Audi A2 : la faute de car(re) !

Publié le mardi 3 novembre 2015.
Mis à jour le lundi 8 juillet 2019.
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Qu’il est bon parfois de voir les meilleurs élèves de la classe se prendre des gadins. C’est injuste, pas très charitable certes, mais ça rassure un peu. Quand le bon élève se tape un 9/20, cela fait le tour de la classe, et tout le monde se moque. Quand le mauvais élève se tape un 10/20, c’est champagne. C’est un peu ce qui est arrivé à Audi avec son A2 pourtant promise à un brillant avenir ! Car si aujourd’hui la marque d’Ingolstadt imprime un rythme très élevé dans l’excellence depuis plus de 20 ans, faisant aujourd’hui rêver tout gamin fana de bagnoles, il lui est arrivé de se planter en beauté : ouf !

Crayonné du concept car Audi AL2 de 1997
Crayonné du concept car Audi AL2 de 1997

Si la montée en gamme n’avait pas attendu l’A8, c’est avec ce modèle, matrice du style Audi, que la marque aux anneaux enfonce le clou, et s’installe durablement comme une marque premium (lire aussi : Audi A8). La martingale, Audi pense l’avoir trouvé en mêlant style, technologie, luxe et… aluminium, permettant l’allègement de la voiture malgré la hausse des équipements embarqués. Fort de cette première expérience (concluante), Audi décide d’attaquer tous les secteurs du marché.

L'AL2 présentée en 1997 au Salon de Francfort
L’AL2 présentée en 1997 au Salon de Francfort

C’est en 1997 qu’est alors présenté le concept AL2 : sorte de petit monospace, positionné dans la catégorie des citadines, ayant recours massivement à l’aluminium. Si aujourd’hui on moque le design de cette voiture, il me semble utile de rappeler ici qu’elle est l’oeuvre de Luc Donckerwolke, à qui l’on doit aussi le restylage de la Lamborghini Diablo, la superbe Murcielago, et la « petite » Gallardo. Que cela soit dit !

A2 01

Contre toute attente, cette étude sera quasiment inchangée lors du passage en série. Il faut dire que l’échec de l’A2 a fait oublié le succès rencontré en 1997 lors du salon de Francfort. Tout le monde criait alors au génie. Aujourd’hui, il est tellement facile de refaire l’histoire ! C’est en novembre 1999 que la production en série démarre. Grâce à l’aluminium, le poids de la voiture varie selon les versions entre 895 et 1030 kg, ce qui laisse rêveur aujourd’hui.

A2 04

Pourquoi alors parle-t-on d’échec pour cette A2 qui semblait pétrie de qualité, avec ses petits moteurs 4 cylindres essence de 1,4 et 1,6 litres (respectivement 75 et 110 ch) et surtout ses très petits 3 cylindres diesel 1,2 et 1,4 litres (respectivement 61, 75 et 90 ch pour les deux 1,4 litres) ? L’objectif d’Audi : obtenir la meilleure efficience, grâce à son design fluide et sa légèreté. Voiture économique dites-vous ? A condition qu’elle soit relativement bon marché, et c’est sans doute là que le bât blesse, car le principal point noir fut son prix, délirant par rapport aux performances et à l’équipement offert.

A2 07 pub

En fait, il s’agissait d’un cercle vicieux dont Audi n’a pas su sortir (mais était-ce possible?). L’usage de l’aluminium se justifiait pour un modèle haut de gamme comme l’A8 dont le prix élevé permettait d’intégrer le surcoût de l’alu ! Mais pour un modèle d’entrée de gamme comme l’A2, l’utilisation de ce matériau devenait difficile à amortir sauf en produisant beaucoup. Audi chercha à baisser au maximum le prix de vente de l’A2, vendant même à perte, sans pour autant réussir à être compétitif.

A2 02

Avec un prix trop élevé, l’A2 partait déjà mal. Mais surtout, la mayonnaise ne prit jamais, rendant impossible toute baisse de prix ultérieure rendue éventuellement possible par des volumes de production importants ! L’A2 en vérité pâtissait (paradoxalement) du succès d’Audi : trop décalée en terme d’image, de performance et de luxe, par rapport au reste de la gamme, elle ne faisait pas rêver. Et puis il ne fait pas bon avoir raison trop tôt : le downsizing, l’optimisation du poids, l’efficience, n’étaient pas des termes très à la mode à l’orée des années 2000. Son physique n’était pas assez « tendance » (la mode était au néo-rétro, façon Mini ou VW New Beetle), son prix trop élevé empêchait de rentabiliser les économies de carburant, sans compter une carrosserie fragile en condition urbaine, exposée au moindre choc.

A2 05

En 2005, Audi décide donc de tirer un trait sur l’aventure A2, après seulement 176 377 exemplaires. Il faudra attendre 5 ans, en 2010, pour que la marque ose revenir sur le créneau inférieur avec une A1 très classique, jouant sur les qualités naturelles d’Audi : classicisme, sobriété, qualité perçue et sportivité. L’A2 restera un mauvais souvenir, un accroc dans un parcours sans faute. C’est donc une voiture à collectionner d’urgence !

