Bizzarrini 1900 GT Europa : alliance germano-italienne

Publié le vendredi 10 janvier 2020.
Mis à jour le samedi 11 janvier 2020.
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Pour le profane, le nom de Bizzarrini sonne “bizarrement” à l’oreille, mais pour l’amateur d’automobiles, il en va tout autrement : automatiquement résonne le chant du V12 de la Ferrari 250 GTO aux oreilles, initiée par l’ingénieur Giotto Bizzarrini avant sa brouille avec Enzo Ferrari. Comme tant d’autres à l’époque, l’homme finira par créer sa propre marque, produisant d’abord la monumentale 5300 GT puis la petite 1900 GT Europa, qui nous intéresse aujourd’hui. 


La 5300 GT, dérivée de l’Iso Grifo, est la première BIzzarrini


Giotto Bizzarrini est un ingénieur italien qui commence sa carrière chez Alfa Romeo en 1954 avant de rejoindre Ferrari trois ans plus tard. C’est là que sa réputation d’ingénieur de talent et de pilote essayeur va se construire, inspirant le respect à Enzo Ferrari lui-même. Il travaille alors au développement de la 250 GT, notamment sur la version Berlinetta SWB. En 1961, alors qu’il s’occupe de la future 250 GTO qui doit être présentée prochainement, Giotto va suivre le mouvement de mécontentement de quelques ingénieurs en désaccord avec Enzo Ferrari et quitter l’entreprise. 

Les ateliers Bizzarrini à Livourne

Collaboration avec Iso Rivolta

Avec Carlo Chiti, rencontré chez Ferrari, il part fonder ATS (Automobili Turismo e Sport) dédiée à la course comme à la production de véhicules de tourisme. Naîtra ainsi la 2500 GT, produite à 12 exemplaires seulement entre 1963 et 1965. Bizzarrini ne restera pas plus d’un an chez ATS, préférant l’indépendance en créant son propre bureau d’études. Il participe alors à la création du V12 de la toute jeune marque Lamborghini, mais aussi à la création de l’Iso Grifo A3C pour le compte d’Iso Rivolta, lancée en 1964.


La Bizzarrini 1900 GT Europa, une 5300 GT en miniature à moteur Opel

C’est d’une certaine manière à cause d’Iso Rivolta que Bizzarrini devient constructeur automobile. C’est en effet à Livourne, dans ses propres ateliers, dans lesquels il avait beaucoup investi, que les châssis des Iso Grifo A3C et A3L étaient fabriqués. Mais un différend entre Giotto Bizzarrini et Piero Rivolta conduit à l’arrêt de ce partenariat. Obligé de rentabiliser son atelier, il décide alors, profitant d’astuces juridiques, de continuer à produire une version légèrement modifiée de l’A3C sous sa propre marque et sous le nom de 5300 GT à partir de 1966. Environ 115 exemplaires de cette beauté au design allongé vont sortir des ateliers de Livourne jusqu’en 1968.

Élargir la gamme

À peine la production de la 5300 lancée, Bizzarrini va s’attaquer à un nouveau projet. Conscient de la fragilité de sa petite entreprise, il ambitionne d’asseoir sa société avec un modèle plus petit, moins cher et avec le soutien d’un grand constructeur. Justement, la filiale européenne de GM, Opel, cherche à développer une petite GT sportive. La marque allemande propose donc à Giotto Bizzarrini de plancher sur le sujet. Voilà l’occasion rêvée, pense-t-il, d’accroître la production et de remplir les caisses. Il va alors concevoir un châssis tubulaire auquel il greffe le 4 cylindres 1 897 cc d’Opel. Pietro Vanni, quant à lui, réalise une superbe carrosserie en fibre de verre, sorte de 5300 en miniature du plus bel effet.

Le projet est présenté à Opel en 1966, mais le constructeur allemand préfère s’orienter vers une proposition interne, qui donnera naissance à l’Opel GT. Malgré cela, Bizzarrini va décider de produire tout de même cette voiture sous le nom de 1900 GT Europa. Il obtient d’Opel la fourniture du moteur qui développe pour l’occasion 110 chevaux (SAE) pour 640 kg et présente sa nouvelle production au salon de Turin 1967. Objectivement, elle est bien plus belle que l’Opel GT, avec sa ligne de squale en réduction. Une réalisation qui fait sensation sur le salon, et qui voit le carnet de commandes de Bizzarrini exploser. La fin des vaches maigres ?

Déboires financiers

Et bien non : avoir des commandes c’est une chose, mais rentrer dans une phase de production à grande échelle en est une autre. Si la carrosserie est belle, encore faut-il la faire fabriquer chez un industriel de qualité : Giotto Bizzarrini aura du mal à trouver un carrossier à même de produire suffisamment bien en qualité comme en quantité. En outre, produire cette voiture s’avère plus coûteux que prévu et pour rester abordable : la voiture s’offre en effet 4 roues à suspension indépendante à l’avant comme à l’arrière ainsi qu’un différentiel à glissement limité en plus d’une belle gueule. Efficace, véritable kart, mais chère à produire alors qu’elle devait élargir la gamme par le bas. Comble du comble, Giotto Bizzarrini rencontre quelques petits problèmes avec certains associés au même moment. 

Après seulement 12 exemplaires produits, l’entreprise doit mettre la clé sous la porte. Entre 10 et 20 exemplaires supplémentaires seront fabriqués par la suite, sans être des Bizzarrini officiels. La 1900 GT Europa est donc plus rare que sa grande soeur 5300 censée être bien plus exclusive. Aujourd’hui, cette rareté participe aux tarifs stratosphériques d’un exemplaire en bon état, comme cette vente en 2017 par Artcurial, à 305 152 euros (frais et taxes inclus). 

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