Autocars : de la fibre de verre au pays des oranges !

Publié le lundi 9 novembre 2015.
Mis à jour le lundi 8 juillet 2019.
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Alors qu’aujourd’hui, Israël est souvent synonyme de « high tech », je me suis toujours demandé pourquoi il n’y avait pas de constructeur automobile national. Bien sûr, l’étroitesse du marché et l’instabilité politique ne plaide pas en la faveur d’une industrie automobile israélienne, mais la question méritait d’être posée. C’est en travaillant sur la marque Reliant (lire aussi : Reliant) que j’ai découvert qu’une marque automobile avait sévit des années 50 jusqu’au tout début des années 80, enchaînant les faillite pour finir par disparaître définitivement.

La Sussita, ici dans sa version 1965 !
La Sussita, ici dans sa version 1965 !

Car la vie d’Autocars, devenue Rom Carmel en 1974, est jalonnée de banqueroutes et rachats, preuve qu’être constructeur en Israël dans les années 60 et 70 n’était pas si évident que cela, malgré le soutien de constructeurs anglais comme Reliant, ou British Leyland ! L’instabilité géopolitique y est sans doute pour quelque chose, avec deux guerres (Celle des 6 jours en 1967 ou celle de Kippour en 1973).

La Carmel, ici dans sa version 1968 !
La Carmel, ici dans sa version 1968 !

Dès sa création dans au milieu des années 50 (la date n’est pas connue précisément), c’est vers l’Angleterre qu’Autocars se tourne pour trouver un partenaire. C’est Reliant qui s’y collera, et Autocars fabriquera en premier lieu des véhicules à 3 roues sous licence : idéal pour se faire la main et tester le marché. A l’époque, Autocars n’est qu’un petit atelier situé à Haifa, au pays des oranges, et l’accord avec Reliant, spécialiste des carrosseries en fibre de verre, est idéal car ne nécessitant pas de lourds outillages ! Les débuts sont prometteurs, et la petite marque décide de voir un peu plus grand. C’est tout naturellement vers son partenaire britannique qu’Autocars se tourne, et commence à produire sous licence la Sussita.

La Gilboa, version 4 portes de la Carmel (image André Leroux)
La Gilboa, version 4 portes de la Carmel (image André Leroux)

Cette voiture a entièrement été pensée et dessinée par Reliant, disponible en van ou en pick up, avec une carrosserie en fibre de verre bien entendu, et un moteur de Ford Anglia 105 E (lire aussi : Ford Anglia). La production commence en 1959, d’abord en CKD avec des kits fabriqués par Reliant et exportés vers Israël, puis directement sur place. Croyez le si vous voulez, mais cette voiture fut présentée en 1960 au New York Motor Show, et son succès fut tel qu’elle sera proposée sur les marchés américains et canadiens avec un avantage massu : son prix défiant toute concurrence. L’ambitieux directeur de la marque, Itzhak Shubinsky, envisage déjà d’y exporter 2400 exemplaires par an, sous le nom de Sabra. Une nouvelle usine est construite à Haifa pour « supporter » l’augmentation des volumes prévus.

La Gamme Sabra pour les Etats-Unis !
La Gamme Sabra pour les Etats-Unis !

L’aventure américaine tournera court. Si la voiture est effectivement très peu chère, elle est de piètre qualité, et très peu d’exemplaires y seront vendus effectivement. La production de la Sussita cessera en 1961, pour laisser place à une berline plus moderne, dotée d’un moteur de Ford Cortina 1200cc, et dessinée par Reliant dans un style proche de sa Regal. Elle donnera naissance à des versions vans et pick up sous le nom de Sussita 12. La Carmel à deux portes deviendra le modèle emblématique d’Autocars !

La Sabra Sport, connue aussi sous le nom de Reliant Sabre !
La Sabra Sport, connue aussi sous le nom de Reliant Sabre !

