Cadillac Seville III STS : le parfum de l’inutile !

Publié le mercredi 24 février 2016.
Mis à jour le mercredi 10 juillet 2019.
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En 1992, j’avais 17 ans, et je me « payais » mon premier voyage de grand, avec un cousin et un ami : après un mois de dur labeur au Monoprix de Villejuif au rayon fromage (c’était un temps où l’on pouvait gagner de l’argent comme un grand sans être majeur), nous étions partis découvrir l’Espagne en train, car et auto-stop, ses véhicules parfois inconnus chez nous (lire aussi : Renault Siete), et en point d’orgue l’exposition universelle de Séville ! A cette époque, j’étais déjà bien entendu mordu d’automobile, et le nom de cette ville andalouse chantait pour moi autant la découverte de la péninsule ibérique que le grand ouest américain. Et pourquoi donc me direz-vous ? Parce qu’à la même époque, la prestigieuse marque Cadillac proposait dans sa gamme la Seville, sorte de réponse américaines aux importations européennes : traction, petit gabarit (enfin, pour les USA), style, mais tout de même équipée de V8 « à l’américaine ».

La Seville II était affublée d'une drôle de mal arrière !
La Seville II était affublée d’une drôle de malle arrière !

La première génération de Seville, datant des année 70, était d’une banalité affligeante ! Mais la deuxième génération s’affirmait dans un style baroque, avec une étrange malle arrière qui lui donnait du caractère certes, mais aussi une bonne dose de ridicule. C’est en 1986 que la 3ème génération de Seville, qui m’intéresse ici, fit son apparition. Sa principale qualité pour moi : un design particulièrement réussi, avec une vitre arrière presque verticale et un long capot avant, une vraie réussite selon moi. Pourtant, les américains n’étaient pas du même avis que moi, et boudèrent cette « petite » Cadillac. Sa version « coupé », dénommée Eldorado, connut le même désamour !

La Seville III "classique" sera produite de 1986 à 1991
La Seville III « classique » sera produite de 1986 à 1991

Pourtant, cette voiture était vraiment intéressante, avec notamment un système de contrôle moteur réduisant la consommation à un petit 7,8 litres aux 100 sur autoroute malgré un V8 sous le capot (en position tranversale avant). Avec 4,1 litres de cylindrée, il ne sortait il faut dire que 130 chevaux ! Heureusement, la Seville reçut à partir de 1988 un 4,5 litres de 155 ch qui passait à 180 ch en 1990, puis, en 1991, pour sa dernière année de production, un 4,9 litres de 200 ch.

La STS à l'équipement spécifique, paraît en 1988 pour la première fois, pour des dignitaires triés sur le volet !
La STS à l’équipement spécifique, paraît en 1988 pour la première fois, pour des dignitaires triés sur le volet !

Mais ce n’est pas la Seville « classique » qui m’intéresse ici, trop répandue (135 027 exemplaires produits entre 1986 et 1991), mais sa version STS (pour Seville Touring Sedan), parue en 1988. A son apparition, il ne s’agissait que d’une voiture « spéciale » destinée au pontes de chez Cadillac ou GM, et à des clients choisis pour leur fidélité, produite à 1499 exemplaires et réalisée par la firme Cars & Concepts (ce nom vous dit quelque chose ? Normal, cette firme réalisa aussi les coupés et cabriolets 505 pour le compte de Peugeot of America, lire aussi : Peugeot 505 Coupé et Cabriolet). Ces exemplaires se distinguent des autres par des jantes en alliage spécifiques, des suspensions retravaillées, une barre stabilisatrice à l’arrière, et surtout, seulement 4 places, mais des vraies places de salon roulant !

La STS se distingue des autres notamment par ses 4 vrais sièges !
La STS se distingue des autres notamment par ses 4 vrais sièges !

