BMW 1602 Elektro : une 02 avec du jus, mais sans autonomie

Publié le jeudi 10 octobre 2019.
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Aujourd’hui, les politiques ont décidé pour nous : il faudra basculer à l’électricité pour nos déplacements automobiles. Si aux débuts de l’automobile la question du choix de l’énergie s’était posée, dans les années 70, elle était totalement réglée : l’énergie fossile avait gagné, imposant même petit à petit son carburant le plus lourd, le diesel, et ce malgré deux crises pétrolières majeures en une seule décennie… Pourtant, en 1972, BMW se lance dans une voie iconoclaste, pour l’époque : une version électrique appelée 1602 Elektro, voire 1602e dans certains cas.

En ce début des années 70, on l’a vu, l’électricité n’était plus au coeur du débat. L’affaire semblait réglée (en faveur du moteur thermique) depuis belle lurette même si quelques expériences furent tentées de-ci de-là, notamment une étrange Renault Dauphine US transformée en Kilowatt par Henney aux Etats-Unis. La première crise pétrolière issue de la guerre du Kippour n’était pas encore envisagée en cette année 1972. Alors qu’est-ce qui a bien pu pousser BMW à pondre une voiture électrique à ce moment-là ?

Un projet BMW / Varta / Bosch

En réalité, BMW n’avait, à cette époque, aucune intention de lancer une véhicule électrique. Il s’agissait d’une étude de pure “R&D” (recherche et développement) lancée en 1969 et menée conjointement avec Varta (batteries) et Bosch (moteur électrique) : une sorte d’étude prospective validant ou non l’alternative électrique des années après les débuts et la Jamais Contente (la voiture électrique des records d’avant la première Guerre).

En fait, BMW va profiter d’un événement majeur de l’année 1972 pour se faire un peu de publicité à bon prix : présenter sa 1602 Elektro au grand public à l’occasion des Jeux Olympiques d’été organisés cette année-là fort opportunément à Munich, siège de l’entreprise. Deux exemplaires de la BMW branchée, peints en orange pétant, vont donc transporter les personnalités durant les jeux, et servir de voitures d’assistance durant les épreuves longues type “marathon”. 

Une technologie balbutiante

En ce temps-là, la technologie électrique rencontrait deux écueils majeurs : des batteries très lourdes (ici 350 kg supplémentaires pour les 12 batteries au plomb de 12V pour une capacité de 12,6 kWh), à la durée de vie très faible (2 500 km) et une autonomie ridicule n’excédant pas la la distance d’un marathon (à peine plus de 42 km) ; un moteur de 32 kW seulement (équivalent à 44 chevaux) autorisant tout juste 90 km/h en vitesse de pointe au prix d’une diminution drastique de l’autonomie.

Avec un tel niveau technologique, difficile d’imaginer l’avenir d’un tel véhicule, mais BMW voulait profiter du coup de projecteur des Jeux Olympiques pour démontrer ses capacités de recherche et développement. Vingt ans plus tard, Renault se contentera d’une série spéciale pour les JO d’Albertville. BMW voulait réellement profiter de l’engouement pour les JO pour prouver ses capacités technologiques.

J0 de 1972, le coup du sort

Evidemment, rien ne se passera comme prévu. Le 5 septembre 1972, à 4h30 du matin, les 8 commandos palestiniens membres de l’organisation Septembre Noir prenaient en otage les athlètes israéliens et leur encadrement au sein du village olympique. Le lendemain, le bilan était monstrueux : 11 israéliens furent assassinés, 1 policier allemand et 5 terroristes tués dans l’opération de sauvetage. 

Dès lors, difficile d’émerger pour la 1602 Elektro de BMW qui s’abstint d’en faire la publicité qu’elle aurait mérité en d’autres circonstances. Elle fit le job durant les épreuves du marathon mais même les épreuves sportives passèrent au second plan du drame de la prise d’otages. Les deux exemplaires de 1602 électriques furent remisés par BMW et l’on n’entendit plus parler de la fée électricité chez béhème avant une E30 325iX elle aussi nommée Elektro en 1987 (qui restera à l’état de prototype).

Aujourd’hui, acquérir une BMW 1602 Elektro relèvera du challenge puisqu’il faudra négocier directement avec BMW, aujourd’hui propriétaire des 2 modèles fabriqués à l’époque. Mais à coeur vaillant rien d’impossible, qui sait ? On a vu Citroën se séparer récemment de doublons dans ses réserves historiques lors de ventes aux enchères, alors pourquoi pas BMW ?

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2 commentaires

Éric fargier

Le 11/10/2019 à 18:15

Bon jour chers amis!
Très intéressant, mais tu oublie de parler ce qui lie BMW et VARTA… Il faut regarder du côté des actionnaires principaux: la Famille Quandt et leurs trepideantes histoires (ou casseroles).
Merci!

fabrice

Le 13/10/2019 à 20:45

Bonjour Paul , toujours un plaisir de suivre ton travail , meme si les sujets « pointus » semblent etre moins nombreux qu’avant le transfert chez CarJag. Mais la « bimmer » ci-dessus est une des exceptions qui confirment la regle 😉 bon courage pour la suite en tout cas.

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