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C’est fou comme le temps passe vite, et comme on s’habitue aux choses. 45 ans après l’inauguration officielle du Boulevard Périphérique parisien, il fait désormais partie du paysage, comme s’il avait toujours été là, comme une évidence. Sans doute parce que depuis la construction de l’enceinte de Thiers en 1844, et l’annexion définitive des communes se trouvant « intra-muros » par Paris en 1860, le parisien a pris l’habitude d’être enfermé, enclavé, le Périph’ remplaçant simplement l’enceinte de façon beaucoup plus pratique. Mais au delà de l’aspect usuel d’une autoroute urbaine, le périphérique a fait entrer la capitale dans l’ère moderne, l’ère de l’automobile, tout en rayant de la carte la Zone et sa pauvreté (repoussée, éparpillée) pour faire de la capitale de la France une ville moderne et fonctionnelle, à coup de grands travaux pharaoniques. Voici l’histoire de ce Périph’ si familier, si pratique, si controversé parfois, et surtout si récent.

Inauguration, le 25 avril 1973, du dernier tronçon du Périphérique par le premier ministre, Pierre Messmer (image : Le Point)

« C’est la zone ici ». Tout titi parisien comme moi a prononcé cette phrase un jour, sans vraiment savoir de quoi il en retournait, sous entendu « c’est quoi ce coin là », voire « c’est le bordel ici ». Cette Zone a définitivement disparu le 25 avril 1973, avec l’inauguration du dernier tronçon du périphérique, entre la Porte d’Asnière et la Porte Dauphine, par le premier ministre de l’époque, Pierre Messmer. C’était encore l’époque des 30 glorieuses, et le premier coup de semonce de la crise pétrolière n’avait pas encore été tiré (octobre 1973). L’heure était au développement, et celui-ci passait par l’automobile plus que par le train, qui balbutiait encore dans la grande vitesse (lire aussi : l’Aérotrain), et à cette époque, le président de la République lui-même ne cachait pas sa passion pour l’automobile (lire aussi : la Porsche 356 de Georges Pompidou).

Les Fortifs (en haut) et la Zone en 1913 (photo : Agence Rol – Gallica)

 

La Zone, c’était cette bande de terre de 250 mètres de large, environ, qui s’étendait entre les fortifications de Paris et sa banlieue, dite non aedificandi (non constructible) et à l’origine défrichée pour permettre une meilleure visibilité à la défense de Paris. On s’aperçut pendant la guerre de 1870 de l’inutilité de cette fortifications (les fortifs) et son démantèlement fut envisagé dès 1882. L’abandon définitif des fortifications ne sera signé qu’en 1919, mais cela faisait déjà longtemps que la Zone avait perdu son rôle militaire, devenant en certains endroits plus huppés un lieu de loisir, de promenade et de guinguettes, mais dans sa majeure partie, la zone devint un bidonville aux portes de Paris, accueillant le peuple miséreux caché derrière les fortifs. Intra-muros, juste derrière elles, on trouvait la rue Militaire, qui devint ce que l’on appelle aujourd’hui Les Maréchaux : une voie large de circulation qui, avec le développement de l’automobile et de la circulation, étaient déjà saturée entre les deux guerres mondiales.

La Zone dans les années 30 (en haut) et dans les années 60 (en bas)

 

La destruction des fortifications commence dès 1919 pour s’achever dix ans plus tard, sans pour autant faire disparaître cette Zone qui comptera jusqu’à 30 000 habitants. Pourtant, dès les années 30, on tente de changer l’image de Paris et de faire disparaître l’habitat précaire en construisant sur les anciennes fortifs les Habitats Bon Marché, ces immeubles en briques rouge, ancêtres des HLM, que l’on peut voir encore aujourd’hui tout au long du périphérique. Néanmoins, la Zone, elle, perdure encore, de nombreux « zoniers » refusant les relogements, et réclamant une indemnisation pour leur expulsion. Il restera des zoniers quasiment jusqu’à la fin de la construction du Boulevard Périphérique.

