Christian de Léotard: l’obsession des 6 roues

Vendredi 12 janvier 2018
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En règle générale les motos ont deux roues et les voitures quatre. Pourtant il existe des exceptions à la règle et parfois l’exception vire à l’obsession. C’est le cas de Christian de Léotard dont la vie sera consacrée à la transformation de vulgaires 4 roues en 6 pattes.

L’apprentissage

“Baladez vous aujourd’hui au volant d’une Ferrari, une Porsche Turbo, ou une Rolls. Personne ne vous remarque, ou vous ferez figure de play-boy sur le retour. En revanche, avec une Renault 5 six roues, toutes les têtes se retournent sur vous”. Ces mots sont la réponse de Christian de Léotard, un jour où  un journaliste lui demanda pourquoi il transformait tout ce qui roulait en 6 roues.

L’histoire commence en 1978. Christian part alors en stage en Angleterre chez Land Rover. Il découvre alors le monde des 4×4, et devient alors passionné par les transmissions en tous genres (lire aussi : Wood Picket Sheer Rover). La mission qu’on lui confie consiste à travailler sur un projet de Range Rover à 6 roues. C’est la première rencontre de Christian avec le monde des 6 pattes, le jour où il tombe dans la marmite.

En rentrant il collabore au sein de l’ADPT “Application Des Procédés Tissier”, société de Pierre Tissier (lire aussi: Citroën XM Limousines Tissier) basée à côté d’Orly. Il travaille alors sur une DS 23 rallongée à 6 roues. C’est également ici qu’il développe des CX un peu spéciales. Ces breaks surélevés et allongés sont utilisés par la presse écrite. Toutes les nuits, on y charge jusqu’à 3 tonnes de journaux français fraîchement imprimés à destination de Bruxelles. La légende dit que pour permettre aux belges et hollandais de découvrir les journaux français au réveil, le break CX roulait à une vitesse de croisière de 170 km/h.

L’obsession des 6 pattes

Après cet apprentissage un peu spécial, le facétieux de Léotard décide de voler de ses propres ailes. Il crée la société ADPL “Applications Des Procédés Léotard”. On ignore si le nom de la société rend hommage à Tissier ou est destiné au contraire à l’énerver. Son premier projet en solo sera d’appliquer les 6 roues à la dernière née de la régie Renault, la R5. Grâce à la société Sinpar, spécialiste des 4 roues motrices qui lui met à disposition le matériel nécessaire, il met au point et fabrique cette première R5 à 6 roues en quelques mois à peine.

Le résultat est impressionnant avec une longueur portée de 3,50 à 4,21 mètres de long et un poids contenu à 980 kilos la 6 pattes à du style. Vraiment impressionnante, son profil est inimitable. Le châssis est renforcé par des tubes carrés montés en parallèle sur les longerons. Selon le constructeur, la tenue de route est “améliorée de 70%” et le freinage, grâce aux 6 disques, de 33 % par rapport à la R5 ts de série.

Ainsi transformée, la R5 TS devient un engin spatial non identifié, transformation que le créateur facture alors 40 000 francs de l’époque. La R5 six roues participera au Paris-Dakar 1980. Même si l’équipage de Léotard/Dumortier abandonne, il  rafle avant tout de belles retombées média qui donneront un vrai coup de pouce à l’aventure. Car évidemment notre fils de bonne famille converti à la transformation automobile ne s’arrête pas à ce coup d’essai. En 1984, il s’attaque au Dakar avec un Mercedes Classe G modifié par ses soins. Il reviendra en 1985 et 1986 avec de monstrueux breaks 190 6×4 et 6×6.

