Chrysler Norseman : le coupé révolutionnaire repose au fond de l’océan

Mardi 19 janvier 2016
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Si la disparition « momentanée » de la Peugeot 405 Grand Raid d’Ari Vatanen à Bamako, durant le Paris-Dakar 1988, était presque comique (lire aussi : L’étrange vol de la 405 d’Ari Vatanen), celle du coupé Chrysler Norseman relèvait plutôt de la tragédie. Car ce grand coupé à la ligne si particulière obtenue grâce à l’absence de pilier A fut la victime d’un fait-divers tragique le 25 juillet 1956, disparaissant à tout jamais dans les eaux sombres de l’Atlantique Nord. Prévue pour être la star des salons automobiles de l’année 1957, la voiture gardera finalement tout son mystère, et seuls quelques journalistes auront pu la voir quelques instants à Turin avant son départ pour les Etats-Unis.

SS Andrea Doria 01

Ce 25 juillet 1956 donc, navigue au large de l’île de Natuckett (Massachusetts) le SS Andrea Doria, fier paquebot italien, en direction de Gênes. Mis en service en 1953, ce paquebot est pour l’Italie l’équivalent de ce que sera le France pour la France dans les années 60 : une fierté nationale. Si l’Andrea Doria n’est pas le plus grand des paquebots, il est assurément l’un des plus luxueux et, comme tout bon navire qui s’apprête à couler, réputé comme l’un des plus sûr du monde, avec sa double coque, ses 11 portes étanches, ses embarcations en nombre suffisant, et ses équipements radars et radio ! Bref un joyau qui transporte dans ses entrailles un autre bijou : la fameuse Chrysler Noresman.

Norseman 05

Au large de l’île de Nantuckett se forme régulièrement une forte brume, due à la rencontre du gulfstream et des eaux du Labrador. Un phénomène classique et connu, et à bord de l’Andrea Noria, le capitaine Piero Calamai ne s’inquiète pas trop. Il n’hésite pas à voguer à un bon rythme, tout en faisant sonner la corne de brume de façon réglementaire. De son côté, le paquebot vapeur Stockholm, qui quitte New York pour Goteborg, s’enfonce dans la lui aussi dans le « fog ». Les deux navires se repèrent bien au radar, mais n’entreront jamais en contact radio, chacun faisant une manœuvre d’évitement… ce qui s’avérera fatal. Réglementairement, dans ces conditions, chaque navire doit partir à tribord. Mais allez savoir pourquoi, Calamai fait partir le Doria à babord. Au lieu de s’éviter, les deux navires vont se percuter. Le Stockholm viendra s’empaler dans le flanc droit du Doria à 23h10, en plein milieu des cabines, tuant 46 passagers du navire italien, mais aussi 5 membres d’équipage du navire suédois. Le Doria mettra 11 heures à couler. Les passages furent évacués soit sur le Stockholm, qui lui flottait toujours, soit vers l’Ile de France, un paquebot français qui détourna sa route pour venir prêter assistance. La Chrysler Norseman, elle, état définitivement perdue, et repose encore aujourd’hui par plus de 50 mètres de fond.

Norseman 04

Mais que faisait donc cette Chrysler, ce show-car particulier, au fond de la cale d’un bateau italien ? La réponse est simple : depuis le début des années 50, le constructeur américain avait pris l’habitude de faire fabriquer ses concept-cars chez le carrossier Ghia à Turin, en raison de la qualité de son travail d’une part, mais aussi et surtout pour des raisons de coût ! La construction d’une voiture en Italie et son transport par bateau revenaient bien moins cher qu’aux Etats-Unis. Mais attention, dans le cas de la Norseman, il s’agissait d’une œuvre interne, dessinée sous les ordres de Virgil Exner et Cliff Voss ! Ghia ne s’occupait que de la fabrication !

