Aston Martin Vanquish : démonstration de force

Publié le lundi 10 décembre 2018.
Mis à jour le mercredi 5 juin 2019.
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En cette fin des années 90, il devenait urgent de renouveler le haut de gamme d’Aston Martin représenté jusqu’alors par la Virage, une voiture lancée en 1988 et techniquement dépassée malgré d’intéressantes performances et un charme très britannique. La DB7, née en 1993, avait déjà dépoussiéré l’image de la vénérable marque britannique et il était temps d’enfoncer le clou avec un nouveau modèle. Adieu Virage, place à la Vanquish.

L’Aston Martin Project Vantage de 1998, dessinée par Ian Callum, préfigure la Vanquish de série

Même si la Virage pouvait paraître encore relativement récente au milieu des années 90 (puisque sortie en 1988) et que ses évolutions Vantage ou V8 Coupé lui donnait un petit coup de jeune cosmétique, elle restait malgré tout un mélange technique d’une Lagonda (pour le châssis) et d’une V8 (pour le moteur). Aux côtés de la pimpante et moderne DB7, cela commençait à se voir. Certes, elle trouvait bon an mal an quelques dizaines de clients fidèles, fortunés et excentriques, mais elle n’était plus ni iconique, ni même rentable. Construite à la main de façon très artisanale à Newport Pagnell, les descendantes de la Virage ne séduisaient plus vraiment les foules.

Avec la DB7 V12 Vantage, Aston Martin avait déjà renoué avec la GT de luxe et sportive, mais il fallait aller encore plus loin pour montrer à tous et particulièrement à la concurrence que la marque britannique était bien là, prête à en découdre avec les italiennes ou les allemandes. L’idée était simple : renouer avec une tradition perdue depuis la DB5 en proposant une Aston réellement sportive mais aussi exclusive et luxueuse.

Ian Callum, alors en poste chez TWR Design (le bureau de style de l’entreprise fondée par Tom Walkinshaw) venait de signer l’excellent dessin de la DB7. On lui demanda naturellement de réfléchir à une “grosse” Aston Martin au style proche de la récente GT. Dans un premier temps, il réalisa un concept car nommé Project Vantage Concept afin de recueillir les réactions du public. Présentée en janvier 1998 au Detroit Motor Show, cette Vantage Concept poussait encore plus loin le design de la DB7. Musculeuse et galbée, elle ringardisait en un instant la série V (Vantage, V8 Coupé ou Volante) pourtant encore en production.

Devant les louanges de la presse et du public, le feu vert était rapidement donné pour le développement de cette future Vanquish dont le nom traduisait les nouvelles ambitions d’Aston Martin (to Vanquish veut dire vaincre) face à la concurrence. Pour cette nouvelle voiture, il fut décidé de concevoir un nouveau châssis (mixant aluminium et fibre de carbone) avec l’aide d’un autre petit constructeur anglais, Lotus.

L’Aston Martin Vanquish S proposait 60 chevaux de plus, et un petit lifting

Pour la carrosserie, on chercha là-aussi à combattre le poids en utilisant de l’aluminium, de la fibre de carbone et des matériaux composites. Malgré tous ces efforts, la Vanquish pesait tout de même 1 835 kg. Pour offrir des performances de premier ordre, la Vanquish recevait le V12 déjà aperçu sur la DB7 V12 Vantage conçu par Ford en collaboration avec Cosworth Racing. Pour lui donner encore plus d’exclusivité, celui-ci gagnait 40 chevaux (pour un total de 460), signant définitivement la fin du V8 signé Tadek Marek introduit en 1969 sur la DBS.

En 2000, quelques prototypes avaient déjà été construits pour le développement de l’auto ou les crash tests. A leur vue, le tout nouveau PDG Ulrich Bez fut très déçu par l’intérieur. Par souci d’économie, on avait fait appel à la banque d’organes Ford, notamment les aérateurs en provenance directe d’une Ford Ka. Pour le nouveau PDG, la Vanquish devait être plus exclusive et respirer le luxe à l’anglaise. On modifia donc ce qui pouvait l’être, avant de produire 70 exemplaires de pré-série durant la fin de l’année 2000. En octobre de cette année-là, la Vanquish était présentée à la presse, tandis que le public la découvrait de visu en mars 2001 au Salon de Genève.