La circulation à Paris à la fin des années 60

Dès 1943, les plans d’un « Boulevard Périphériques » sont validés, un projet qui ne verra jamais le jour pour des raisons évidentes. Paris libéré, puis la France, il s’agit alors de re-construire plus que de construire, et le futur Périph’ tombe aux oubliettes, pour revenir comme un serpent de mer en 1954 : cette année-là, un nouveau projet de rocade autour de Paris, remplaçant la Zone et permettant de relier entre elles les autoroutes qui se développent à partir de la Capitale, fait son apparition. Une rocade validée en 1955, et dont la construction ne démarrera vraiment qu’à partir de 1959, répartie en plusieurs tronçons.

Construction du Périph’ au dessus du cimetière des Batignolles (en haut, photo: Bellanger & Cie) et piliers d’ourages d’art (en bas)

Ce Périph’ nouveau va remplacer la fameuse Zone, mais pas seulement. Ainsi, lors de la construction du tronçon reliant la Porte d’Ivry à la Porte d’Italie, c’est une partie de la Cité Universitaire qui sera « mangée » par le bitume en 1968. Le premier tronçon ouvert au public rejoindra la Porte d’Italie à la Porte de Vanves, relié à l’Autoroute du Sud (A6). Ce tronçon sera prolongé par tranche juqu’en 1965 pour arriver à la Seine. C’est ensuite au Nord qu’on va s’attaquer, entre Porte de Clignancourt et Porte de Saint Ouen puis Porte de Pantin, un tronçon relié à l’autoroute du Nord (A1), en 1966 et 1967. En 1969, la Porte des Batignolles est atteinte au Nord Ouest, et l’autoroute A3 à l’Est. En 1970, le secteur Nord et Est rejoint enfin le secteur Sud et l’A1 tandis qu’au Sud-Ouest, la Seine est franchie et le Périphérique atteint la Porte Saint Cloud. Il faudra ensuite 3 années pour boucler la boucle à l’Ouest.

Au sud, la Cité Universitaire est amputée d’une partie de ses terrains (photo : CIUP)

Dès lors, le Périph’ était né, et deviendra rapidement pour tout parisien comme une évidence. Les nouvelles générations ne se souviennent même plus de la vie « avant » le périphérique, et n’imaginent même pas qu’il a pu en être autrement. Il s’agit d’ailleurs aujourd’hui de l’autoroute urbaine la plus empruntée d’Europe. Depuis l’ouverture de l’intégralité des tronçons en 1973, cette « rocade parisienne » n’aura de cesse d’évoluer avec l’installation de bornes d’appels, la réalisation de murets séparateurs entre Boulevard extérieur et intérieur en remplacement des terres pleins et glissières, l’installation de système de suivi des accidents en temps réel, la création d’unités de police dédiées, l’installation de radars automatiques et la baisse de la vitesse de 80 km/h à 70 km/h.

En haut, en 1968, le périph’ passe la Seine au Sud Ouest (photo : Le Point). En bas, le périph’ Porte de la Plaine (photo : Mairie de Paris)

 

Adieu la Zone, bienvenue au Périph’. Mais quel sera l’avenir, demain, de cette rocade pharaonique ? L’autre grand aménagement contemporain du Périphérique, la voie Georges Pompidou, inaugurée en 1967 sous le nom de Voie Express Rive Droite (elle sera renommée en 1976), permettant une traversée Ouest-Est de la Capitale, a été récemment « transformée » en zone piétonne, recréant les difficiles conditions de circulation d’avant 1967 sur les quais hauts. La pollution générée par le Périphérique (qu’elle soit visuelle, sonore ou tout simplement environnementale), et la fracture qu’il représente entre Intra-muros et extra-muros, pourraient amener une réflexion sur cette autoroute urbaine typique des années 60 : enfouissement totale ? Disparition ? Voie réservée aux transports en commun et aux véhicules autonomes ? L’avenir nous le dira (lire aussi cet article de Capital sur le sujet : vers la suppresion du Périphérique ?).

