Bugatti Type 37 : 4 cylindres de compétition

Mardi 27 novembre 2018
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Pour beaucoup, une Bugatti se doit de posséder un 8 cylindres. C’est pourtant oublier les débuts de la marque, la fameuse Type 13 (surnommée Brescia) et son 4 cylindres. Bien entendu, la Type 35 a marqué les esprits, tant par sa ligne que par son moteur, mais sa version Type 37, moins puissante mais plus légère, révèle tout son intérêt pour qui sait la regarder autrement. Avec deux fois moins de cylindres, la Type 37 se distinguera en compétition mais aussi commercialement : il s’agit donc d’une voiture à redécouvrir, loin de l’image d’une « sous 35 » qu’elle véhicule parfois.

La Bugatti Type 35 fit son apparition en 1924. Il s’agissait alors d’une voiture de course, taillée pour la compétition. L’élégance de sa ligne fit immédiatement sensation, notamment sa calandre en fer à cheval (qui deviendra le signe distinctif de la marque) et ses jantes en aluminium spécifiques à 8 branches. Techniquement, son 8 cylindres atmosphérique en aluminium de 1 991 cc, doté de deux carburateurs (Zénith ou Solex, suivant les modèles) délivrait la puissance importante à l’époque de 100 chevaux. Ce moteur était particulièrement sophistiqué (3 soupapes par cylindres, vilebrequin à 5 paliers) et permettait d’atteindre l’étonnante vitesse de 184 km/h.

On l’a vu, la Type 35 était destinée à la compétition. Mais rapidement, Ettore Bugatti entrevit le potentiel commercial d’une telle voiture. Pour en abaisser le coût, il fit réaliser la Type 35A au moteur moins élaboré (vilebrequin à 3 paliers, régime moteur moins haut), mais basée sur le même châssis, et dotée de la même boîte de vitesses non synchronisée à 4 rapports. La puissance descendait alors à 75 chevaux et la nouvelle Bugatti, lancée en 1925, atteignait tout de même les 173 km/h. La Type 35, outre cette 35A « Imitation Course » (surnommée Técla, comme le joaillier spécialisé dans les imitations), connaîtra de nombreuses versions jusqu’en 1931 : 35C, 35T, 35B, 39 ou 39A, toutes partageant le même 8 cylindres dans différentes configurations (cylindrée plus importante, ou bien moindre pour la Type 39, ajout d’un compresseur, changement du radiateur, etc.).

En 1926, Bugatti lançait une nouvelle déclinaison de sa fameuse Type 35 afin de prendre la relève de la Type 13 en compétition. Il s’agissait de proposer aux « gentlemen drivers » une version destinée à la catégorie « 1.5 litres ». Pour atteindre cette cylindrée tout en diminuant le poids de la voiture, Bugatti décida de lui offrir un 4 cylindres et d’un seul carburateur. En fait, il s’agissait d’une moitié du 8 cylindres de la Type 28, de 1 496 cc et développant « seulement » 60 chevaux. Malgré 40 chevaux de moins que la Type 35, la Type 37 allait s’imposer dans de nombreuses compétitions de sa catégorie, grâce notamment à sa vitesse de pointe de 150 km/h. Mieux, le fameux pilote Louis Chiron réussira à gagner, au volant d’une Type 37A le grand prix d’Italie en 1927, devançant une Alfa Romeo P2 (8 cylindres) et une Type 35C pourtant bien plus puissantes.

La Type 37A s’équipait d’un compresseur pour une puissance de 90 ch

Ce fameux 4 cylindres, bien que moins noble, reprenait certaines caractéristiques du 8 cylindres de la 35 : un arbre à came unique, ainsi que 3 soupapes par cylindre (deux d’admission, une d’échappement). Plus simple, il s’avéra particulièrement robuste et fiable. En outre, le moindre poids sur le train avant rendait la voiture plus agréable à conduire et particulièrement véloce dans sa catégorie. Pourtant, Bugatti décida, pour asseoir un peu plus la domination de la 37 en course, d’améliorer encore un peu plus les performances en lançant la Type 37A. Cette nouvelle version récupérait un compresseur Roots (le même que celui de la Type 35C) faisant passer la puissance à 90 chevaux. Ainsi motorisée, la 37A atteignait 185 km/h, une vitesse presque identique à celle d’une 35 de 100 chevaux.