Pour Aston Martin, la Vanquish devait rester relativement exclusive et l’on n’envisageait pas une production de masse : il s’agissait avant tout d’un véhicule d’image vendu relativement cher (plus de 230 000 euros à l’époque) et qui devait rester un objet rare. Les premiers clients furent livrés à l’été 2001. Cette première mouture fut produite jusqu’en 2004 à 1 492 exemplaires. Cette année-là, Aston Martin se fit un peu de publicité au Salon de Genève en présentant une Vanquish Convertible réalisée par Zagato (sur la base d’un exemplaire de pré-série de 2000).

La vraie nouveauté vint au Salon de Paris 2004, quelques mois plus tard. La Vanquish cédait sa place à une Vanquish S légèrement restylée et dont le V12 était porté à 520 chevaux. Cette deuxième série sera produite jusqu’en 2007 à 1 086 exemplaires, remplacée par la nouvelle DBS. Que ce soit en version normale ou en S, la Vanquish était en tout cas une vraie sportive, plaisante à conduire grâce à sa boîte séquentielle et à son V12 coupleux à souhait et capable d’excellentes performances (notamment une vitesse de pointe de 306 km/h).

Le duo DB7 / Vanquish fut l’artisan du renouveau d’Aston Martin, tant du point de vue du style que de la technique. Entre 1987 (date du rachat par Ford) et 2007 (date de la revente d’Aston Martin à un groupe d’investisseurs emmenés par Prodrive et David Richards) l’image du constructeur britannique avait bien changé, passant de celle d’un petit artisan confidentiel et poussiéreux à celle d’une fabricant d’automobiles de sport et de grand luxe. La Vanquish y contribua grandement, notamment par ses apparitions au cinéma (notamment en 2002 dans le James Bond Die Another Day – Meurs un autre jour où elle livre un combat sur glace avec la Jaguar XK8 SFX1.

Pierce Brosnan, alias James Bond, conduisait une Aston Martin Vanquish dans « Die another day »

Aujourd’hui, la cote d’une belle Vanquish tourne autour de 100 000 euros selon LVA (2018). C’est une somme, certes, mais c’est toujours plus de deux fois moins cher qu’à son lancement. En outre sa ligne intemporelle fonctionne encore très bien (et peut-être même mieux que les Aston Martin actuelles) tandis qu’elle vous offrira toute la puissance de son V12 atmosphérique (un type de moteur devenu rare dans la production actuelle).

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CARACTERISTIQUES TECHNIQUES ASTON MARTIN VANQUISH (2001-2007)

Motorisation

Moteur V12 48 soupapes
Cylindrée 5 935 cc
Alimentation Atmosphérique, injection
Puissance 460 ch à 6 500 trs/min
Couple 542 Nm à 5 000 trs/min

Transmission

Roues motrices Arrière
Boîte de vitesses Semi-automatique 6 rapports

Dimensions

Longueur 4 665 mm
Largeur 1 923 mm
Hauteur 1 318 mm
Poids 1 835 kg

Performances

Vitesse maxi 306 km/h
Production totale 2 578 ex (tous modèles confondus)

Tarif

Cote moyenne 2018 (LVA)  100 000 euros

 