 

En attendant, je me rends compte combien Paris a changé en 45 ans, en bien comme en mal : La Défense, les Halles, Beaubourg, la bibliothèque François Mitterrand, la Pyramide du Louvres (entre autres), autant de grands travaux qui ont façonné Paris et sont devenus « naturels ». Et puis il y a ce qui est moins visible, qui n’est venu que petit à petit : je me souviens au début des années 80 d’un Paris noir de crasse que 40 ans de ravalement ont permis de « laver » visuellement. Voies de bus, pistes cyclables, tramways, et parfois même bus électriques bien loin du glouglou familier des bons vieux SC10 au standard 11 mètres (lire aussi : Berliet et Saviem Standard 11m), ont changé la circulation pour le meilleur et pour le pire. Une seule chose ne change pas : quand il neige, Paris est bloqué !

 

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56 commentaires

franciscain

Le 22/03/2018 à 12:32

Passionnant ! Bravo et vive l’auto Kultur ! Tu l’envoues à Anne Hidalgo ?!

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 13:01

Vu un documentaire très complet sur RMC Découverte il y a quelques mois, qui expliquait, entre autres le calcul des pentes Maxi pour assurer la fluïdité avec les véhicules peu performants de l’époque. Ce qui explique les tunnels et viaducs.
Sur la photo avec le Bus la voiture grise est une R3 avec de la Tôle à la place de la 3 ème glace de la 4L.
En tous cas un vrai moment d’histoire Merci Paul

seb

Le 22/03/2018 à 15:01

J’ai vu ce documentaire aussi, je l’ai trouvé tout aussi passionnant à regarder que cet article à lire.
J’avais vu un truc dans ce documentaire que je n’avais jamais remarqué en utilisant le périph. Il n’y a pas de bande d’arrêt d’urgence. Ça m’avait fait bizarre d’apprendre ça, je ne sais pas si la Sécurité Routière laisserait passer ça aujourd’hui, même si ça avait été fait pour mettre un maximum de voie sur le peut de place disponible.

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 16:08

0ui bien sûr, j’ai cité ce point car il montre bien le niveau de contrainte ! en fait pour eux : Plat = 7% Maximum ce qui est quand même important (demandez aux cyclistes ! )
Pour la BAU il n’y en a pas vraiment non plus sur le Viaduc de GENNEVILLIERS A15 beaucoup plus récent

molodoï

Le 22/03/2018 à 16:32

La R3 a l’air d’avoir un train avant à carrossage négatif sur l’avant droit. Est-ce dû à un choc, ou était-elles toutes comme ça ? Je ne me rappelle pas que ce fut le cas sur les R4….

molodoï

Le 22/03/2018 à 16:32

Positif le carrossage, pas négatif.

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 16:53

Oui c’est bien du Positif.
Cela étant je me suis demandé un instant si ce n’était pas un effet d’optique car le bras est très costaud. s’il y a déformation, On a plutôt l’impression que la Triangle SUP a été tiré vers l’extérieur. Comment cela a-til pû arriver ??

molodoï

Le 22/03/2018 à 17:14

Tapage de trottoir ? ça fait rentrer le bas de la roue vers l’intérieur. (Expérience de jeune conducteur citadin )

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 17:22

C’est très costaud, il faudrait taper TRES fort et surtout bien perpendiculaire

Matthieu

Le 23/03/2018 à 10:48

Je ne suis pas sûr mais je pense que c’est bien une R4? Il me semble qu’au début les R4 « pas L » n’avaient pas non plus de 3ème glace latérale, en revanche les R3 n’ont pas d’enjoliveur de calandre et le parechoc de la photo me semble moins sommaire que le simple bout de tube des R3.

Docteur_Oliv

Le 23/03/2018 à 10:56

C’est bien ça, sur la photo Pas de calandre et un simple tube

Docteur_Oliv

Le 23/03/2018 à 10:59

Comme j’ai à nouveau regardé la photo, j’ai une autre piste d’explication : Si le coté Conducteur est effondré ça expliquerai l’apparence du carrossage Positif et également que la voiture semble bien haute à l’AR Droit

Matthieu

Le 23/03/2018 à 11:31

Mea culpa, en me débrouillant pour ouvrir la photo en grand je vois que j’ai rêvé une calandre et un parechoc « pas tube ». Du coup peut être une R3 oui, mais peut-être une R4 quand même. D’ailleurs du coup je me demande: les R4 de base aux finitions identiques aux R3 ne seraient-elles pas encore plus rare que les R3?