 

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18 commentaires

Ced Rustu

Le 03/11/2015 à 12:45

J’ai toujours aimé cette Audi, l’une des plus réussies à mon goût. Mais l’accès moteur m’a toujours freiné.

Greg

Le 03/11/2015 à 13:05

Raaah, encore une voiture qui m’a bien fait envie quand elle est sortie!
Elle aussi adepte du « light is right », engagée dans le cercle vertueux de l’allègement: gabarit optimisé-construction bien pensée-poids contenu-motorisation modeste-pneus étroits et le tout fonctionne à la perfection!
Un missile Scud lancé dans la direction de la Mercedes Classe A, qui était la seule à pouvoir rivaliser… coté tarifs!!!
L’Audi A2 cultivait de nombreuses particularités, dont un capot moteur dépourvu de charnières.
La fausse calandre est en fait une trappe qui donne accès à la jauge à huile, au remplissage de l’huile et du lave glace.
Et aux deux verrous du capot.
Alors que j’entreprenais de libérer celui-ci, un jour sur un salon, je fus prestement arrêté par le commercial qui voyait déjà la coûteuse pièce d’aluminium finir, au mieux sur mes pieds, au pire par terre.
« De toute façon vous n’avez pas besoin d’accéder au moteur, vous espérez faire l’entretien vous même? »
Ça résumait bien la nouvelle philosophie qui accompagnait la fameuse « montée en gamme » de la marque: « chères » voitures et chers services…
Les premiers clients ont parfois rencontré un défaut en forme de gag:
dans les stations de lavage à rouleaux, il arrivait que le portique, dans son trajet retour vers l’avant, accrochât le becquet collé sur la lunette arrière formée d’une seule pièce, qui explosait alors…
L’emploi d’un adhésif moins puissant solutionna le problème!
Ayant eu 2 Honda Jazz, je ne peux m’empêcher de penser que le modèle 2001 est une sorte d’Audi A2 réincarnée, mais en acier…

Paul

Le 03/11/2015 à 13:07

Avoir raison trop tôt n’est jamais bon (et oui ce petit aileron sur la lunette arrière est assez incongru) !

J2M

Le 03/11/2015 à 13:18

Cela appelle quelques réflexions complémentaires :
– La structure en alu était un cauchemar pour les carrossier. En gros, on sait « retendre » une caisse en acier en la passant au marbre et en tapant dessus. Avec l’alu, c’est une autre affaire, et tout le monde ne s’y frotte pas. Ca se savait…
– Elle était jolie, mais pas si pratique (voir la découpe du hayon) et surtout affreusement chère. C’est un pléonasme pour une voiture allemande et une condamnation sans appel pour une citadine.
– Il n’y a pas plus conservateur que le marché des petites bagnoles et particulièrement chez les les jeunes. Conformistes là où on ne les attendait pas : voitures grises, motos noires, téléphones blancs. On a peu d’argent, alors on investit dans du sérieux-qui-valorise.
A ce titre, la Twingo coriandre, moutarde ou violette, voire rose ne se vendit bien qu’en reprises Balladur et Juppé et à une clientèle âgée. Les jeunes préféraient la Polo ou la Supercinq. En blanc, en gris ou en noir.
– L’A1 contemporaine est donc, logiquement, « une grosse Audi en réduction », avec tous les tics stylistiques nécessaires pour susciter et marquer l’appartenance au club premium, sans avoir l’impression d’être assis sur la première marche.
Il y a quelques années, c’était la BMW 318i (E30) qui s’y collait, avec un certain talent.
On peut en rire, mais c’est ainsi que se fidélise une clientèle.

Paul

Le 03/11/2015 à 13:42

Encore un commentaire hyper pertinent, je vais finir par t’embaucher (ah non, j’ai pas de pognon ahahahah)

bimar

Le 03/11/2015 à 13:30

cette voiture m’a tjs plu, j’en ai achete une à ma fille, 4 ans 25000kms, 10000€, je la lui ai rachete 3 ans plus tard à 42000kms aujourd’hui elle a 62000kms, 9 ans elle doit valoir maxi 5000€ cuir clim gps radar chargeur cd toit panoramique je la garde à vie pour les petits trajets.

Lorenzo

Le 03/11/2015 à 13:54

Dommage que l’article soit un peu léger.
Introduction du moteur 1.6 FSI à injection directe (une première sur une citadine) qui en faisait une vraie bombe vu le poids !
équipements tout à fait extraordinaires pour la catégorie (Cuir, Bose, GPS, toit ouvrant panoramique, clim automatique…)
Très mauvais placement prix!
La marque a essayé de rétablir sur la fin de carrière avec des versions aux tarifs inférieurs mais ridicules : version de base avec des roues tole, un comble sur une bagnole tout en alu!
derniers modèles axés sur la personnalisation avec d’intéressantes versions Baroudeuses et colorées
Un échec commercial, un succès au niveau du produit.
Cela a ouvert Audi sur les clientèles aisées pour madame (Paris 16, Deauville…) et fait en partie, partie du succès de la marque
Un grand cru, à converser avec soin
Enfin, pour les réparations, c’est totalement ridicule.
Combien de voitures passent au marbre chaque années ?
Si vous croisez les statistiques, c’était même en théorie totalement insignifiant.
La presse comme d’hab a fait du bashing de ce qu’elle connaissait pas.

