Audi Cabriolet 8G/B4 : une occasion à saisir

Publié le mercredi 1 mars 2017.
Mis à jour le mardi 11 décembre 2018.
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Il est étonnant comme la perception des marques peut changer (en bien ou en mal, et parfois de façon irrationnelle) en à peine quelques années. Pour beaucoup, Audi est sorti des limbes pour se positionner comme une marque premium, alors que pour moi, en perdant son côté challenger et (un peu) iconoclaste, elle a perdu beaucoup de ses attraits. Au début des années 90, je l’avoue, j’étais très fan d’Audi car elle représentait « l’alternative » aux BMW et Mercedes, tout en restant encore peu connue du grand public : c’était à mon sens une excellente façon de rouler original tout en tutoyant de très près le premium ou la performance. Aujourd’hui, tout le monde roule en Audi. Tant mieux pour la marque et pour ses finances, mais à mes yeux, elle a perdu tout intérêt (enfin presque hein, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).

Parfois, je regrette cette époque où je pouvais dire que j’aimais les Audi. Aussi, aujourd’hui, j’ai décidé de revenir en 1991, pour vous parler d’un modèle que j’ai aimé surtout pour sa ligne : la Cabriolet 8G/B4. Cette voiture est souvent appelée Audi 80 Cabriolet, mais sachez qu’elle n’a jamais officiellement porté le patronyme de la berline compacte 80, tout comme le Coupé dont elle dérive étroitement.

Présentée au Salon de Genève 1991, le Cabriolet sera commercialisé en mai de la même année. C’est là que les appellations prêtent à confusion. Au même moment, la berline 80 passe de la version 89/B3 à la version 89/B4. Le Coupé lui, continue de s’appeler 8B/B3, tandis que ce nouveau cabriolet prend le nom de 8G/B4. Pourtant, les filiations sont un peu plus compliquées. Tout commence avec le Coupé, qui reçoit un châssis de B3 mais raccourci, renforcé, et doté de suspensions arrières modifiées et d’un nouveau système de suspension avant. Ce châssis inspirera celui de la berline 80 « 89/B4 », mais sera utilisé tel quel par le Cabriolet qui donc utilise un châssis B3 malgré son nom B4 : vous suivez toujours ?

Peu importe : le châssis du Coupé B3 est idéal, car son renforcement initial permet d’assurer une grande rigidité au Cabriolet. Cette rigidité lui permet de se passer d’arceau, et de gagner en pureté. De toute façon, il n’y pas photo : la ligne du Cabriolet est la plus réussie des dérivés de l’Audi 80. Bénéficiant du restylage des 80 B4, elle gagne en élégance grâce à sa capote en toile, perdant au passage le côté fastback un peu malheureux du Coupé. D’une certaine manière, elle préfigure le style très fluide de l’Audi A8 qui sortira d’ici peu (lire aussi : Audi A8).

L’Audi Cabriolet, c’est une autre façon de voir la route, assez proche de ce que pouvait proposer à l’époque Saab avec sa 900 Cabriolet (lire aussi : Saab 900 Cabriolet), orientée vers le plaisir de rouler cheveux au vent, à 4, de façon originale et décalée, sans recherche de sportivité. Une vision très américaine du cabriolet en quelque sorte. D’ailleurs, le Cabriolet 8G/B4 ne recevra jamais la transmission intégrale ni de version S2 : c’était pas son truc le sport.

Niveau motorisation, l’Audi Cabriolet offrira pourtant un joli panel. D’abord lancée en version 5 cylindres 2.3E à la musicalité si particulière et 133 ch, elle recevra rapidement un V6 de 2.8 litres et 174 chevaux, puis en 1993 un second V6 de 2.6 litres et 150 chevaux. Conscients que ces moteurs sont peut-être un peu trop élitistes, les ingénieurs d’Audi vont aussi proposer un 4 cylindres à partir de 1993 (un 2 litres de 116 ch), puis un deuxième en 1995 (2 litres 16v de 140 ch). Entre temps, adieu le 5 cylindres qui disparaît en 1994. Un troisième 4 cylindres apparaîtra en 1997 (un 1.8 litre de 125 ch), condamnant le 2 litres de 116ch.