Sous le capot, rien ne change pourtant, avec le 4,5 litres de 155 ch : pas de quoi en faire un foudre de guerre, mais la décoration spécifique et le luxe intérieur suffisait à se distinguer de la plèbe sans pour autant s’offrir une « grande » Cadillac. Cette même année sortait l’Allanté, sorte de version cabriolet de l’Eldorado, dessinée et fabriquée par Pininfarina (lire aussi : Cadillac Allanté). Avec la Seville, l’Eldorado et l’Allanté, Cadillac croyait tenir le tiercé gagnant pour contrer les Mercedes et BM qui envahissaient les suburbs huppés des grandes villes. Manque de bol, ces trois modèles furent des bides malgré un charme indéniable. A croire que les américains cherchaient de vraies américaines, ou de vraies européennes, mais pas des voitures le cul entre deux chaises comme la Seville !

STS 03

La STS, qui devait être réservée à ces quelques happy fews, sera finalement reconduite en 1989 comme une « série limitée ». Seuls 1893 exemplaires seront fabriqués cette année-là, avec quelques différences par rapport à la STS de 1988. En 1990, la STS devient une finition à part entière, produite à 2811 exemplaires, puis à 2206 exemplaires en 1991, date du clap de fin pour toutes les Seville ! Aujourd’hui, on estime à 489 exemplaires (sur 8409 au total) les STS survivantes, ce qui, avouez-le, en fait un objet particulièrement rare.

STS 07

STS 04

Mais quel est l’intérêt de cette Seville STS me direz-vous ? Premièrement sa ligne, que je trouve particulièrement réussie (mais je dois être le seul) ; Deuxièmement, sa rareté, à l’époque d’abord, aujourd’hui ensuite (la première série de 1988 est de loin la plus exclusive, mais étrangement, il en reste plus que de modèles 1989 : sûrement parce qu’elle est la plus désirable) ; troisièmement, le côté totalement décadent et inutile de cette série spéciale, dotée de seulement 4 places (royales), et richement équipée ; quatrièmement, elle est représentative des tentatives d’européanisation des constructeurs américains dans les année 80 ! Tout cela la rend terriblement Boîtier Rouge, et c’est bien l’essentiel, même si ceux qui veulent du sport (enfin, un peu plus) tout en restant exclusifs opteront plutôt pour une des dernières Allanté équipées du V8 Northstar de 292 ch !

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13 commentaires

Patrick Coyote Auto

Le 24/02/2016 à 15:59

Styliquement et idéologiquement proche de la Chrysler Saratoga au style proche, traction… et au V6 Mitsubishi!

Stéphane Barbat

Le 24/02/2016 à 16:09

Non Paul tu n’es pas le seul à aimer sa ligne ! Je la trouve moi aussi intéressante et originale. 🙂

Greg

Le 24/02/2016 à 16:22

Comme exprimé par ailleurs… j’aime beaucoup cette Seville avec sa ligne de toit « formal roof » alors en vogue aux USA, et vue aussi sur les Volvo 740/760 qui se destinaient principalement… au marché Nord Américain.
Pour ma part, j’ai eu la chance de découvrir ces Américaines dans leur élément, lors d’une colonie de vacances au Canada en 1987!
Ce fut aussi l’occasion de croiser pas mal de Renault Le Car, et quelques Peugeot 505 USA 😉

wolfgang

Le 24/02/2016 à 16:42

Elle est pas mal c’est vrai.
Un petit côté Volvo quand même non ?

Fox

Le 24/02/2016 à 19:21

« Lunette arrière presque horizontale », verticale, tu voulais dire ?

Dans le genre « Cadillac » et les économies de jus, il y a le v8-6-4 des années 70. Dans la pratique, c’était v8 ou en panne.
Innovation testée directement chez Cadillac et non chez Oldsmobile comme c’était d’usage alors (traction avant (Toronado), diesel (Delta)).

poum

Le 24/02/2016 à 20:10

en effet, le système de désactivation d’un cylindre sur deux n’a jamais été très au point.
Cette technologie a été reconduite sur certains Northstar mais pour un tout autre usage: la détente de l’air devait permettre de maintenir le moteur à une température raisonnable, sans liquide de refroidissement, sur une centaine de milles.
Perso j’ai aussi toujours adoré la séville et j’ai eu la chance d’acquérir une sls de 98 à vil prix il y a une dizaine d’années; une version certes moins typée que la mk III mais sympathique quand même.