Pourtant, Autocars est surtout connu pour l’un de ces modèles paru lui aussi en 1961, la Sabra Sport. Initialement nommée Ashley GT en Grande Bretagne, Shubinsky en rachète les droits, et s’associe encore et toujours avec Reliant pour développer ce projet de coupé et cabriolet de sport à carrosserie en fibre de verre. Avec cette Sabra Sport, il pense pouvoir reconquérir ce marché américain qui le fait tant rêver. C’est Reliant qui va produire les premiers exemplaires dans son usine anglaises, exportant vers les USA avec une qualité (on l’espère) suffisante pour séduire les américains. 100 exemplaires y seront vendus, auxquels il faut ajouter 41 exemplaires produits en Israël. La voiture y sera produite jusqu’en 1968, mais la production sera stoppée par la guerre des 6 jours. Environ 350 exemplaires seront produits en Israël, et (pour quelle raison?) 81 exemplaires seront exportés en Belgique durant cette période ! De son côté, Reliant va elle aussi produire la Sabra Sport sous le nom de Sabre (nom qu’elle réutilisera dans les années 90) entre 1961 et 1963, pour un total de 208 exemplaires à 4 cylindres et 77 exemplaires de la version 6 cylindres (qui n’eut jamais cours en Israël).

Carmel 02

Chez Autocars, on a vu un peu grand, et la faillite devient inévitable aux alentours de 1964. Mais le phoenix renaîtra une première fois de ses cendres, grâce à l’aide d’un autre constructeut britannique, Leyland-Triumph. En 1965, Autocars en devient la tête de pont au Moyen Orient, comme filiale de Triumph. En 1966, la Carmel est remplacée par la Gilboa, qui troquera bientôt ses moteurs Ford pour des moteurs Triumph, évidemment ! En parallèle, Autocars assemble aussi, grande nouveauté, des Triumph 1300 à carrosserie en métal, grâce à des kits envoyés d’Angleterre, entre 1968 et 1973, et baptisée en Israël la Zafer.

Rom Carmel 01

Autre conséquence du rachat par Leyland-Triumph : Autocars lance la production du Dragoon, un utilitaire tout terrain de petite taille issu de la gamme Triumph (Pony en Angleterre). Des projets de Mini à la carrosserie en fibre de verre furent étudiés sans jamais aboutir, et l’enthousiasme de Leyland-Triumph, devenu British Leyland, retomba un peu, au point de se débarrasser de cette encombrante filiale qui ne décollait pas en 1974. Rachetée par Rom Carmel Industries, elle en prend le nom et lance la Rom 1300, dotée d’un moteur de Simca !!! Rebelote en 1978, la marque exsangue est rachetée par Urban Industries, et la Rom devient 1301 !

La Rom 1301 qui s'éteindra en 1981
La Rom 1301 qui s’éteindra en 1981

Mais la concurrence des voitures étrangères importées, et l’obsolescence des modèles proposés, auront raison de la petite marque nationale, qui cessera sa production en 1981. Cette année là, seuls 540 exemplaires avaient été produits contre des pics à 3000 exemplaires par an dans les années 60. Plus aucun ne se risquera à relever le défi d’une industrie automobile israélienne, si ce n’est AIL dans les véhicules militaires. Pour la petite histoire, une centaine de Carmel 12 furent vendues en Grèce par la marque Attica en 1965.

Pour la liste en détails des modèles produits par Autocars : http://www.aronline.co.uk/blogs/cars/triumph/around-the-world-autocars-of-israel/

Lire aussi l’excellent site d’André Leroux: http://leroux.andre.free.fr/xxx240.htm

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1 commentaire

Franck Kegelart

Le 03/09/2016 à 06:24

Petite correction : les Triumph assemblées en Israël – qui étaient en fait des 1300 à moteur 1500 – ne s’appelaient pas Zafer… Par contre, une berline 4 portes très proche des productions que tu évoques ici sera proposée en Turquie sous le nom de Zafer Triumph… On sait peu de choses sur cette voiture à ce jour ; s’agissait-il d’un assemblage ? D’une importation captive ? Mon ami Bernard Vermeylen m’a montré un catalogue de cette auto et je crois me souvenir d’y avoir vu un logo British Leyland… L’enquête continue !

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