Bognor Diva : le Niva blindé sud-américain

Mardi 29 mai 2018
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Voilà quelques temps que je voulais vous parler du Bognor Diva, émanation uruguayenne et blindée du fameux Lada Niva (lire aussi : Lada Niva). Les informations parcellaires et le manque de photos me firent reculer jusqu’à ce que je remette enfin l’ouvrage sur le métier. Sans différence notable, le Diva ressemble à un Niva, sauf un petit logo Diva à l’arrière (cf. photo), ce qui explique qu’il soit difficile d’en trouver des photos « labellisées Bognor ». Pour le reste, voici l’histoire des Diva, et par ricochet de son fabricant, Oferol-Bognor.

Tout commence en 1996 avec… Peugeot. Depuis le tout début des années 80, PSA était allié au groupe Fiat au sein de l’entreprise SEVEL (Sociedad Europea de Vehiculos por LatinaAmerica) pour produire et distribuer les véhicules des deux marques sur les marchés du Mercosur. La SEVEL détenait une usine de montage en Uruguay, à Paso de Carrasco, près de Montevideo. Or en 1996, les deux associés décidèrent de se séparer, et la SEVEL fut démantelé. Peugeot récupéra avec le groupe argentin Macri un certain nombre d’actifs de l’ex-joint venture, mais l’usine uruguayenne ne faisait plus partie des plans.

La Citroën Xsara fut, comme la Peugeot 306, fabriquée par Oferol jusqu’au lancement de l’usine PSA de Porto Real

Décidés à sauver la petite industrie automobile nationale (l’autre assembleur, Nordex / Santa-Rosa, produisait des Renault, lire aussi : Renault 4S Mini), des entrepreneurs uruguayens décidèrent de reprendre l’usine, associés à des entrepreneurs brésiliens. PSA, dans un premier temps, garda 20 % du capital de la nouvelle société, Oferol. Dès 1998, la production de Citroën Xsara (puis de 306) commença en Uruguay, destinés notamment au marché brésilien. Pourtant, la donne allait changer : PSA, décidé à investir en Amérique du Sud, annonçait la construction d’une usine au Brésil, à Porto Real, près de Rio de Janeiro. La fin du contrat qui liait Oferol à PSA aurait pu signer l’arrêt de mort de la petite entreprise uruguayenne. Pourtant, ses dirigeants surent rebondir.

Ils décidèrent de spécialiser leur société sur un créneau particulier, et en réelle croissance en Amérique Latine : les voitures blindées. Ce marché non seulement dynamique à cause de l’extrême violence régnant notamment au Brésil, mais aussi en Colombie par exemple, mais aussi plus lucratif que l’assemblage pur et dur. Pour se faire, Oferol va créer une filiale dédiée, Bognor, et s’allier à l’organisme allemand Beschussamt Mellrichstadt (un laboratoire de vérification des armes à feux, des protections type gilets pare-balle, et des blindages). Grâce à un investissement de 500 000 $ et à l’aide de techniciens allemands, Bognor va réussir à obtenir la certification de la qualité de ses blindages de niveau III.

Dans un premier temps, Bognor va conserver des liens avec PSA, et sera le fournisseur officiel de blindage du groupe français pour l’Amérique Latine. En 2007, Bognor blindaient encore 200 Peugeot 407 et 300 Citroën C5 (preuve qu’il existait un marché, et pas seulement sur les véhicules de luxe). Pourtant, Bognor disposait de capacité de production bien supérieures (jusqu’à 800 véhicules blindés par mois) et se décida donc, dès le début des années 2000, à trouver un véhicule à produire, répondant tant aux besoins de mobilité (4×4) que de blindage, un véhicule rustique et pas cher.

C’est avec Rusia Automotriz (représentant d’AvtoVaz-Lada pour l’Amérique Latine) qu’un accord de licence va être trouvé en 2002, pour fabriquer des Niva mais aussi des Sagona à Paso de Carasco. Si des kits étaient envoyés de Togliatti (lire aussi : Togliatti), il y avait une certaine intégration locale : la carrosserie et la transmission étaient d’origine, mais le moteur français (le 1.9D de 69 ch de la Citroën Xsara justement), le pare-brise et les vitres urugayens (et blindés donc), des pneux et batteries brésiliens, etc. Un patchwork local, en quelque sorte.

Pas sûr qu’avec 69 chevaux et un blindage de niveau III, le Diva puisse faire la même chose

Rusia Automotriz, en outre, investissait 50 millions de dollars dans le projet, avec des ambitions assez folles : 2000 exemplaires pour 2003, et 10 000 unités par an au rythme de croisière. Dès 2004, la société brésilienne, Diva do Brasil Lda, était créée pour commercialiser le Bognor Diva (son petit nom local donc) avec des ambitions portées à 1000 exemplaires par an pour le seul marché brésilien.

En réalité, ces chiffres ne seront jamais atteints, et dès 2003, un accord fut conclu pour la production du petit tricycle Tango, de la marque RTM. Sans grand succès non plus. Rapidement, il devint évident qu’il fallait un nouveau partenaire. En 2007, un accord fut finalement signé avec le chinois Chery pour la production de voitures chinoises, blindées ou non, sur le site de Paso de Carrasco. Dans le même temps, Bognor prenait 30 % d’une co-entreprise avec Chery pour la production de véhicules blindés en Chine. Le Diva et la Sagona étaient alors retirés du marché.

Assemblage des Chery dans l’usine Bognor

Combien furent réellement produits de ces deux russes blindées ? Les ambitions étaient démesurées, mais vue la difficulté à trouver des photos du Diva, il est probable que finalement assez peu d’exemplaires furent réellement produits. Une source parle de 500 unités produites en 4 ans, dont 400 auraient été exportées vers Cuba. Un chiffre incertain, mais crédible. Après 2007, Ofarol-Bognor produisit donc des modèles chinois, jusqu’à ce que l’association parte en vrille et que Chery décide d’arrêter les frais en 2015, laissant 350 travailleurs sur le carreau !

Si, lors de vos pérégrinations latino-américaines, vous tombez sur un drôle de Niva aux vitres étrangement épaisse, alors peut-être vous trouverez-vous en face d’un rare exemplaire du Bognor Diva : une occasion à ne pas louper ? (un blindage un peu lourd à peine plus de 60 chevaux sous le capot, ça ne se rate pas non?).

 

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2 commentaires

Isaac

Le 30/05/2018 à 00:25

Les chinois inondent le marché autombiles uruguayen, c’est incroyable, même les bus municipaux de Montevidéo, des bus immondent qui polluent 1000x trop et sont très bruyant
Enfin, j’ai hâte d’y retourner en septembre 🙂

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