Docteur_Oliv

Le 23/03/2018 à 11:41

Merci pour ton mea culpa mais je pense qu’effectivement la R4 Base doit être plus rare que la très rare R3

Franck

Le 22/03/2018 à 15:01

On parle bagnoles ici. Compris Adolf ?

adrien

Le 22/03/2018 à 15:13

Et un point Godwin pour toi ! C’est la vérité de notre belle capitale qui te dérange ou le politiquement incorrect à la sauce hypocrite que tu cultives ? Oui on parle bagnole, mais parler de Paris du périph’ et de son histoire c’est pas spécialement « bagnole » c’est aussi notre Histoire.
Que ca te dérange au point de me comparer avec un nazi pour me faire taire au mépris des idées qui te sont insupportables je m’en moque, notre belle capitale est gangrenée, comme notre France l’est aussi par le politiquement correct de ces traitres que sont nos politiciens qui bientôt vont nous impose le 80 km/h partout , le CT renforcé etc.

Max

Le 22/03/2018 à 15:28

Bien dit Adrien. Paris se meurt et les bobos se pâment…

Michelx

Le 22/03/2018 à 15:34

Paul ? Un peu de modération ?

Steph06

Le 22/03/2018 à 15:04

Merci pour cet article qui m’a éclairé sur le contexte des paroles d’un chanson de M.Eddy (https://www.youtube.com/watch?v=GdHAmuHDQpE)

Paul

Le 22/03/2018 à 15:44

oui, la Zone est restée dans la mémoire collective (pour moi, ancien parigot) mais elle était réelle pour la génération du dessus (mon père, Eddy Mitchell)

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 16:58

Si tu veux j’ai une boite de week-end ( Métal et de couleur bleue bien sûr) !
Malheureusement elle est vide, mamère les a fûmées !!

Greg

Le 23/03/2018 à 11:45

Idem, la chanson de Monsieur Eddy m’est tout de suite venue en tête:
« M’man , j’ai fumé ma toute première week-end,
sur les fortifs où t’aime pas qu’j’traine
J’me s’rai tué plutôt que d’refuser »
😉

Fred

Le 22/03/2018 à 15:30

Mmmhhh un bon relent facho !!! ça pique tjrs autant !

Mitch

Le 22/03/2018 à 15:54

45 ans, il est temps de lui offrir un petit lifting. Pourquoi pas un deuxième niveau (donc duplex): un niveau pour circuler dans le sens des aiguilles d’une montre, un autre pour le sens opposé. Cela permettrait ainsi de doubler le nombre de voies, donc d’améliorer sensiblement la fluidité de circulation au bénéfice de tous les usagers (et de la pollution locale). En outre, c’est une belle occasion de créer de nouveaux ouvrages d’art (viaducs…) pour renforcer encore le charme de notre capitale. On propose à Anne Hidalgo? 😉

molodoï

Le 22/03/2018 à 16:28

Et si on commençait déjà par allonger les lignes de métro ?

adrien

Le 22/03/2018 à 15:56

Je vois que même sur BR on pratique la censure ??

Paul

Le 22/03/2018 à 16:01

quand ça commence à parler hors du papier, oui, et cela valait pour la discussion dans son ensemble…

Paul

Le 22/03/2018 à 16:01

enfin, c’est pas de la censure, mais du maintien de l’ordre 😉

adrien

Le 22/03/2018 à 16:07

Je ne vois pas en quoi il y a désordre quant à évoquer ce que Paris est devenu, cette déchèterie à ciel ouvert et ce dans le prolongement de l’histoire du periph etc. C’est aussi Notre histoire commune, mais Histoire qui apparemment fait tache au point de ne valider que le politiquement correct ? Ne fais pas le jeu des politiciens qui veulent contrôler internet pour vouloir tout lisser et tout contrôler. Dommage, parce qu’ici c’est aussi un peu un bistrot entre gens sympas.

Paul

Le 22/03/2018 à 16:16

Il y a désordre quand la conversation dégénère… tout simplement… c’est pareil au bistrot, à un moment le patron ferme le rideau et vire tout le monde avant que la vitrine en prenne un coup 😉

Michelx

Le 22/03/2018 à 18:20

Et en l’occurence tu ferai bien de virer ce poivreau la !

