Bentley Turbo RT Mulliner : comme un Lord en survêtement

Publié le jeudi 17 mai 2018.
Mis à jour le mercredi 5 juin 2019.
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Une Bentley Turbo R, c’est déjà assez rare, mais cela reste relativement commun, surtout si l’on compte aussi sa devancière à carbu Mulsanne Turbo. Une Bentley Turbo RT, là, ça commence à devenir vraiment rare. Mais, dans la famille des dérivés Bentley de la Rolls Royce Silver Spirit, le summum de la distinction, de la puissance, du luxe et de la rareté, c’est bel et bien la Bentley Turbo RT Mulliner (en mettant à part évidemment, les dérivés à deux portes Continental, lire aussi : Bentley Continental R).

La Turbo RT, dérivée de la Turbo R, offrait déjà 400 chevaux

Le nom de Mulliner sent bon le parfum d’antan, celui des carrossiers indépendants, habillant les châssis ou modifiant les carrosseries des grandes marques de l’époque. Forcément, voir ce patronyme collé sur une Bentley, ça ouvre à tout un imaginaire : certes l’époque des châssis habillés est révolue depuis longtemps, mais à une époque pas si lointaine, les Rolls-Royce et Bentley Corniche étaient encore fabriquées à la main (et sans aucun souci de rentabilité) dans les ateliers londoniens de Hythe Road. Pourtant, la Turbo RT Mulliner, contrairement à ce qu’indique son nom, était exclusivement produite à Crewe !

Pour encore plus d’exclusivité, et accompagner la fin de la Turbo R, la Turbo RT Mulliner recevaient un sacré paquet de modifications

 

Et oui, après la production de la dernière Phantom VI en 1991, Rolls-Royce décidait de fermer les ateliers de Mulliner Park Ward (MPW) et de rapatrier la production des Corniche et Continental Convertible à Crewe. C’était la fin d’une certaine époque, mais le début d’un certain réalisme financier : les temps avaient changé. Cependant, le nom de Mulliner restait encore gravé dans les esprits comme « un must » automobile. Malgré la fermeture des ateliers, Mulliner allait donc perdurer et représenter le département « personnalisation » de Bentley.

 

Mais revenons à notre Turbo R spéciale. A la fin des années 90, le duo Rolls-Royce/Bentley encore attaché s’apprêtait à remplacer enfin les descendantes de la Silver Spirit et de la Mulsanne dont les origines remontaient donc à 1980. Dans les cartons, la Silver Seraph pour Rolls, et l’Arnage pour Bentley (avec V12 pour l’une et V8 pour l’autre conçus par BMW). Le lancement était prévu pour le printemps 1998. Cependant, il restait encore un certain nombre de caisses de Turbo R et la production devait se mettre lentement en place.

 

 

Ainsi naquit en 1997 la Turbo RT, version plus poussée de la Turbo R, avec son V8 6 ¾ poussé à 400 chevaux, histoire de valoriser la berline Bentley avant l’arrivée de la nouvelle. En 1998, comme un dernier hommage (et là encore pour encourager les dernières ventes), une dernière série « sur commande spéciale » fut donc lancée, la Turbo RT Mulliner.

 

 

Histoire de marquer le coup, la « Mulliner » est sensiblement différente de la RT « tout court » (196 exemplaires). Elle en reprend l’aspect plus sportif (notamment la grille de calandre) mais y ajoute des jantes spécifiques, des extensions de carrosseries (bas de caisse, passages de roues), des ouïes latérales mais aussi sur le capot moteur, un nouveau bouclier avant avec longues portées, et bien entendu un nouveau pare-choc arrière. La RT Mulliner, c’est en quelque sorte le Prince Charles en survêtement, qui en plus se serait dopé pour des performances presque sportives.

