Bentley 3 ½ Litre Shooting Brake : joindre l’utile à l’agréable

Publié le mercredi 20 novembre 2019.
Mis à jour le vendredi 13 décembre 2019.
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À l’occasion du centenaire Bentley, nous commençons notre série de 10 articles présentant un modèle de chaque décennie.

Dans les années 20, Bentley s’était fait un nom grâce à ses succès sportifs et à sa réussite commerciale, mais les années 30 furent d’un autre acabit. La crise de 29 frappe durement la petite firme anglaise et son principal actionnaire Woolf Barnato cesse de renflouer l’entreprise et Bentley passe sous la coupe de Rolls-Royce en 1931. En 1933, la première voiture née de l’association des deux marques voit le jour : la Bentley 3 ½ Litre. Si de nombreux clients font confiance à Park Ward pour carrosser leur voiture, d’autres font appel à Saoutchik, Vanden Plas, Mulliner ou Hooper (entre autres). Enfin, certains, désireux de se distinguer, osent le bizarre. C’est le cas pour cette 3 ½ Litre qu’un client transforme en une étonnante carrosserie Shooting Brake grâce à l’aide de Jones Brothers, de Londres.

Le rachat de Bentley par Rolls-Royce aurait pu être fatal à la firme de Cricklewood qui déménage alors à Derby, l’idée étant plus d’éliminer un concurrent qu’en assurer la survie. Pourtant, la marque va perdurer sous l’égide de la Flying Lady. La présentation de la 3 ½ Litre (surnommée aussi Derby Bentley) ne laisse pourtant plus planer le doute : Bentley allait survivre. Si Walter Owen Bentley reste salarié (il quittera l’entreprise en 1935), c’est Ernest Hives qui est chargé du développement de la nouvelle voiture.

Première voiture de l’ère Rolls Royce

Dans la nouvelle organisation, les Bentley doivent désormais être plus bourgeoises tout en conservant cet esprit sportif de la décennie précédente. La 3 ½ Litre doit être la voiture de sport silencieuse et confortable. Si la performance est au rendez-vous, bien plus que sur une Rolls, elle est au service du voyage plus que de la compétition, et la 3 ½ Litre ne sera pas la voiture des records que pouvait être la 3 Litre des années 20.

Pour cela, elle reçoit un 6 cylindres issu de la Rolls-Royce 20/25 HP mais dont le taux de compression a été augmenté. L’arbre à cames est aussi modifié tandis que deux carburateurs SU offrent plus de sportivité au moteur. Avec 110 chevaux dans l’écurie, la 3 ½ Litre atteint les 145 km/h sans pour autant renouer avec la sportivité d’antan. Elle reste cependant supérieure aux Rolls de même catégorie. 

De nombreux carrossiers

Ce léger changement de positionnement aurait pu nuire à Bentley. Certes, les héritiers des Bentley Boys sont déçus, mais la majorité des clients sont satisfaits de cette Derby Bentley. Mieux, la marque réussit à convaincre plus largement puisqu’entre 1933 et 1936, 1 177 exemplaires sortiront des ateliers de Derby avant la sortie de l’héritière, la 4 ½ Litre. Avec son tarif délirant, elle s’adresse pourtant à une clientèle huppée, mais l’alliance du luxe et du sport semble être le combo gagnant en ce milieu des années 30 tandis que l’Angleterre se redresse du krach.

Et ce Shooting Brake me direz-vous ? J’y viens justement. Les Anglais, surtout les riches, n’hésitent jamais devant une excentricité. Cet étonnant break de chasse n’était pas, à l’origine, carrossé ainsi. Cette 3 ½ Litre fut fabriquée en 1935 et carrossée par Hooper sous la forme d’un coupé deux portes. Achetée par le Colonel Charles Hirst (apparemment sans lien avec Ivan Hirst, sauveur de Volkswagen après-guerre), elle sera confiée au carrossier Jones Brothers, situé dans le quartier de Bayswater, à Londres.

Un drôle de shooting Brake

La demande est pour le moins étrange : il s’agit de transformer l’élégant coupé en un utilitaire, qui malgré son appellation shooting brake correspond plus à un break puisqu’il dispose de 5 portes (à la manière de l’étonnante Lagonda Virage “Les Vacances” des années 90). Toute la partie arrière est alors recouverte de bois (“woody”). Jones Brothers n’est pas un carrossier huppé comme Park Ward ou Mulliner, mais il correspond parfaitement au projet. Il est en effet spécialisé dans les véhicules commerciaux ou les taxis. 

La voiture ainsi transformée devient une voiture alliant puissance, sportivité et praticité : le genre d’engin que seule la Grande Bretagne peut engendrer. Cet exemplaire unique traversera l’Atlantique pour se retrouver aux États-Unis, puis au Canada, avant de revenir en Angleterre. Elle fut proposée à la vente par Bonhams en 2013, trouvant preneur à un tarif très raisonnable de 74 300 livres. Peut-être reviendra-t-elle un jour sur le marché ?

Images : (c) Bonhams

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