Michelx

Le 22/03/2018 à 18:36

« Entre gens sympas » ça exclue les racistes.

Rodrigo

Le 22/03/2018 à 21:37

Ben, justement, « entre gens sympas », ceux qui comme moi sommes nés ailleurs et venus vivre en France, pour y travailler, contribuer à son essor et même devenir par choix, plutôt que par naissance, n’apprécions pas trop certaines insultes proférées sous couvert d’anonymat. Et cela même si notre contribution personnelle n’est pas nécessairement aussi importante que celle d’illustres immigrés comme Amédée Gordini (né Amedeo près de Bologne), Henri Pigozzi (né Enrico à Turin) ou le Milanais Ettore Bugatti, pour ne rester que dans le domaine de l’automobile.
Quant à traiter l’une des villes les plus belles du monde de « déchèterie à ciel ouvert », que dire sinon que c’est bizarre que ceux-mêmes qui se prétendent patriotes soient les premiers à mépriser ainsi leur pays et sa capitale…

philippe

Le 22/03/2018 à 16:18

Merci Paul pour cet article instructif qui me rend nostalgique. Enfant ma mère me conduisait de Sèvres à Montreuil en 4L et on voyait peu à peu le périph avancer en se disant « ah que ce sera facile et agréable quand il sera terminé ». Et une fois terminé il a été saturé !
ps : l’auto grise sans 4e glace et sans grille chromée n’est pas forcément une R3, il y a eu des R4 très basique dans cette config

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 16:57

En revenant au Bus, il est dans son couloir ! ce qui ne nous rajeunit pas avec une Ariane Taxi.
Donc quel age ont les couloirs de bus ?
Q Subsidiaire : Le couloir de bus à contre sens dans la Rue de Rivoli : en quelle année ?

Fred

Le 22/03/2018 à 17:09

Article intéressant, je ne connaissais pas l’histoire du fameux periph’ l’ayant tjrs connu ! Tu m’as donné envie d’en savoir plus, merci pour cela ! Il y a quand même un petit truc qui m’a fait sourire dans ton article et dans tes positions passées : tu parles de l’évolution de Paris, avec ce qui est devenu à nos yeux au final « naturel » (par ex. la pyramide du Louvre tant décriée mais qui maintenant est devenue partie intégrante du Louvre, même choisie dans les images officielles de la DS7 crossback), mais d’un autre coté tu es ultra « conservateur » concernant l’évolution des voies sur berge qui traduit une évolution au final de toutes les grandes villes (grandes villes et tous voitures sont peu compatible ou du moins à une limite) . Ne penses-tu pas que peut-être d’ici 10, 20 ou 30 ans, ce choix paraîtra complètement « naturel », et que bcq de gens qui n’auront connu que ces voies sous forme piétonne ne comprendront pas comment cela pu être autrement ?

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 17:19

C’est possible mais ça me donne quand même un aspect Restriction de Liberté quand je vois des photos Noir et Blanc où on pouvait se garer presque partout…

Fred

Le 22/03/2018 à 17:42

Restriction de liberté, c’est peut-être un peu poussé non ? On vit en société, d’autant plus complexe dans les grandes villes vu la densité de population importante, donc on ne peut pas faire ce qu’on veut sous le prétexte de liberté (en caricaturant, je ne vais pas prendre un sens interdit sous prétexte que je veux être libre) ! Ensuite, il faut aussi relativiser par rapport aux anciennes photos : le nombre de voiture ou d’habitants de Paris (et de banlieue) n’était pas du tout comparable à nos jours ! C’est pour cela que je parlais d’un certain conservatisme ou statu quo alors que l’évolution de nos villes engendre nécessairement un changement.