Damston

Le 24/02/2016 à 23:18

Je préfère carrément la I ou la II, là, ça manque de vintage, c’est déjà trop moderne (sauf l’intérieur, toujours barge comme j’aime chez les américains).

J2M

Le 25/02/2016 à 09:23

A quelques pas d’ici (on est en ville, à 10mn à pied de Bordeaux centre) est garée une Chrysler Newyorker de 95 (sauf erreur) en parfait état. Très fine, superbe et pas choquante (à part la longueur).

Certains traits de design, notamment à l’intérieur, me font penser comment et pourquoi les équipes de Renault on été chercher l’inspiration ailleurs qu’outre-Rhin à une certaine époque. Là, au bord du trottoir, c’est flagrant !

Ce topic vraiment intéressant nous montre qu’il y a une autre lecture de l’automobile, mais qu’elle est très typée et que, pour des raisons diverses, cette lecture « US » et l’européenne se sont très éloignées, au point d’être irréconciliables !

Cela explique et légitime les recherches de Le Quément ou de Bangle, également décrit (et beaucoup discuté) ici il y peu. Mais contraintes de proportions « européennes » oblige, leurs tentatives ont échoué.

N’oublions pas enfin que jusqu’au réveil allemand à la fin des sixties, la grosse voiture pas trop chère et puissante, c’est l’américaine !

wolfgang

Le 25/02/2016 à 18:33

Puissantes et pas chères : c’est toujours le cas.

Un Voyager aux USA c’est 280 ch et ça coute BEAUCOUP moins cher qu’ici.
Le pb c’est qu’on met des droits de douane à outrance, donc ça finit pas plus valoir le coup.
Sinon l’industrie auto européenne serait écrasée par l’industrie US.
ça vaut rien une auto là bas… et elles sont souvent prévues pour traverser les USA, pas pour faire Paris Deauville… donc elles supportent des révisions plus espacées. Et les gros moteurs sont choisis exprès parce qu’ils sont plus endurants et moins bruyants pour les longs trajets.
On critique beaucoup les autos US en France, mais on a souvent tort à mon avis, d’autant plus qu’on roule désormais comme eux, au cruise control.

McCloud

Le 28/08/2016 à 16:28

Pas bizarre du tout la Seville II, si l’on se replace dans le contexte américain de l’époque. Les voitures de luxe adoptaient alors un style néo-classique empruntant à des codes stylistiques anglais : calandres inspirées des Rolls pour les Lincoln Continental Mk IV, V, VI et Sedan, Town Car…, bossage roue intégré au coffre (continental kit) ou malle anglaise pour la Seville II, la Lincoln Continental 80’s et la Chrysler Imperial même période.
Quant à la première Seville, elle faisait figure de paradoxe. C’était la première « petite » Cadillac, mais ses lignes s’inspiraient, aux dires de la marque, de celles de la Rolls Royce Silver Shadow, dont la conception remontait au début des années 60. D’intéressants coupés et cabriolets en ont été déclinés (dont le SanRemo), de même que la Seville II s’est vue adjoindre un coupé, une version rallongée au niveau du pied central, un cabriolet et quelques inévitables limos.
La Seville III, en adoptant un style radicalement différent, brouilla les pistes, et se production correspond à une période-charnière où les stylistes de Cadillac se cherchaient (de même que les productions de la FoMoCo et de Mopar d’ailleurs) en direction de carrosseries plus compactes, sans parvenir à tirer un trait sur la « broughamisation » qui avait fait le succès des modèles des années 70. La Seville IV du milieu des années 90 adopta les codes stylistiques germaniques, de même que les dernières Brougham et l’ultime Eldorado. Une page serait tournée à l’orée du XXIème siècle, avec une refonte totale de la gamme.

steph

Le 24/09/2017 à 08:40

bonjour a tous juste pour vous dire que j’ai une cadillac seville sts de 1990 et j’en suis tres content conso raisonnable pour un 4L5 et conduite tres confortable

auroy

Le 09/02/2018 à 16:52

bonjour à tous
j’ai fait l’acquisition il y a 7 ans d’une Cadillac séville touring sedan de 1990
j’ai besoin de pièces détachées, pouvez vous m’aider
merci à tous

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