Mais en 1995 les ingénieurs et marketeurs ont surtout une idée incongrue : « et pourquoi pas foutre un diesel dans un cabriolet ». Moi je dis que la réunion devait être arrosée ce jour là, à coup de Schnaps ou de Wiessbier, je sais pas ! Toujours est-il que c’est très fièrement que la marque aux anneaux glisse un mazout de… 90 ch sous le capot de l’Audi Cabriolet. Une décision déjà prise chez VW avec la Golf Cabriolet, et reprise par d’autres pas la suite…

La carrière de l’Audi Cabriolet survivra à l’Audi 80, cohabitant avec la nouvelle Audi A4 jusqu’en 2000. Cependant, les volumes de production relativement faible la feront quitter les chaînes d’Audi pour celle de Karmann dès 1997. Aujourd’hui, c’est une occasion de s’offrir des 5 cylindres, voire des V6 (après, vous pouvez toujours opter pour le mazout, hein), 4 places, une ligne superbe, une finition déjà aux standards (surtout au fil des années), le tout pour des tarifs relativement abordables. Et oui, le Cabriolet est relativement oublié, et c’est tant mieux, cela laisse la possibilité de faire un achat malin !

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16 commentaires

philippe

Le 01/03/2017 à 14:02

Merci pour l’article, ce cab et même le coupé sont de jolies voitures, fiables et pas trop chères sur le marché de l’occaze.
Effectivement Audi ne les a pas nommé 80, nombreux sont les cas dans lesquels comme Fiat avec la 124 ou bien d’autres, le coupé survit à la berline et on se trouve c..n avec une appellation obsolete. Ou alors le coupé de la génération d’avant avec la berline d’après, Mercedes est souvent dans cette position pendant une courte période cela-dit.

Olivier S

Le 01/03/2017 à 14:47

Absolument d’accord!
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En plus, l’Audi Cabriolet a bien moins vieillie que ses concurrentes de Stuttgart bien plus récentes (CLK) et celles de Munich contemporaines (3 series Cabrio E36).
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Au moins dans leurs pays natal, ces deux dernières se sont relativement vite retrouvées dans la catégorie tuning / frimeur des jeunes terreurs des bacs-à-sables des quartiers populaires de grandes villes.
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Tandis que l’Audi Cabrio reste absolument ancré dans son image de voiture secondaire de femme de grand bourgeois en banlieue aisée – fait qui ne s’applique pas du tout sur sa sœur l’Audi Coupé, lui aussi vite disparu dans l’enfer destructif de la clientèle jeune type « tuning » comme l’E36.
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Ici, les Audi Cabrio se dénichent en bien meilleur état avec moins de propriétaires précédents en moyenne que les E36.
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Le fameux 5-cylindres 2.3E est un régal, avec bien plus de sensations sonores que les 5-en-ligne turbo plus puissant de la Volvo C70 I (ma voiture principale jusqu’il y a 2 ans). C’est aussi la motorisation la plus répandue (6700 exemplaires 2.3E immatriculées il y a 2 ans).
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Depuis quelques années déjà, les anciennes TDI sont devenu presque invendable en RFA a cause des surtaxes vignette considérables pour toute vielle Diesel sans FAP et normes <Euro4, avec interdiction totale de rouler dans presque toutes les grandes villes allemandes.
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Du a cette raison, il reste moins de 1200 exemplaires d'Audi Cabrio 1.9 TDI immatriculées en RFA, bientôt il faudra se dépêcher pour en trouver une, de toute façon il faut les chercher en province profonde…
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Par contre, a cause de l'interdiction d'entrer en ville pour les TDI, il y a des bonnes affaires a faire en export vers la France ou autre pays (par contre vous vous y mettez aussi, a la pénalité anti-Diesel…)!

beniot9888

Le 06/04/2017 à 22:56

Je trouve que la ligne un peu pataude de l’Audi n’a pas vraiment vieilli, mais n’a jamais été très séduisante.
La E36, à mes yeux, l’était beaucoup plus. Une très belle ligne, très simple, pure et équilibrée.