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 17:55

L’exemple du Sens interdit est IDIOT !
Qu’il y ait plus ou moins de personnes ou de voitures n’est pas la question !
Si tu te garais place VENDÔME tu ne génais personne et en tous cas moins qu’aujourd’hui . Donc on interdit, mais pourquoi ? pour faire joli sur les photos ?
J’ai du mal à voir un réel progrès

Paul

Le 22/03/2018 à 17:46

L’homme est plein de paradoxe… disons que je ne suis fermé à rien si on me prouve que c’est malin… je ne suis pas sûr que déplacé la pollution des voies sur berges vers les quais hauts, le boulevard Saint Germain, et toutes les voies qui servent désormais de déversoir, aille dans le sens du progrès, mais je peux me trompe 😉

Docteur_Oliv

Le 22/03/2018 à 17:56

Bien d’accord Paul je viens de faire un post sur la Place VENDÔME

Rodrigo

Le 22/03/2018 à 21:51

Deux notes historiques : il manque une mention à ce qui a aussi contribué à l’essor et au caractère malsain de la Zone: l’octroi de Paris, cette taxe levée sur toutes les marchandises entrant dans Paris, qui a été l’une des raisons de la Révolution, et qui n’a pourtant été abolie que… pendant l’Occupation. Les guinguettes de la Zone ne payaient pas l’octroi, ce qui soutenait toutes sortes de petits trafics…
À part cela, je découvre dans ce billet que le Périph’ a amputé la Cité U d’importants terrains, et cela…en 1968! Quelqu’un saurait me dire si cela a contribué aux « événements »?

Bertrand

Le 23/03/2018 à 00:15

Que cet article est intéressant ( as usual)…
Plusieurs remarques:
Je suis né en 1973, soit quelques mois après la fin de la construction du periph’ et quelques jours avant la fameuse crise pétrolière de 1973, j’ai vécu les premiers mois de ma vie sur le boulevard des Marechaux, Boulevard Soult, ( on pourrait croire que mes poumons en ont pâti, mais je suis en bonne santé) je suis donc un Parigot de l’est, expatrié dans le far west, en Loire Atlantique.( Guerande, pays des culs salés).
Je voudrais faire partager ici un souvenir de gosse, quand ma mère m’emmenait voir le dimanche après midi, vers 14 heures, voir la « tante Germaine »( pendant l’heure de Starsky et Hutch, une torture pour un gamin de sept ans.) qui habitait Porte Brancion. Bref, nous passions sur la partie sud du periph la plus encombrée, car n’ayant que trois voies dans les deux sens, par opposition à la partie nord qui roulait -un tout petit peu-mieux, car quatre voies dans les deux sens… le parcours me semblait durer une éternité, (et je ratais mon feuilleton préféré). Bref, encore un terrible traumatisme de l’enfance, enfin y’a prescription!
Quand, j étais môme, j’entendais ma grand mère ( elle était de Montreuil) parler, non pas de la zone, mais des »fortifs » (terme employé au 19 éme siècle et qui a perduré au vingtième) comme si cette « zone »était honteuse, aujourd’hui, si vous prenez le periph vers la Porte de Bagnolet, vous apercevez toujours des sdf vivant dans des habitations de fortune le long du periph’
Par ailleurs, il y’avait un projet mort-né, dans les années 1970, consistant à doubler le periph sur le secteur Porte d’Issy-Porte d’ Orléans ….en hauteur, pour fluidifier le trafic déjà bien saturé, un peu comme à l image des quais de seine à Saint-Cloud et du viaduc qui est au dessus des quais, pour ceux qui connaissent ce secteur. Si ce projet avait vu le jour, la circulation aurait peut être été plus fluide, en revanche la pollution, et l’ esthétique… bof!
Toujours dans ces années-là, des projets de voies express etaient prévues à l’intérieur des frontières de Paris, une voie expresse entre Saint-Lazare et la Gare de l’Est, des voies similaires semi-enterrées, un peu comme celle qui passe en souterrain sous la Gare Montparnasse, et qui se jette dans l’avenue du Maine dans le 14 ème. Il y’avait même un projet de prolonger l’A6 jusqu’à Denfert-Rochereau via… le Parc Montsouris.(à ciel ouvert!)
Je n’entrerai pas dans des considérations sur la politique parisienne de circulation auto et sur la mobilité des parisiens, mais je me souviens des Boulevard des Maréchaux, avec des bagnoles qui stationnaient en dépit du bons sens, des voitures qui slalomaient, qui doublaient par la droite, qui passaient sans vergogne dans les couloirs du PC ( pas le Parti communiste, mais le bus de la Petite Ceinture, l’ancêtre du tram). Il est quand même bon d’avoir mis de l’ordre dans tout cela. Je me souviens d’un Paris très cradingue (ambiance les Ripoux ), et je ne me souviens pas de la présence de cyclistes dans Paris dans les années 1980 (ou si peu).
Perso, je ne connais pas Anne Hidalgo, je ne paie pas d’impôts à Paris, ne suis pas « bobo-gauchiasse », je roule dans une vieille Saab essence qui crache de gros particules aussi pourris que les diesels  » Fap à la con » ( pléonasme), je suis Bagnolard dans l’âme, mais les voies sur berges doivent être piétonnes, je suis même totalement favorable à un péage dans Paris (comme à Londres), Paris s’est embelli, il reste un millier de choses à faire pour que la ville de mon enfance retrouve son éclat, et je suis d’accord pour dire que le problème n’est pas dû qu’aux autos.
Comme le dit si bien la mairie de Paris avant Paris-plage sur les panneaux d’affichage à l’attention des piétons  » les berges sont à vous » superbe contrepèterie!
Pour Paul, je reconnais qu’en en effet, c’est très con de faire croire aux gens que la pollution s’arrête à la frontière de la partie haute des voies sur berges…et que le bas n’est pas pollué, même si depuis Tchernobyl, n’oublions pas que les nuages toxiques s’arrêtent à la frontière et font demi-tour!
Je recommande au passage un livre très instructif: « la difficile genèse de l’autoroute du sud » par Jean Luc France-Barbou, qui traite au début du livre, des difficultés de la construction de cette autoroute depuis son départ de Paris et de sa liaison avec le periph Sud notamment, on comprend mieux les difficultés de circulation de la Porte d’Orléans et du sud de Paris, en général.
J’aime Paris, j’aime le silence, et les amoureux sur les quais de Seine…. j’aime ma bagnole qui pue,mais quand je reviens dans la capitale, j’me la joue ecolo-bobo-Hidalgo-gogo sur mon vélo…