Christian ne dévore pas les pistes d’Afrique il revient à ses premiers amours. Suite à un Dakar parcouru avec une R5 Alpine 6×6, et pour remercier un des directeurs de Renault, il décide de mettre en chantier une R5 Turbo un peu spéciale. Celle ci est modifiée par rapport aux premiers modèles Renault déjà modifiés. Il n’y a à l’époque pas de modèles Renault à transmission intégrale et donc pas de mécaniques disponibles pour la transformation. La transmission Sinpar est jugée trop fragile pour la puissance de l’engin, mais de Léotard a la solution. Il décide de mettre deux moteurs dans la Renault 5 Turbo 6 roues (seul le moteur arrière était un Turbo). Chaque moteur entraîne une paire de roues, ceux ci fonctionnant soit en alternance soit en même temps.

Reconnu dans le monde entier

Tout au long de sa carrière, Léotard, malgré un esprit libre ne se prenant pas au sérieux, parviendra à exporter son talent au delà des frontières hexagonales. Dans les années 80 il commercialise au Moyen orient une déclinaison des Classe G en 6×6 ou 6×4. Ces transformations sont facturées environ 600 000 francs de l’époque. Quand on voit aujourd’hui le succès dans ces pays des Mercedes Classe G 6 roues préparés par Brabus ou AMG, on se dit qu’il avait tout compris et qu’il était juste en avance de 30 ans. D’ailleurs il est bon de rappeler que quand en 1986 de Leotard commercialise son Mercedes 190 à 6 roues, il fait partie des 3 préparateurs alors reconnus par la marque de l’étoile avec AMG et Brabus.

Une des dernières créations du Jurassien sera la transformation du placide mais increvable Citroen C15 (lire aussi : Citroën C15). Développé par Léotard et industrialisé et construit par le carrossier Chausson, ce C15.6 sera présenté en 1989. La charge utile atteint alors 1000 kg, le volume de chargement passe de 2,7 à 4,2 m3 et les distances de freinage sont raccourcies. Devenant la seule petite camionnette à 5 places grâce à sa banquette arrière n’impactant pas sur le chargement, elle fera le bonheur des artisans et administrations.

Difficile de savoir combien de véhicules ont été transformés par Léotard pendant toutes ces années. Sûrement plusieurs dizaines et assez pour nous faire dire qu’une voiture n’a pas forcément 4 roues. Cependant, on sait qu’un seul exemplaire de la Renault 5 Turbo 6 avait été fabriqué. L’incendie du hangar où il était stocké détruisit le prototype en 2002. Christian de Léotard, après d’âpres bataille avec l’assurance, comptait bien le remettre en état : il n’en eut pas le temps, décédant le 6 septembre 2014, à l’âge de 66 ans.

A lire aussi: l’excellent site Sixmania.fr

Images: Sixmania.fr, DR

 

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21 commentaires

Englebert

Le 12/01/2018 à 18:24

Il y a eu 101 C15 six roues de produites dont la dernière est en conduite à droite et participe régulièrement à des sorties Citroën Outre Manche

NIKO

Le 12/01/2018 à 19:34

Merci pour l’info !

Eddy123

Le 12/01/2018 à 19:56

Il y a t’il pas eu en 1.6l injection? Je crois me rappeller avoir discuté avec un proprio…

Eddy123

Le 12/01/2018 à 19:54

J’adore ses transfation.. .
Je connaissais quelqu’un sur Bordeaux qui avait une des CX pour la presse, blanche. . Je ne sais pas ce qu’elle est devenu.
La petite r5 grise x6 est magnifique … était elle 6×6?

Creadesign

Le 12/01/2018 à 20:11

Je discute avec un collègue dont le père a fait partie de l aventure De léotard sur le Dakar…je lui dis c’est tellement Boîtierrouge ces monstres à 6 roues…une heure plus tard Boîtierrouge publie un article sur le sujet…coïncidence de dingue.

Niko

Le 12/01/2018 à 23:55

C’est marrant. Moi c’est en regardant un résumé des premiers Dakar que je suis retombé sur cette R5 et je me suis dit pareil, en me mettant aussitôt à la recherche dinfos.