Le coup de génie de Bugatti sera de proposer une Type 37 extérieurement semblable à sa sœur à 8 cylindres (du moins à la Type 35A). Certes, elle ne disposait pas des superbes jantes à 8 branches devenue typiquement « Bug’ », mais des mêmes roues à rayons que la 35A, pour des raisons évidentes de coûts. Pour le reste, tout était identique. Bien moins chère, performante, belle comme ses sœurs et auréolée d’un palmarès sportif, la Type 37 fut produite à 286 exemplaires entre 1926 et 1930, dont 76 dans sa version compressée (les chiffres varient selon les sources).

Aujourd’hui, comme toute Bugatti, la cote est inaccessible au commun des mortels : il faudra au minimum 400 000 euros pour s’offrir une Type 37 de base, au moins 500 000 pour sa version compressée 37A. Mais parfois, les prix montent bien au dessus de ces estimations. Sinon, il est toujours possible de se rabattre sur une réplique de Type 35, la Pur Sang, dont la cote commence elle aussi à atteindre des sommets.

Photos : DR

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES BUGATTI TYPE 27

Motorisation

Moteur 4 cylindres en ligne, 1 carburateur
Cylindrée 1 496 cc
Alimentation atmosphérique (27) ou compresseur Roots (27A)
Puissance 60 (27) ou 90 ch (27A)
Couple nc

Transmission

Roues motrices arrière
Boîte de vitesses BVM 4 vitesses non synchronisées

Dimensions

Longueur 3 680 mm
Largeur 1 320 mm
Hauteur nc
Poids à vide 750 kg

Performances

Vitesse maxi 150 km/h (27) ou 185 km/h (27A)
Production totale 286 exemplaires (dont 76 Type 27A) 1926-1930

Tarif

Cote moyenne 2018 à partir de 400 000 euros

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10 commentaires

GERARD MOREL

Le 27/11/2018 à 13:31

Bof…Qui n’a pas une Bugatti dans son garage ?

Greg

Le 27/11/2018 à 13:52

J’ai quelques jolis souvenirs de ces Bugatti 35 et 37…
IL y avait autrefois à Avignon une épreuve historique, le « Grand Prix des Allées de l’Oulle ».
Un court tracé entre Rhône et remparts, à 2 pas du Pont d’Avignon.
Moi qui croyais assister à une procession de vieux tacots… je n’ai pas été déçu!!!
Les plateaux d’avant guerre offraient le spectacle extraordinaire d’Alfa Romeo Alfetta, ERA, et bien sûr Bugatti: des 35 et 51 de Grand Prix, une 53 à 4 roues motrices, et même la 47 à 16 cylindres!!!
Et dans cette épreuve qui n’était pas chronométrée, le tracé n’étant pas homologué FIA, tous les pilotes se battaient néanmoins comme des chiffonniers pour passer devant et y rester, si possible!
Le plus drôle, c’était de retrouver en fin de journée l’une ou l’autre Bugatti dans la circulation, quittant les lieux par ses propres moyens…
Autre souvenir vivace: la Montée Historique du Mont Ventoux, sous le parrainage d’Audi qui avait amené pour la circonstance, la Bugatti Royale Binder…
Le départ était donné comme il se doit à Bédoin, et je n’avais alors jamais vu une telle profusion de Bugatti de Grand Prix.
Tous les concurrents étant passés, et la route étant rendue à la circulation, nous partons donc à l’assaut du Géant de Provence, bifurquant à gauche au Chalet Reynard, et poussant jusqu’à l’Observatoire pour profiter du panorama avant de chercher un coin peinard pour casser la croûte.
ET là, dans la descente vers Malaucène, nous trouvons au détour d’un virage… toutes les Bugatti joyeusement éparpillées dans une prairie, leurs pilotes réunis dans un incroyable pique nique géant!!!
Bugatti avait une très grande maîtrise de la métallurgie et des procédés de fabrication.
L’essieu avant creux et forgé était un véritable tour de force.
Les fameuses jantes en alliage léger, un élément encore jamais vu avant guerre et qui ne rentrera pas dans les meurs avent les années 60, incorporaient aussi la frette des freins à tambour.
La direction est parfois décriée pour sa lourdeur, mais son angle de chasse était réglable très rapidement au moyen de câles: fort rappel pour les tracés rapides type Reims, ou faible rappel pour les tracés sinueux comme la Targa Florio.
Jugée aux standards d’aujourd’hui, une bonne 35 d’environ 130 chevaux reste une sportive rapide et agile, avec un comportement sain et prévisible.
La 37 dont il est question, hérite de toutes les qualités de sa grande sœur, la musique du fantastique 8 cylindres en moins!