Greg

Le 23/03/2018 à 12:01

Lors des 2 derniers épisodes de pollution aux particules fines, immédiatement imputées à l’automobile, il a été attesté que:
-pour l’une des 2 événements, la circulation était bien plus faible que d’habitude car les Parisiens étaient en vacances…
-pour l’autre événement, ce jour là, la circulation était quasi nulle à Paris pour cause d’épisode neigeux!
La pollution aux particules venait d’Allemagne, qui avait augmenté la production de ses centrales à charbon pour faire face à un pic de consommation d’électricité…
CQFD.
Pour en revenir au périph:
super article Paul, merci!
N’oublions pas de mentionner une règle de conduite propre à cette voie:
la priorité est aux véhiculent qui rentrent, donc les automobilistes circulent naturellement sur la voie du milieu (voire de gauche…) lorsqu’ils sont « en transit » entre plusieurs portes.
Serait-ce pour cette raison que les « Parisiens » en goguette restent scotchés à la file du milieu sur l’autoroute?… 😉

Sylvain

Le 25/03/2018 à 13:55

Très intéressant….
Il me semble qu’on aperçoit la « zone » dans un film de Jean Gabin (« la belle équipe » je crois). La scène est à la fin du film…
La fermeture des voies sur berges, un vrai bonheur pour les riverains et commerçants des quais « haut » . Les touristes aussi doivent apprécier !! Un embouteillage perpétuel dès 8h…. Tous ça pour que trois pèlerins en vélo puissent profiter de la Seine…
Je ne pense pas qu’on puisse un jour développer le vélo à Paris comme cela a pu se faire à Amsterdam. Déjà Paris est je pense bien plus vallonné et la morphologie de la ville est differente.
Un renforcement des transports en commun et des parkings dans et au abords de Paris, ça serait plus efficace à mon avis pour désengorger la ville.
Je plains les livreurs et artisans qui opèrent dans Paris, il y a de quoi péter un câble !!

