Bulgarrenault et Bulgaralpine : les cousines au goût bulgare !

Publié le dimanche 7 décembre 2014.
Mis à jour le dimanche 16 décembre 2018.
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Si l’on connaît plutôt bien l’automobile roumaine, grâce à Aro, Oltcit ou Dacia, on connaît peu l’automobile bulgare. Il faut dire que ce pays, coincé entre la Grèce et la Roumaine, n’aura pas brillé pour son industrie automobile. Mais dans les années 60, à l’instar de son voisin roumain, les autorités bulgares décident de se doter eux aussi d’un constructeur national. Et comme le voisin roumain, c’est vers l’occident que la Bulgarie va se tourner, plutôt que vers un pays « frère ».

L’organisation étatique Bulet (en charge de l’exportation et du commerce international) est à l’initiative de ce projet avec l’idée de motoriser le peuple bulgare d’une part, mais aussi d’exporter sa production afin de faire rentrer des devises. Dès 1963, un appel d’offre est lancé, auquel répondent les constructeurs Renault, Fiat, Simca et Alfa Romeo. Et comme en Roumanie, c’est la régie nationale française qui gagne ce concours. Son offre initiale concernait la Renault 4, mais le contrat finalement signé en 1965 portait finalement sur les Renault 8 et 10.

C’est Metalhim, une société d’armement, qui se chargera d’assembler les Renault dans son usine de Plovdiv, sous le nom original de Bulgarrenault ! Le conseil des ministres autorise l’opération en juillet 66, et le contrat définitif sera signé avec Renault le 18 septembre 1966. L’opération est assez classique, la firme au losange livrant aux bulgares toutes les pièces (les fameux CKD), qui se chargeaient du montage final. Mais le contrat prévoyait que petit à petit, des pièces d’origine bulgare seraient intégrées à la fabrication. Le contrat interdisait aussi aux Bulgares d’exporter ces voitures (ce qui faisait bien rigoler nos amis de l’Est, connus pour leur roublardise).

Deux jours seulement après la signature du contrat, 10 Bulgarrenault 8 fabriquées à la va-vite dans l’usine militaire de Kazanlak étaient exposées à la Foire de Plovdiv. Le projet bulgare prend deux ans d’avance sur ses voisins roumains, et l’heure est à l’enthousiasme, puisque les autorités et le Bulet prévoient une production de 10 000 véhicules fin 1970.

Début 1967, l’usine de Plovdiv est enfin opérationnelle, et la production peut commencer. C’est la Bulgarrenault 8 qui ouvre le bal, mais elle sera bientôt rejointe par une plus « luxueuse » Bulgarrenault 10. Mais les ambitions des Bulgares ne s’arrêtent pas là. Ils se piquent de vouloir aussi produire une sportive capable de rivaliser avec les Skoda, notamment en rallye. C’est donc vers Alpine qu’ils se tournent. Ca tombe bien, Jean Rédélé a besoin de cash. Si Renault détient déjà une petite participation dans Alpine, il ne sera majoritaire qu’en 1973. La marque dieppoise vend donc la licence de fabrication de l’A110, calquée sur le contrat Renault de 1966. La berlinette deviendra la Bulgaralpine Berline.

Les premières « Berlines » commenceront à sortir des chaînes en 1968, permettant au pilote bulgare Iliva Chibricov de gagner le Rallye de Zlatny Piasaci, puis une version « cabriolet » peu répandue. Si le soleil semble briller entre bulgares et français, en fait le torchon brûlera assez rapidement. En 1970, Renault et Alpine stopperont toute collaboration avec ces coquins de bulgares, mettant un terme à cet embryon d’industrie automobile. Pourquoi ? Tout bêtement parce que nos amis de l’est s’étaient permis quelques libertés ! Malgré l’interdiction contractuelle, Bulgarrenault commença à exporter dès 1968 vers la Yougoslavie 522 exemplaires de Renault 10. En 1970, environ 1700 exemplaires avaient été exportés vers la Yougoslavie, l’Autriche, mais aussi d’autres pays du moyen orient. On invoqua des raisons politiques pour rompre le contrat, mais en réalité, c’est bien parce que les bulgares commençaient à n’en faire qu’à leur tête que les ponts furent coupés !

Au total, environ 4000 exemplaires de Renault 8 et 10 furent fabriquées en Bulgarie entre 1967 et 1970, ainsi qu’un certain nombre de Bulgaralpine « Berline » (entre 70 et 200 exemplaires selon les sources). Si les Bulgarrenault ont disparu, on voit réapparaître régulièrement à la vente des Bulgaralpine, qui séduisent les amateurs de berlinettes malgré la difficulté de les « légaliser ».

Lire aussi: Les cousines étrangères de la Berlinette !

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