsque la série a commencé.
Pöur moi un 6 en ligne est beaucoup plus élégant qu’un V8, et cette sonorité …

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