Jota

Le 26/03/2018 à 14:55

Petite question pour ceux qui savent (et connaissent très bien Paris ce qui n’est pas mon cas!) dans certains vieux films (comme celui ci que j’adore) on voit souvent ces vieilles rues pavées entourées de longs murs je serai curieux de savoir où ça se situe (banlieue?). Merci d’avance. http://pics.imcdb.org/0is347/plymouth9djq4.6938.jpg

Sylvain

Le 26/03/2018 à 19:15

Une banlieue sûrement ! Qui a du bien changé depuis…..

bertrand

Le 28/03/2018 à 00:37

J’hésite entre deux secteurs:
-La défense, de nombreux films ont étés tournés dans ce quartier avant sa mutation en 1970, notamment »Le Chat »avec Gabin et Signoret.
– Vitry-sur-seine, au sud de Paris, le réalisateur du « Cercle Rouge », Jean Pierre Melville, avait des studios de tournage dans le 13 ème arrondissement de Paris , à l’époque. Donc , non loin de Vitry.
Une chose est certaine, cette maison et cette rue n’existent plus, en effet.
Si quelqu’un à une réponse plus précise…

Matthieu

Le 28/03/2018 à 09:25

Je ne connait pas du tout Paris, mais l’année du film et la présence de nombreuses grues en fond (donc visiblement un quartier/ville en grands travaux cette année) peuvent peut-être permettre d’identifier assez sûrement quel endroit c’est?

Docteur_Oliv

Le 28/03/2018 à 16:27

à cette époque là il y avait des travaux PARTOUT !
Pour donner une idée, le CNIT à La Défense dépassait tout (Sauf BP & GAN en bord de Seine) alors qu’aujourd »hui on le voit à peine quand on sort de l’Université Léonard de Vinci.
L’endroit où il y avait le plus de place c’était dans l’Ouest comme NANTERRE, vous pourrez vous en rendre compte à chaque fois qu’un historien parlera de la Genèse de Mai 68

Jota

Le 28/03/2018 à 13:05

Merci pour les precisions!
Effectivement c’est bien Le Cercle Rouge (maison du receleur… et la Fury qui appartenait à Melville) et à titre de comparaison dans le Samouraï du même réalisateur les scènes ou Delon fait maquiller les DS semblent être tournées au même endroit. Ses rues faisaient quand même très glauques même pour l’époque et pourquoi ces murs d’enceinte de part et d’autre des voies?

Bertrand

Le 28/03/2018 à 19:42

Il y a des ressemblances dans ces deux films, bien souvent, on les confond!
Concernant les scènes glauques de la banlieue Parisienne, bien sûr, Melville a forcé le trait, mais les rues de banlieue n’étaient pas toujours jolies et entretenues. Jusque dans les années 1975/80, Il y avait des trottoirs qui n’étaient pas bitumés, pas nivelés, avec des bordures mal taillées, beaucoup de rues qui comportaient de petits pavés,( bon, ça encore, ça pouvait être joli), rien d’harmonieux . Par exemple, à Villeneuve-Saint-Georges, il y des quartiers entiers de maisons en meulière,(Pierre de pays utilisée en Île-de-France) quelques maisons, ça va, mais tout un quartier, bonjour tristesse! Ou alors, des pavillons tous dissemblables, à tel point que les « cages à poules » se confondaient avec la maison bourgeoise….la maison de l’ouvrier, l’usine, et la demeure du patron.
Pour les grands murs, c’est un élément typique de la proche banlieue Parisienne. Là encore, le cinéma accentué le côté noir du film, mais les murs sont toujours élevés.
En 40 ans, ce qu’on peut retenir de la banlieue, c’est son embourgeoisement : il n’y a plus d’usines, il n’y a plus la fameuse « ceinture rouge », c’est à dire, toutes ces communes ouvrières gérées par le parti Communiste, qui caractérisaient les villes entourant Paris. Maintenant au delà du periph, les banlieues sont devenues un prolongement de Paris, à tel point que l’on construit…le grand Paris.( prolongement du métro,par exemple).
Pour faire simple, on est passé des cocos aux bobos!

Jota

Le 28/03/2018 à 20:21

Moi qui adore l’histoire des grandes villes en général merci pour ces interventions enrichissantes, tout autant que les articles sur BR!

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