Cibié : coup de projecteur sur un symbole du sport automobile

Samedi 22 juillet 2017
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Il y a des marques comme cela qui, grâce à leur implication dans le sport automobile (et peut-être grâce au charisme de leur patron), réussissent à résonner encore et toujours dans la tête du passionné alors même qu’elles ont disparu, du moins aux yeux du grand public. C’est le cas de la marque française Cibié, célèbre pour ses optiques protégés par ces fameuses protections blanches portant le logo de la marque.

En étant un sponsor actif et un fournisseur primordial pour les écuries des 24 heures du Mans, ou pour les Rallyes, Cibié s’était offert une visibilité sans pareille, bien aidée il est vrai par l’excellence technique de ses produits. Car derrière ce logo si connu, ces stickers sur les voitures de course de notre enfance, ces panneaux publicitaires au bord des circuits légendaires, se cachait un homme, Pierre Cibié, polytechnicien, inventeur passionné, qui aura déposer près de 150 brevets depuis son entrée dans la société créée par son père.

La société des Projecteurs Cibié a en effet été créée en 1919 par Léon Cibié, passionné lui aussi d’éclairage. Il avait commencé dans le « business » en 1903 en créant la société Astra, produtrice de phares électriques, notamment pour le théatre. En 1913, il réalise pour le compte de l’armée les premiers systèmes d’éclairage pour avions, permettant aux Spad et aux Farman du début de la guerre d’être les premiers à décoller et à voler de nuit. Durant tout le conflit, Léon va produire des phares pour l’aéronautique, mais avec la paix retrouvé, il lui faut réorienter son activité : ce sera la production de phares pour l’automobile. Adieu l’acétylène jusqu’alors la norme pour les voitures, vive les phares électrique de la société Cibié.

Autodidacte, Léon voulait que son fils Pierre, bon en math, fasse Polytechnique ! Pierre se laissera faire, et il avait raison : lui aussi deviendra passionné par l’invention. Lorsqu’il intègre la société paternelle, en 1930, il va dynamiser l’entreprise grâce à de nombreux brevets. En 1931, il déposait un brevet sur la lumière polarisée, puis en 1933 celui sur la répartition optique des stries sur la glace du phare. En 1936 il invente le régloscope, un appareil de réglage des optiques encore utilisé aujourd’hui. En 1947, Pierre Cibié dépose le « code européen », premier système de réduction de l’éblouissement lors des croisements (un système adopté par l’Europe entière en 1957). Enfin, en 1956, il lance le premier phare rectangulaire (qu’on retrouvera ensuite sur la Citroën Ami6 en première mondiale en 1961) : ce nouveau type de phares ouvrira de nouveaux champs stylistiques aux designers de l’époque.

De 100 salariés en 1930, la société va grossir jusqu’à atteindre 4000 salariés en 1972. En outre, Cibié va devenir le leader français de l’éclairage grâce à l’intelligence de Pierre Cibié qui prendra le contre-pied de ses concurrents en se concentrant sur le marché de la « première monte » au lendemain de la guerre, au lieu de faire son beurre sur « l’after-market » : certes, le marché de la remise en état des véhicules après la guerre était lucratif à court terme, mais Cibié visait le long-terme, gagnant la confiance des constructeurs. Naturellement, une fois en première monte, cela permettait de gagner le marché de la pièce de rechange par la suite ! En 1970, Cibié devance largement Marchal et Ducelier, produisant 10 millions d’optiques.

Pierre Cibié, homme de conviction et d’implication, fut aussi à l’origine de la normalisation, travaillant avec l’Europe naissante au sein de commissions techniques dédiées aux systèmes d’éclairage et à la signalisation. Il sera aussi, jusqu’en 1975, le président de la FIEV (Fédération des Industries d’Equipements de Véhicules).

Et puis cet éclair de génie, dans les années 60 et 70, à s’impliquer en course automobile à une époque où chaque jeune permis se rêve déjà en pilote, s’exerce sur la Renault 8 de Papa en lui rajoutant des projecteurs Cibié et leurs célèbres cache-phare. La Coupe Gordini, les 24 heures du Mans, les épopées d’Alpine en endurance ou en Rallyes : autant de moment partagés avec un public passionné qui naturellement penchait vers Cibié plutôt qu’ailleurs.

En 1977, Pierre Cibié décide de prendre sa retraite, et la marque Cibié sera revendue à la SAFF (Société Anonyme Française du Ferodo) qui deviendra Valeo en 1980, et qui en est toujours l’actuel propriétaire. Avec la généralisation des anti-brouillards « de première monte », les projecteurs Cibié perdront de leur aura auprès du grand public, tout en restant un founisseur de premier. Pour les jeunes générations, ces quelques lettres sur un cache-plastique ne sont plus synonymes de sportivité, mais auprès d’une frange de quadra et quinqua un peu fous, Cibié reste légendaire (et c’est fortiche pour une marque de phares, moi je vous le dis) !

Quand à Pierre Cibié, il est mort de sa belle mort en 2006, à l’âge de 98 ans. A 95 ans, il continuait à faire 400 mètres de natation par jour, et travaillait à un chargeur de téléphone portable utilisant la foulée du pas (lire aussi: l’article du Parisien sur Pierre Cibié).

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10 commentaires

Joris Dabin

Le 22/07/2017 à 16:46

Passionnant.

Quentin R.

Le 22/07/2017 à 18:25

Pierre Cibié a longtemps rouler en Citroën SM… un type qu’avait du goût quoi.
Petite erreur toutefois: le premier phare rectangulaire (ou oblong) n’apparu pas en premier sur l’Ami 6 mais sur la Ford Taunus P3 en octobre 1960 alors que la française fut présentée en avril 1961… C’est l’équipementier allemand Hella qui fournira la marque à l’ovale.

Paul

Le 22/07/2017 à 18:30

tu as raison Quentin, mais le brevet, lui, déposé en 1956 par Cibié, fut le premier 😉

Quentin R.

Le 22/07/2017 à 19:51

Bien… Je dormirais moins c.. ce soir. 😉

Benjamin

Le 22/07/2017 à 18:36

Et bein heureusement que j’ai pas trop avancé dans mon article :p
Reste Marchal !

Paul

Le 22/07/2017 à 18:51

tu veux dire que ton article est… Cibié sous terre ? ok je sors de moi-même de mon propre site ! 😉

Wolfgang

Le 24/07/2017 à 21:19

Pas mal ! Tu peux rester.

Rayan

Le 22/07/2017 à 23:37

Belle histoire

Wolfgang

Le 24/07/2017 à 21:21

Le chat Marchal c’était classe aussi.

L’avenir c’est maintenant les phares au laser.

Kryss

Le 11/10/2018 à 17:20

Si je puis me permettre :
Un petit film d’époque, pour illustrer ce texte :

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