D’ailleurs, j’en ai une.

Et la mécanique… Le 2,8L BMW est simplement parfait. Souple, coupleux, rageur, chantant, discret, ils sait tout faire.

Par contre, oui, trouver une belle e36 cabriolet, sans tuning, sans pack « plus ou moins M », sans grosses jantes… Et avec un minimum d’historique, il faut être persévérant ! Moi, ça m’a pris plus d’un an…

Cependant, le cabrio Audi aussi, a pu connaître le tuning. Je me souviens très bien du cabriolet gris près de chez moi. Le genre de voiture dont le propriétaire préfère faire faire une peinture intégrale plutôt que de changer la lunette arrière jaunie et déchirée. Chacun ses priorités.

Quentin

Le 01/03/2017 à 18:08

Mouais… C’est vrai qu’elle se démarque pas mal des dernières » grandes gueules » qu’ils nous servent depuis les années 2000 (single frame pour les marketeurs). Mais de là à la trouver belle… Je garde ma 19 cab elle aussi estampillée « Deutsch kalität », et plus originale avec son double bossage arrière.

Olivier

Le 01/03/2017 à 19:23

Je ne suis pas un grand fan des Audi, que j’ai toujours considéré comme des VW recarossées … mais certaines sont sympa, mais avant cette mode VW qui consiste a etirer les lignes, faire propre, mais sans emotion

Wolfgang

Le 01/03/2017 à 21:03

La 80 a été un tournant majeur pour la marque.
Elle avait des lignes très modernes pour l’époque.
Elle a changé énormément l’image d’Audi pour la faire entrer dans le monde pas du premium mais du moderne. Avant la 80, c’était pas sexy les Audi…
L’image premium est venue par la suite avec d’autres modèles et surtout un délire de décoration obligatoire pour être agréé concessionnaire Audi…
C’est devenu la bagnole du mec friqué mais qui ne veut pas le montrer, donc qui n’achète ni BM ni Mercedes, ou de ceux qui n’aiment pas les propulsions.

philippe

Le 01/03/2017 à 21:52

Avant la 80 C3 il y a eu la 100 C3 dont on peut penser qu’elle fut influencée par la Ro80 et la K70 nées du même ventre même si Claus Luthe a dessiné les 80 B2 et 100 C2 mais avait quitté Audi en 1976 avant la mise en chantier des B3 et C3

Utopiaboy

Le 01/03/2017 à 23:03

La ligne du cabriolet est effectivement une réussite. Par la perte du toit, et un artifice de style consistant à ne pas peindre intégralement les pare-chocs et les bas de caisse, Audi a réussi à le rendre élégant, presque élancé, malgré une ceinture de caisse haute et massive.
Encore gosse à l’époque, la pub de l’Audi 80 m’avait marquée, avec le système Procon-Ten qui rétractait la colonne de direction en cas de choc.

Aurél'

Le 03/03/2017 à 11:54

Salut Utopiaboy, heureux de te retrouver ici !

Beaucoup de commentaires de qualité, ça fait plaisir. Cette cabriolet correspond à la période dorée d’Audi, celle où on trouvait encore parfois le macaron « le clan audi ».

Utopiaboy

Le 05/03/2017 à 21:49

Pas croyable ! Ravi également Aurélien !! Comme quoi, tout un chacun se retrouve sur Boîtier Rouge. A tout le moins, un public de qualité, héhé

Olivier S

Le 02/03/2017 à 10:35

Ah, le Procon-Ten!

Sorte d’arnaque à la Volkswagen, pour se passer du surcoût considérable des Airbags de chez Mercedes et BMW… Et ils on vendu ça comme avancement technologique a grand coup de marketing!