 

Car à ces modifications esthétiques d’un goût discutable (quoi que, j’avoue qu’avec le temps, ils me plaisent bien, donnant à la RT un côté bad boy qui lui va plutôt pas mal) s’ajoutait une énième évolution de l’antique 6 ¾ ! Le V8, grâce à un nouveau compresseur du Turbo, à une modification de la cartographie moteur, et à un nouveau système d’admission d’air, délivrait alors 426 chevaux ! De quoi réaliser le 0 à 100 en 6 secondes, malgré un poids conséquent (2,4 tonnes tout de même).

 

A l’intérieur, tout n’est que luxe à profusion, et qui dit commande spéciale, dit aménagements spéciaux : tout est possible chez Bentley. Au total, 56 exemplaires de la RT Mulliner furent construits à Crewe : 7 en version SWB (short wheel base), et 49 en version LWB (long wheel base). Seules 17 unités furent produites en RHD (conduite à droite), preuve que les RT Mulliner visaient surtout les marchés d’exportation, et en particulier les pays du Golfe ou Brunei ! La plupart des Turbo RT Mulliner sortirent des chaînes en 1998, mais un exemplaire fut fabriqué en 1999, et malgré le lancement de l’Arnage quelques mois auparavant : certains clients restaient attachés au V8 Bentley, préférant s’offrir une Turbo RT plutôt qu’une Arnage plus moderne mais dotée du V8 BMW. A la même époque, BMW et Volkswagen se battaient pour le rachat de Rolls-Royce et Bentley (lire aussi : le rachat de Rolls-Royce et Bentley). Avec le partage BMW/Rolls et VW/Bentley, les Arnage revinrent en octobre 1999 au V8 d’origine sous l’appellation « Red Label » (tandis que les versions BMW prenaient le nom de « Green Label »).

 

Vue la rareté de la RT Mulliner, sa puissance, son luxe, et son pedigree, n’espérez pas dégoter un exemplaire à bas prix : ces voitures sont des collectors depuis longtemps. Une Turbo RT dépasse déjà largement les 25 000 £, tandis qu’une RT Mulliner s’échange aux alentours de 35 à 40 000 £ (en 2018). Cela reste abordable, mais demande un budget confortable, tant à l’achat que pour l’entretien courant ou la consommation. Mais à ce prix là, vous rentrez dans un monde différent, hors du temps, celui du luxe et de la puissance « suffisante », mais aussi celui de l’exclusivité.

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8 commentaires

LordJim

Le 17/05/2018 à 12:42

Plus rare encore, la Turbo R coupé. Pour un prochain article.

Crouton

Le 17/05/2018 à 13:25

Belle bête!
Une petite question: La verte devant le mur de briques rouges, pourquoi cette vitre arrière réduite? Vitre blindée?
Merci, Croûton

François bouet

Le 17/05/2018 à 14:53

La vitre arrière réduite : privacy Windows , plutôt fait par Hooper. Sûrement une option possible en passant chez Mulliner . Pour les 56 véhicules mentionnés , à priori toutes n’ont pas la même définition , la totale menant à des tarifs … astronomiques . C est comme les Turbo s : env 70 numéros de châssis et 55 réelles voiture . J’ai eu une turbo r 97 lwb avec le calculateur majoré . Une voiture de roi . Fiabilité de merde . Mais une auto d exception

Grégory Lopez

Le 17/05/2018 à 15:28

La verte avec la Privacy Window m’irait bien, mélange de classe et de décadence.

Germain

Le 17/05/2018 à 15:32

Les ouïes sur les ailes et le capot et le bouclier pare choc avant font mauvais tuning des années 90, dommage

molodoï

Le 17/05/2018 à 20:47

@FrançoisBouet :  » Fiabilité de merde »

.

Ah ? Juste les Bentley Turbo, ou toute la lignée Rolls 6.75 depuis 1971 ?
.

Et qu’est ce qui n’est pas fiable ?

Grégory Lopez

Le 18/05/2018 à 09:37

…Ou toutes les automobiles anglaises de cette époque?

Un peu d’explications sur cette affirmation péremptoire nous éclairerait!

Charly

Le 23/05/2018 à 21:54

+1 !

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