Paul

Le 03/11/2015 à 13:59

Oui j’avoue que j’aurais pu pousser un peu plus sur les aspects techniques de l’A2, et sur son équipement tout à fait à la hauteur. Mais comme tu dis, très mauvais « pricing » comme on dit aujourd’hui. On va dire que l’angle de l’article, faisant écho à ceux parus juste avant, c’était surtout qu’il s’agissait d’une double erreur: marketing et industrielle de la part d’Audi, suffisamment rare pour le souligner; erreur de perception du public encore aujourd’hui d’autre part 😉

J2M

Le 03/11/2015 à 14:47

« Enfin, pour les réparations, c’est totalement ridicule.
Combien de voitures passent au marbre chaque année ? »

Hum, pas de stats, mais des témoignages concordants et intéressants, dans la profession.

Un choc qui implique la caisse ou les trains roulants, et c’est parti ! Le marbre n’est qu’un outil de mesure et son utilisation est courante.

Si les tolérances sont passées, on présente les instruments, comme dans l’ancien temps, pour faire parler le métal.

Et avec l’alu, qui ne se « travaille » pas de la même manière, le retour à la raison est moins simple.

On a le bourreau qu’on mérite …

Lorenzo

Le 03/11/2015 à 15:49

Je répète que le passage au marbre des A2 est un faux prétexte pour justifier de leur mévente
quid des dernières voitures composées d’alliage ?

Denis the Pest

Le 01/03/2016 à 11:38

Première voiture de série utilisant l’aluminium pour sa carrosserie, la Dyna Panhard du milieu des années cinquante, Audi n’a rien inventé!

Engrenure

Le 18/10/2016 à 03:27

Non, la première voiture ayant une carrosserie alu n’est pas la Panhard dont vous parlez (Z), mais la précédente: la X. Sortie en 46, avec moteur et carrosserie alu. 47.000 exemplaires.

Rv59

Le 10/04/2016 à 00:21

L’audi v8 des années fin 80 ,époque 200 turbo 20v etait en alu ,les a8 egalement .
J’adore cette a2 aerodynamique et si differente des a3 a1 ect des moutons….
En tdi boostee c’est agréable ,j’ai pourtant eu des gros moteurs …

FredF

Le 19/09/2017 à 23:31

Faux.
Les type 44 , c est à dire 100 200 et V8 sont en acier galvanisé.
C est l’ A8 qui inauguré l’ alu.

Sebby

Le 11/09/2016 à 02:23

Pauvre petite A2… Née pile au mauvais moment, coincée entre l’époque où la clientèle Audi devenait plus conventionnelle et perdait le goût du décalage, et celle du mouvement des minispaces urbain qui démarre peu après son extinction… Pourtant, contrairement à la Golf recarrossée, plus connue sous le nom de A3, elle était à 100% un concentré d’Audi : innovante, sobre, élégante, technologique. Mais beaucoup trop atypique pour des gens qui recherchaient avant tout chez les quatre anneaux des berlines cossues au charme bourgeois et discret.
Aller, rêvons un peu : parée d’un look de baroudeuse et requalifiée en A2 Allroad, elle ferait surement un tabac aujourd’hui! Après tout, la ligne conserve un aspect moderne et vieillit beaucoup moins que les autres voitures de la gamme contemporaine!

Olivier Ros

Le 30/08/2017 à 12:21

J’ai une A2, la 1° commercialisée sur le réseau Nord de France.
Elle à 18 ans, 138000 Kms, aucun problème à part un défaut d’origine, les différents voyants s’allument de manière aléatoire, je la surnomme  » l’arbre de Noël ». !
C’est une excellente voiture.

Bandini

Le 10/11/2017 à 19:39

A l’époque, malgré son prix très élevé, j’étais sur le point de me laisser tenter mais… l’assurance était hors de prix ! (De mémoire, l’équivalent d’une Clio Williams). En cause, le prix des réparations de l’aluminium évoqué plus haut : il y avait peu de spécialistes et ils étaient donc chers.
Beaucoup + beaucoup = trop. Pas de chance décidément !

Joe Pedreira

Le 28/12/2017 à 17:29

J’ai une A2, une 1,4 essence. Elle a 15 ans et 142000 kms, je m’en sers tous les jours. C’est la version sans roue de secours avec le kit gonflage, ce qui rend le coffre d’un beau volume pour une si petite auto!
Tellement mal reçu chez Audi à Lille que je l’ai achetée à Bruxelles. Concrètement, même les commerciaux n’y ont pas cru, plus facile de vendre de l’A3 TDI.
Je lui ai encore mis 700kms ce weekend à des moyennes non racontables ici… à 4 dedans, 3 gros bagages et des cadeaux de Noël. Si seulement elle était confortable….

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