Brabham BT62 : objectif 24 heures du Mans

Publié le mercredi 20 juin 2018.
Mis à jour le vendredi 5 avril 2019.
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Ils furent co-équipiers en Formule 1 chez Cooper-Climax, montèrent tous les deux leurs structures destinées à la création de voitures de courses, puis leur propre écurie de Formule 1. Jack Brabham et Bruce McLaren vont désormais s’affronter à titre posthume en tant que constructeurs automobiles sur le même créneau : celui de la supercar réservée au circuit, en attendant de se mesurer sur routes ouvertes. La Brabham BT62 vient en effet taquiner McLaren et sa Senna sur ce terrain, mais avec des ambitions sportives à peine cachées : la présence d’un modèle en exposition devant « l’hospitality » Michelin durant les 24 heures du Mans semble accrédité la thèse d’une future participation de la BT62 en catégorie GTE Pro ou Amateur. Par ricochet, et en attendant les futures évolutions de la course mancelle, une déclinaison « routière » pourrait bien suivre la production des 70 premiers exemplaires réservés au circuit.

La BT7 en 1964 à Monaco. C’est elle qui gagna le 1er Grand Prix sous la marque Brabham, et qui donne ses couleurs à la BT62 n°1

La présentation de la Brabham BT62 est en soi une première : la supercar sera la première voiture portant le nom du champion du monde de Formule 1 disposant d’un cockpit fermé. Bien qu’ayant construit une barquette dénommée BT8 entre 1964 et 1966 à 12 exemplaires, Brabham Racing Organisation s’est pour l’essentiel limitée à la production de monoplaces de type Formule 1, 2 ou 3 (devenant dans les années 60 l’un des principaux constructeurs de son époque).

La BT19 et l’équipe Brabham en 1966

Nous reviendrons sur Jack Brabham, Brabham Racing, et sur la période Formule 1 de l’écurie après le départ de ses fondateurs (Bernie Ecclestone en sera le patron jusqu’en 1987), mais dans la tête de David Brabham, fils de Jack et pilote lui-même, l’idée était claire : faire revivre ce célèbre nom australien, et par là-même devenir le premier réel constructeur de supercars en Australie. Ce qui n’était qu’un espoir de reconversion dans les années 2000 était devenu plus pressant lorsque David s’aperçut que des projets plus ou moins farfelues se développaient en utilisant le nom de son père et l’acronyme BT suivi d’un nom.

La BT92, une BMW M3 E92 tunée, n’avait aucun lien avec la famille Brabham. Il fallut une action en justice (gagnée en 2013) pour que la famille récupère les droits.

En 2009 notamment, une officine allemande tenant plus du tuning que du constructeur présentait la Brabham BT92, une BMW M3 revisitée à coup de carrosserie carbone, de « prépa » moteur, de châssis « sport » au prix hallucinant de plus de 300 000 euros. En 2010, des bruits de couloirs annonçaient la renaissance d’une écurie de F1 portant le nom de Brabham : deux initiatives qui obligèrent David à réagir et à tout faire pour récupérer les droits sur son nom et l’histoire de son père. En outre, ces petits désagréments lui firent comprendre qu’il n’y avait plus de temps à perdre, surtout après la mort de Jack Brabham en 2014.

La Brabham BT62 présentée au Mans devant le stand Michelin (photo : Michelin en haut, et Paul Clément-Collin en bas)

Ce n’est qu’en 2013 que la famille récupérait enfin, après plusieurs actions en justice, les droits d’utilisation de la marque Brabham, tuant par ailleurs la BT92 (produite à quelques unités, sans doute entre 3 et 5 exemplaires). Dès lors, le projet de David prenait forme dans sa tête : une voiture extrême, à moteur V8 atmosphérique, produite en Australie, et dédiée au circuit ; une voiture tenant la dragée haute aux meilleurs, et coûtant tout autant. D’une certaine manière, c’est une voiture à l’ancienne, avec un gros V8 atmosphérique gavé de chevaux, sans moteurs électriques ni turbo donc.

Le fournisseur du V8 n’est pas connu pour l’instant (les rumeurs parlent de Ford, mais cela reste des rumeurs). Ce que l’on sait en tout cas, c’est que sa cylindrée s’élève à 5,4 litres, pour une puissance de 710 chevaux : un moteur spécialement retravaillé pour la BT62, et siglé du nom de Brabham. 710 chevaux, c’est déjà beaucoup, mais le clou du spectacle avec cette supercar, c’est que David Brabham s’est aussi voulu l’héritier spirituel d’un certain Colin Chapman : la BT62 ne pèse que 962 kilos !

Construire une supercar de cette qualité, du moins visuelle, n’est pas donné à tout le monde et demande du temps et des moyens. Contrairement aux apparences, David Brabham n’est pas seul dans cette affaire : partie prenante, détenteur des droits de la marque (avec sa famille), il n’en est pourtant pas le financier. Car derrière Brabham Automotive se trouve une société, Fusion Capital, elle-même filiale de Precision Components, un équipementier automobile australien. Precision Components était à l’époque l’un des fournisseurs des trois producteurs automobiles locaux, Holden, Ford et Toyota. Avec la fermeture des usines de production, la société a du se réinventer, et s’orienter vers la mobilité. En collaboration avec BusTech, producteur de bus australien, Precision Buses s’apprête à produire et livrer 50 autobus « basses émissions » pour la ville d’Adélaïde.

L’unité de production se trouve en banlieue nord d’Adélaïde, à Edinburgh Parks, dans les anciens ateliers de ZF, fermés après la fermeture des usines Holden, Toyota et Ford : on y construit les bus pour Precision Buses, mais aussi la Brabham BT62. Edinburgh Parks comprend aussi le fabricant de suspension Supashock. Pour Fusion Capital et Precision Components, le lancement de la marque Brabham n’est pas qu’un coup de pub : il s’agit de recréer de toute pièce une industrie automobile australienne, certes plus modeste mais aussi plus pointue, permettant de faire vivre un tissu industriel de fournisseur. Brabham n’est qu’un morceau du plan, Precision Buses un autre.