Norseman 02

La particularité de la Norseman ? Outre son côté imposant de grand coupé 4 places, au long capot avant cachant un bon V8 331ci développant 235 ch, et son intérieur particulièrement luxueux, la Norseman offrait aux rares yeux qui l’auront vu « en vrai » une ligne pourtant légère et aérienne grâce à un toit « flottant » sans pilier A pour « le retenir ». A la place : un imposant pilier B supportant tout le toit, ainsi qu’un pare-brise et des vitres renforcés, fabriqué par l’équipementier PPG (à qui l’on devra tout une série de pace-cars conceptuels dans les années 80, lire aussi : Renault 5 Turbo PPG Pace Car). Les panneaux de carrosserie étaient pour certains réalisés en aluminium pour plus de légèreté. La voiture fut construite par Ghia selon les plans de Chrysler, et bien entendu totalement fonctionnelle, avec une boîte automatique à deux vitesses. Selon Chrysler, la voiture était peinte en deux tons de vert, avec une pointe de rouge (cf. communiqué de presse), mais selon certains, Exner l’aurait demandée couleur argent. Enfin, selon les journalistes italiens qui la virent à Turin, elle était de deux teintes de bleu ! Quelques photographies, qui illustrent cet article, furent prises à ce moment là… en noir et blanc !

Norseman 03

Après le naufrage du SS Andrea Doria, et la perte de son show-car, Chrysler renoncera à faire fabriquer un autre exemplaire de la Norseman, faisant juste paraître un communiqué laconique expliquant la présence à bord de son coupé, de son coût de fabrication (150 000 $) et du fait qu’il était assuré. Et puis basta. Comme une voiture maudite, on ne reparlera plus jamais de la Norseman ! Pourtant, quelques privilégiés eurent la chance de voir la Norseman de près, après le naufrage : le Doria, étant échoué dans des eaux peu profonde, reste accessible au plongeur. Mais d’après l’un d’entre eux qui descendit la voir plusieurs fois au début des années 90, elle était dans un état déplorable, après 40 ans passée sous l’eau.

Le communiqué de presse de Chrysler (image: carsandracingstuff.com)
Le communiqué de presse de Chrysler (image: carsandracingstuff.com)

Bref, ne rêvez pas : personne ne roulera jamais en Chrysler Norseman, disparue par la faute d’une mauvaise manœuvre en mer par temps de brouillard, si proche de sa destination finale. Ironie du sort, le Stockholm fêtera cette année ses 68 ans, et continue de naviguer sous le nom d’Azores, au sein de la flotte de navire de la compagnie Portuscale. De là à dire que ce qui vient de Suède est plus solide que ce qui vient d’Italie ? Je vous laisse juge !

Merci à Yoann pour l’idée du sujet.

PS: Chrysler ne fut pas le seul constructeur à « subir » les conséquences de ce naufrage. Un lecteur avisé me signale que 50 exemplaires (sur 240 construis) de la Lancia B24 Aurélia Spider America se trouvaient aussi dans la cale et coulèrent avec la Norseman, contribuant à la rareté du modèle aujourd’hui !

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7 commentaires

Swisstroll

Le 19/01/2016 à 11:15

Minichamps en a fait une très belle reproductrice en miniature à l’échelle 1/43.

Malo

Le 19/01/2016 à 17:39

Cette histoire me fait penser à la voiture du Tulsa : une Plymouth Belvedere et quelques autres objets enterrés dans un caveau pendant 50 ans pour commémorer les 50 ans de cette ville industrielle du sud des Etas Unis

Paul

Le 19/01/2016 à 18:05

j’y pensais aussi justement 😉

wolfgang

Le 20/01/2016 à 11:05

Il y a pas longtemps, on a remonté une Bugatti d’un lac. Egalement dans dans un état déplorable. Ce n’est pas pour ça qu’elle ne valait rien… bien au contraire. Même en épave, une auto rare a de la valeur. D’autant plus que celles-ci sont liées à un drame, elles ont une histoire.
C’est bien dommage de les laisser pourrir sous l’eau sans les remonter. Si j’avais les moyens je les ferais remonter…

NSV

Le 21/08/2016 à 13:18

Euh, le bateau naviguait en provenance de Gênes, non ? Pas a destination de ? Histoire intéressante en tout cas, que je ne connaissais pas

troisetdeuxquatre

Le 17/09/2018 à 13:07

C’est surtout dommage pour les 50 B24…………..

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