GERARD MOREL

Le 27/11/2018 à 15:09

oui..J’ai eu l’occasion, il y a un certain nombre d’années, de faire environ 200 kms avec un copain qui avait une 4 cylindres, je ne me souviens plus le type..Ca s’intercale trés bien dans la circulation aujourd’hui.Nous prenions toutefois , par précaution, une certaine distance avec le véhicule qui précédait, car, même avec cette légèreté, les freins ne sont pas aussi performants que les autos modernes..

Eddy123

Le 27/11/2018 à 18:58

Excellent article… je connaissais peu cette auto…

Patrick G

Le 27/11/2018 à 20:53

Bonjour, vous êtes sur que le 8 cylindres de 1991 cm3 n’avait que 5 paliers ? 9 paliers me paraîtrait plus logique. Sinon article très intéressant, comme toujours, merci !

Greg

Le 28/11/2018 à 09:44

J’ai tiqué aussi sur le nombre de paliers… à plus forte raison pour la 35A: 8 cylindres et 3 paliers, comment est-ce possible?

Fabien B.

Le 01/12/2018 à 11:55

C’est faux pour la 35A effectivement, ce sont également des 5 paliers. Entre ces 5 paliers on trouve quatre groupes composés d’un contrepoids entourés de chaque côté par une bielle monobloc sur rouleaux excentrée : http://provencemoteurs.fr/img/atelier/montage/15.jpg

D’ailleurs ce système d’embiellage sur rouleaux est de nos jours souvent remplacé par des coussinets car il était donné pour 10.000 kms… Au prix de la réfection d’un tel moteur, ça commence à faire cher du kilomètre !

Patrick G

Le 02/12/2018 à 12:53

Très intéressant, merci beaucoup. J’ai trouvé cette photo de vilo de 35 2litres (http://guy-lerdung.e-monsite.com/medias/album/son-vilbrequin-a-5-paliers-sur-rouleaux.jpg) où on voit ce que vous dites. Donc si je comprend bien la bague au centre n’est pas un palier mais l’accouplement de deux demi vilbrequins ? Et le 5eme palier est à une extrémité, à priori côté boîte, c’est bien cela ?

Patrick G

Le 02/12/2018 à 13:09

Et toujours dans le domaine des vilbrequins exotiques, ce dessin sur lequel on devine carrément un groupe de 4 manetons-bielles encadrés par deux paliers, plus un troisième décalé. Donc ce schéma doublé permettrait de faire un 8 cylindres à trois paliers ? C’est dingue, si vous avez des liens ou une biblio à ce sujet je suis preneur !

Patrick G

Le 02/12/2018 à 14:21

Et toujours dans le domaine des vilbrequins exotiques, en cherchant « vilebrequin Bugatti » sur Google / images on tombe sur un dessin technique (milieu de page : https://www.google.com/search?q=vilebrequin+bugatti&client=firefox-b&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwiK37bbm4HfAhVJD8AKHV45A1YQ_AUIBygC&biw=360&bih=523#spf=1543756131807) sur lequel on devine carrément un groupe de 4 manetons-bielles encadrés par deux paliers, plus un troisième décalé. Donc ce schéma doublé permettrait de faire le 8 cylindres à trois paliers évoqué dans l’article ? C’est dingue, si vous avez des liens ou une biblio à ce sujet je suis preneur !

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