Pour moi, une Audi avec l’autocollant de l’option Procon-Ten dans la vitre arriére devint immédiatement désirable, car il s’agit automatiquement d’une année millésime des Audis les plus robustes jamais construites, avant l’ère de l’électronique exagéré.

Antoine

Le 02/03/2017 à 12:08

Attention, le Procon-Ten était un système très intelligent (rétractation de la colonne de direction et des ceintures générées par un système de poulies utilisant le recul du moteur en cas de choc frontal comme source d’énergie).
Son abandon est lié à 3 facteurs :
– les lois américaines ne l’ont jamais considéré comme un équivalent de l’airbag devenu obligatoire là-bas
– son coût était devenu prohibitif face aux airbags qui devenaient de plus en plus communs
– la quasi impossiblité de le monter avec des moteurs transversaux qui ne bougent que tardivement en cas de choc frontal
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Car comme le souligne Paul, Audi dans les années 80 – 90 était un constructeur plein d’originalités techniques dont le montage longitudinal et en porte-à-faux avant des moteurs.
Cela peut faire sourire aujourd’hui mais cette disposition était censée améliorer la tenue de route sur les tractions (comme sur une Lancia Fulvia dont le palmarès en rallye démontre que ce n’est pas si stupide).
Accessoirement ça simplifiait aussi le montage du système Quattro initial avec le Torsen inter-ponts.
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Pour rester dans le cabriolet, il pouvait disposer en options de sièges à arceaux et ceintures intégrés et je crois que c’était une première sur un cabriolet 4 places. (voir sur les photos en N&B dans l’article). A l’époque la concurrence proposait des arceaux rétractables cachés dans les appuis-têtes arrières.
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Enfin il y avait l’originalité du musical 5 cylindres (bien que ses versions atmo ne furent jamais transcendantes pour autre chose que la musique à priori) et les performances démoniaques (pour l’époque) de la version suralimentée. L’héritage du bureau d’études NSU était bien présent chez Audi, également avec le travail de l’aérodynamique et les portes autoclaves permettant l’intégration des goutières.
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Bref, et pour rejoindre Paul, le slogan actuel d’Audi : Vorsprung durch Technik (L’avance par la technologie) est plutôt celui des années 80 car depuis la première A4 on est complètement dans de la VW recarrossée.
Je trouve que les belles finitions Audi sont un peu de la poudre aux yeux pour vendre l’absence d’un contenu technologique sérieux. Elles étaient par le passé l’égal (voir plus…) des BMW et Mercedes. Elles sont devenues des voitures parvenues… (je parle de la voiture, pas du propriétaire !).

Jota

Le 03/03/2017 à 13:37

Le design épuré de cette génération de 80 allait de paire avec un Cx très faible pour l’époque. Les montants polis ont été repris sur l’A4 cabrio. A mon sens Audi s’est un peu perdu après la 2eme génération d’A4 en usant d’artifices un peu trop tape à l’oeil et a commencé à devenir une marque «effet de mode».

Boulky

Le 18/06/2017 à 10:17

Étonnant cette ligne qui n’a pas vieilli et qui reste désirable de nos jours à des prix encore raisonnable.

Sébastien

Le 21/05/2018 à 19:25

Bonjour à tous,

Je débarque un peu tard dans cette conversation, mais j’aurais quelques questions, si quelqu’un repassais par ici .

L’arceau renforcé, c’est vraiment efficace, ou c’est une pirouette marketing ? Quid de l’intérêt des sièges avec arceau intégré ?

Merci !

Seb

Alain G

Le 05/10/2018 à 07:47

Le 5 cylindres en version 10 soupapes est un régal: souple, musical sur toute sa place d’utilisation (ce qui est plutôt rare) voire rageur à l’approche des 5000 t/min (au delà il est moins à l’aise) son manque de sportivité vient essentiellement d’un rapport poids puissance médiocre, en cause la qualité des matériaux au top et une rigidité (pour un cabrio 4pl sans arceau) impressionnante.
Un des rares modèles à combiner l’ancienne image robuste et technologique d’Audi et la nouvelle image plus tournée vers l’élégance et le désir.

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