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8 commentaires

Choco

Le 10/12/2018 à 11:50

Quelle classe ce Brosnan quand même ! 😉

Greg

Le 10/12/2018 à 14:40

La photo avec James Bond met en valeur l’une des caractéristiques techniques de la Vanquish 😉
Par un concours de circonstances, un jour où j’étais à Lyon, je me paume dans l’hôtel, et à la place de la salle du petit déj’, je débarque dans un hall à l’écart de l’agitation et trouve… une Vanquish!
Nulle odeur de croissants, mais la senteur entêtante de pneus neufs: des Yokohama.
Je trouve un représentant du manufacturier et lui demande: mais qu’est-ce donc?
Il m’explique, non sans fierté -bien légitime!- que Yokohama avait obtenu l’homologation première monte pour la Vanquish!
Autre caractéristique moins flagrante et autrement plus embarrassante: la transmission robotisée n’était ni très rapide, selon la complainte des journalistes essayeurs, ni très fiable, selon l’expérience des clients après des kilométrages parfois aussi modestes que 20000 km!
M’enfin, ça reste une splendide auto, et une sportive accomplie qui rivalisait sans peine avec la Ferrari F550 Maranello à l’époque!

MattB

Le 11/12/2018 à 15:08

Je n’ai malheureusement jamais conduit une Vanquish, mais j’ai effectivement été très étonné par « plaisante à conduire grâce à sa boîte séquentielle ». Cette boite, comme toute robotisée simple embrayage, reçoit beaucoup de critiques sur sa rapidité et sa douceur (ou plutôt son manque), au point qu’Aston Martin propose la transformation des Vanquish d’occasion en boite manuelles. Les clients qui souhaitent faire cette modification font envoyer le véhicule directement chez Aston Martin en Angleterre qui s’occupe de tout.

Fraberth

Le 11/12/2018 à 18:56

la voiture de mon enfance, entre le film james Bond et le jeu vidéo
si l’extérieur est fantastique, j’ai toujours trouvé un coté pas fini à l’habitacle
ça se sent que l’entreprise reste artisanale
ça passe de loin mais de près ça doit être très moyen

gougoul

Le 15/12/2018 à 06:20

Un copain était allé en Angleterre pour commander / configurer la sienne…

C’était une jolie voiture, exclusive, mais vraiment un jouet « d’amateur »… le tableau de bord était raté (à cause de la clim la console centrale avance « un peu » trop etc)… au final, elle ne rivalisera pas avec une Maranello en performances, sauf dans les fantasmes d’essayeurs anglais avides d’une gloire à jamais révolue (celle de la grande grande bretagne pour ceux qui ne suivent pas).
Je trouve quand meme que la ligne a pris un petit coup, mais quand on en voit une évoluer ca reste sympa…

wolfgang

Le 10/01/2019 à 19:14

Mastodonte
Moteur Ford Duratec amélioré.
Ligne qui ne marquera pas l’histoire de l’automobile comme à peu près tout ce que fait Callum.
Cher pour ce que c’est.

Gillam Charles

Le 07/03/2019 à 12:07

Ah chers amis ! La Vanquish ! belle dehors, mais âme damnée de Ford…on comprend bien la démarche du constructeur généraliste avec cette auto. Finitions euh…je ne me remettrai jamais de la console en plastique peinte en argent métal pour faire croire à de l’alu (même si c’est mieux sur la « S »). Vous auriez vu ça sur une Aston auparavant ? en tous cas personne ne l’aurait accepté. Et que dire du moteur de la Ford Indigo (identique en tous points, jusqu’au bout des couvres culasses). Reste un dessin agréable de l’avant (normal me direz-vous au regard des sources d’inspiration…) par contre à l’arrière…grosse lame chromée qui tombe comme un cheveux dans la marmelade et gros feux de fiesta (après ceux de Sirrocco pour sa devancière..). On voit bien aussi que la Virage était une fin de race en fin de vie. Autre époque, celle révolue d’un artisanat britannique, fait de bric et de broc mais dont l’essentiel était là quand même, à savoir une carrosserie martelée et un vrai moteur maison, une belle finition et un charme un brin suranné…nostalgie quand tu nous tient…

femmes photos

Le 02/04/2019 à 15:11

Aston Martin a toujours gardé l’image d’une voiture de luxe pas à la portée de tout le monde. Une stratégie adoptée par la firme et qui a donné ses fruits car à mon avis elle était la chouchou des grosses fortunes au dernier salon d’auto de Genève.

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