Actuellement, Brabham dit vouloir se limiter à 70 exemplaires de sa BT62 : 35 exemplaires, appelés « Celebration Series », reprendront chacun les couleurs des 35 Brabham ayant gagné un grand prix de Formule 1. Les 35 exemplaires suivant, appelés « Signature Series » seront quand à eux totalement personnalisés par leurs futurs propriétaires, faisant partie intégrante du processus de production, le tout pour 1 millions de £ tout de même.

En réalité, Brabham compte bien produire plus que ces 70 exemplaires initiaux, même si l’entreprise fait preuve de prudence. La présence d’un exemplaire au Mans cette année prouve bien que l’épreuve d’endurance la plus célèbre au monde fait de l’oeil à David Brabham et à son équipe. Paul Birch, le directeur technique, l’avoue volontiers : la voiture telle qu’elle existe aujourd’hui ne demanderait que peu d’effort pour en décliner une version « course », mais aussi pour en dériver une version « route » que la réglementation imposerait pour une homologation en catégorie GTE Pro et Am (25 exemplaires minimum pour un petit constructeur).

La relative prudence de Brabham s’explique par le flou qui entoure encore le futur règlement concernant l’endurance au Mans, mais aussi par du bon sens : ne pas trop en dire, vendre les 70 premiers exemplaires, et préparer discrètement un retour au Mans. La présence de la BT62, mais aussi de David Brabham, invité et soutenu par Michelin, laisse en tout cas présager qu’un nouveau fabricant de supercars pourrait bien émerger à l’autre bout du monde mais aussi en compétition. Comme dans les années 60, deux producteurs portant le nom de pilotes émérites (Bruce McLaren finissait 2ème du championnat de F1 derrière Jack Brabham en 1960) s’affronteront commercialement, mais cette fois-ci sur le marché des supercars, et avec un temps d’avance pour McLaren (lire aussi : McLaren 570GT) dont la Senna (reposant sur le même principe d’une voiture réservée à la piste) est déjà commercialisée.

Enfin, pour voir la GT62 en piste, voici une petite vidéo réalisée à 100 km d’Adelaïde, sur le circuit de Philipp Island :

Photos : Brabham Automotive, Michelin, Paul Clément-Collin

 

6 commentaires

Marc Limacher

Le 20/06/2018 à 12:59

Pour la petite histoire, alors qu’il utilisait le nom « Lotus » en 2011 pour son équipe de Formule 1, Tony Fernandes avait entamé les démarches pour reprendre le nom « Brabham » alors détenue par une société anglaise.
Fernandes estimait que pour remplacer le nom « Lotus » (qu’il savait perdre de toute manière) il lui fallait un autre grand nom de la Formule 1 afin de conclure avec des partenaires qui s’était engagé mais sous le patronyme « Lotus ». Sauf qu’il a rapidement trouvé sur son chemin la famille Brabham qui souhaitait récupérer son nom. C’est pourquoi il a abandonné cette piste pour racheter en mars 2012, Caterham Cars et rebaptisé son équipe « Caterham F1 Team » dans la foulée.

Jérôme Bohame

Le 20/06/2018 à 15:04

Un article qui irait bien dans le magazine… S’il arrive un jour…

Paul

Le 20/06/2018 à 15:07

Il n’y sera pas, mais d’autres y seront. Désolé Jérôme d’avoir été si silencieux, c’est parfois compliqué de communiquer quand on patine. L’essentiel des difficultés ayant été levée, j’en parlerai en début de semaine prochaine … On va enfin y arriver !

Jérôme Bohame

Le 20/06/2018 à 19:18

C’est rassurant d’avoir des nouvelles. Merci.

Paul

Le 20/06/2018 à 20:57

pas toujours facile de tout concilier… mais on va y arriver !

Greg

Le 21/06/2018 à 11:28

Le dernier numéro de Sport Auto lui consacre sa rubrique « la sportive du mois ».
Il y est rappelé que le poids de 972 kg à sec, équivaut au poids d’une Lotus Elise avec les pleins, pour mettre les choses en perspective… Une forme d’exploit seulement égalée par la Lamborghini (expérimentale) Sesto Elemente.
L’appui aéro est évalué, lui, à 1200 kg: c’est plus qu’une McLaren Senna GTR, toujours histoire de mettre en perspective des chiffres bruts…
Michelin est donc le partenaire technique pour la question des liaisons au sol, et les roues (sur moyeu à serrage central) se contentent d’un diamètre très raisonnable de 18 pouces.
Le morceau de bravoure, enfin, est le moteur V8.
IL s’agirait d’un moteur « maison », de 5,4 litres de cylindrée.
Comme le disent les Américains, et les Australiens les suivent bien sur ce tarrain là:
« no replacement for displacement ».
Rien ne remplace la cylindrée.
Ce V8 est crédité de 68 mkg de couple à 6200 tr/min, et de 710 chevaux au régime étonnamment élevé de 7400 tours!
La lubrification est à carter sec, sage précaution eu égard à l’appui aéro et à la sophistication des suspensions:
amortisseurs Öhlins à 4 voies + contrôle « 5ème voie » en détente pour escalader les vibreurs je suppose.
Autre précaution: l’auto se dote d’un ABS et d’un antipatinage, histoire que les clients lambda ne crashent pas leur merveilleux joujou à la première ré accélération un peu optimiste…
La différence entre les enfants et les adultes? Le prix de leurs jouets!

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