J2M

Le 12/01/2018 à 20:55

Merveilleuse époque où quelqued fous du volant parvenaient à donner encore plus de personnalité à des voitures qui en débordaient déjà.
Sans rapport avec le Schmilblick ( époque…), la moto Elf, autre merveilleuse histoire de fous (du guidon), nous rappelle que des pistes restent à explorer en architecture mécanique.
On peut encore tutoyer les 300 km/h sur une moto armée d’une fourche et d’une chaîne.

meunier

Le 12/01/2018 à 21:18

J’ai les papiers et les plaques constructeur d’une de leotard , mais j’ignore de quelle base il s’agit ? Y a il des archives avec les numéros de châssis ?

Franck

Le 13/01/2018 à 00:02

J’ai un contact, me contacter sur Facebook « Frank Eiram ».

Message damien

Le 25/03/2018 à 10:23

Bonjour donner moi les huit dernier numéro du châssis et je vous donne toute les données techniques de vos documents pour ce c15deleotard
Cordialement damien

Germain

Le 13/01/2018 à 03:17

C’est marrant je découvrais le classe G 6×6 du Dakar 84 l’autre jour en matant sur YouTube les documentaires des premiers Dakar

Germain

Le 13/01/2018 à 03:23

Je voyais souvent une C15 6 roues quand j’étais ado, je me demandai d’où ça venait

Mahksym

Le 13/01/2018 à 09:10

J’ai toujours trouvé étonnant le C15 6 roues à côté de chez moi. Je pensais à une construction artisanale, je comprends d’où cela vient maintenant !

Alain

Le 13/01/2018 à 11:00

J’ai eu le bol de croiser et de « bosser » sur des C15 6 roues lors d’un stage d’école, chez Chausson (Gennevilliers si je me rappelle bien), qui préparait aussi les Peugeot 405 Mi16 pour la police.

Dubby Tatiff

Le 13/01/2018 à 12:54

C’est pour ça que l’on vient sur Boitier Rouge.

Tiens, une idée au passage ! Le rallye des éléphants est une concentration de motos et de sidecars hors normes. De quoi faire de bien étonnants articles.

georges

Le 13/01/2018 à 16:10

Je me souviens d’avoir croisé sur l’autoroute Paris Lille une CX 6×6, vous êtes sur des 170km/h de moyenne !
Il y a quelques années un voisin avait une CX 6×6.

vlr4x4

Le 15/01/2018 à 08:26

Attention!les CX TISSIER n’avaient que 2 roues motrices,c’étaient donc des 6×2.

Choco

Le 15/01/2018 à 10:54

Les De Léotard me renvoient inévitablement à mes lectures d’enfance : l’AJ spécial salon et les pages consacrées aux « petits constructeurs ».

Crouton

Le 16/01/2018 à 16:03

Bonjour,
Question sans doute très simple pour les connaisseurs…
Pourquoi un toit surélevé sur ces voitures (hors Classe G et C15)? Le look? Je veux bien admettre que sur la Dakar un peu plus de volume de chargement est un plus, mais cela le rallye-raid ne faisait peut-être pas partie du cahier des charges initial…
Crouton

Ethan

Le 20/01/2018 à 01:49

Bonjour

Que du bonheur de trouver cet article, cela réveil en moi quelques souvenir fabuleux. J’ai eu le plaisir de rouler avec une des CX 6 roues de Michelin et je doit bien dire qu’a l’époque, j’avais été totalement bluffé, je m’attendais a trouver un véhicule lourd et pataud, hé bien, non. Sans avoir la nervosité de la mouture d’origine, elle s’en tirait honorablement. un freinage ahurissant et une tenue de cap dans les grandes courbes a faire pâlir un TGV.

Message damien

Le 25/03/2018 à 08:58

J ai un c15 de léotard en très très bon état équipé d origine girafon d origine que je vais devoir me séparer par manque de place. ..
Comment avoir plus de détails sur les différentes production de ce dernier?
Si quelqu’un a des informations ou de la documentation
Cordialement Damien

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