Bentley 3 Litre : de grandes espérances

Publié le mercredi 13 novembre 2019.
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A l’occasion du centenaire Bentley, nous commençons notre série de 10 articles présentant un modèle de chaque décennie.

Il est rare qu’un petit constructeur fasse mouche au premier essai. Pourtant, Walter Owen Bentley réussit avec son premier modèle à rencontrer sa clientèle mais aussi à marquer l’histoire du sport automobile, avec deux victoires au Mans, installant la jeune marque pour 100 ans au moins puisqu’aujourd’hui, Bentley produit plus de 10 000 voitures par ans. Appliquant des principes simples et des solutions ingénieuses, WO Bentley allait créer “une voiture bonne et rapide, la meilleure de sa catégorie” comme il le disait. Petit retour sur la première des Bentley, à l’occasion du centenaire de la marque.

C’est en novembre 1919 qu’est présentée pour la toute première fois la 3 Litre. N’oublions pas que la société n’avait été créée que quelques mois plus tôt, en janvier de la même année. Pouvoir présenter un nouveau modèle en si peu de temps relevait déjà de la gageure. L’intérêt de cette nouveauté c’est avant tout son moteur : il s’agit d’un 4 cylindres de 2 996 cc particulièrement fiable développant 71 chevaux dans sa version de base. Il représente ce que WO attend d’une voiture : une Grand Tourisme permettant de voyager vite, loin et longtemps, et dans un certain confort. L’idée n’était pas de faire le moteur le plus puissant, mais le plus léger possible (grâce à l’utilisation d’aluminium et de magnésium, mais aussi de pistons en alliage d’aluminium). Petite révolution pour l’époque, il est doté de 4 soupapes par cylindre. 

La voiture par excellence

Avec ce moteur, testé sur les 3 premiers prototypes (connus sous les noms d’EXP1, EXP2 – qui appartient toujours à Bentley Motors – et EXP3), Walter Owen obtient exactement ce qu’il veut : endurance, légèreté du bloc moteur, fiabilité, couple à bas régime et puissance suffisante. Il faut attendre septembre 1921 pour voir le premier modèle de série sortir des ateliers de Cricklewood, par manque d’acier disponible. A cette époque, les châssis sont sous-traités puis assemblés aux éléments mécaniques. La carrosserie, comme bien souvent à l’époque, est à la charge du client. Le plus souvent c’est à l’antenne londonienne de Vanden Plas qu’il s’adresse. 

Sidney “Sammy” Davis, journaliste à The Autocar, fait une première critique élogieuse de la Bentley 3 Litre sous le pseudonyme de Casque, parlant même de “la voiture par excellence”. Il deviendra par la suite membre des Bentley Boys aux côtés de Woolf Barnato, gagnant contre toute attente les 24 heures du Mans 1927 avec une “vieille” 3 Litre (Old n°7). C’est dire s’il était convaincu par la voiture.

Une clientèle royale

Le démarrage de la production n’est pas un long fleuve tranquille. Dans un premier temps, WO Bentley a du mal à tenir les délais et à livrer ses clients, à cause de retards de livraisons des sous-traitants ou de pénurie de matériaux. Mais petit à petit, une fois calée, la petite entreprise du nord de Londres réussit à surmonter ses problèmes et à servir des clients de plus en plus nombreux et célèbres. Outre les Bentley Boys, on trouve parmi eux les membres de la famille royale britannique : le Duc de Kent, le Prince de Galles (futur Edouard VIII) ou le Duc d’York (futur Georges VI). De quoi asseoir la renommée d’une entreprise encore jeune.

La voiture est proposée d’abord en une unique version (appelée plus tard “Blue Label”) à châssis court puis long à partir de 1923. A partir de 1924 (année de la première victoire de la 3 Litres aux 24 heures du Mans) paraissent deux nouvelles versions plus sportives : la Speed “Red Label” plus puissante (87 ch) et la Supersport “Green Label” au moteur encore amélioré. Ces modèles se distinguent évidemment par la couleur du badge Bentley sur la calandre : une spécificité qui sera reprise des années plus tard pour l’Arnage.

Deux victoires au Mans

Malgré les succès sportifs et les ventes en hausse, Bentley paie les coûts de développement élevés de la 6 ½ Litre et ne doit sa survie qu’à la prise de contrôle de Woolf Barnato. Heureusement, la 3 Litre se vend bien et poursuit sa production jusqu’en 1929 malgré l’arrivée des 6 ½ Litre et 4 ½ Litre. Aux 24 heures du Mans, elle bénéficie d’une exposition impensable alors que les “grosses” Bentley, en tête de la course, sont victimes d’un accident. Grâce à sa fiabilité et à la robustesse de sa conception, la “petite” 3 Litre de Davis survit à ce carambolage et s’arroge la victoire.

Au total, Bentley fabriquera 1 622 exemplaires de ce premier modèle durant 10 années de bons et loyaux services, dont 3 “prototype” EXP, 1 088 “Blue Label”, 513 Speed Red Label et seulement 18 Supersport “Green Label”. Jusqu’en 1927, elle représente l’essentiel de la production de la marque avant de se faire supplanter par la 4 ½ Litre plus puissante. Elle représente l’archétype des GT d’avant-guerre, et particulièrement des GT britanniques. Pour une première réalisation, WO Bentley prouvait la qualité de ses choix techniques. Malheureusement, les survivantes sont aujourd’hui rares et souvent chères.

Retrouvez nos articles célébrant le centenaire de Bentley :

Walter Owen Bentley

 

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1 commentaire

LUCAS

Le 15/11/2019 à 16:14

Est-ce l’une des automobiles de John Steed ? (« The Avenger » ou « Chapeau Melon et Bottes de Cuir » évidemment)

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