Citroën Ami8 : un sparadrap dans la gamme

Vendredi 12 juillet 2019
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Ne nous y trompons pas, l’Ami8 est un modèle de circonstance plus qu’un plan prévu de longue date. Tout découle de l’Ami6 qui vient combler en 1961 le vide chez Citroën entre la populaire 2CV et la grande DS. Cela ne suffit pourtant pas, et la marque aux chevrons conserve une gamme très déséquilibrée par rapport à la concurrence, alors que le marché se segmente de plus en plus. La marque aurait pu habilement combler les manques avec Panhard, rachetée totalement en 1965. Pourtant, Pierre Bercot, le patron d’alors, préfère tuer la marque du quai d’Ivry que de combler les trous avec des modèles qui ne viendraient pas de Javel. Face à la baisse des ventes de l’Ami6 (surtout dans sa version berline) et en attendant la GS un peu plus haut dans la gamme, Citroën va donc bricoler une “nouvelle” voiture : l’Ami 8.

Stylistiquement, l’Ami6 dessinée par Flavio Bertoni est particulièrement originale, avec sa vitre arrière inversée, mais l’effet de surprise passé, les ventes s’essoufflent. Pire, le dessin vieillit prématurément et dénote au milieu des 2CV et DS au style “fastback” ou du moins “deux volumes”. D’ailleurs, les constructeurs du monde entier ne s’y sont pas trompés, et seul Ford avec l’Anglia (popularisée depuis par Harry Potter) aura adopté la même configuration. Sur le marché français, les carrosseries “deux volumes” ont le vent en poupe, surtout chez Renault avec les Renault 3 et 4, la Renault 16 et la Renault 6 (à partir de 1968). Si Peugeot reste très conservateur avec ses voitures à coffre, Simca en revanche s’y met à partir de 1967 avec la 1100

Une nouvelle berline mais très peu de moyens

Alors que d’énormes moyens sont engagés par Citroën dans les projets de moteurs à piston rotatif (M35 et future GS Birotor) mais aussi dans le projet G (future GS) et le projet L (future CX) préfigurant la montée en gamme de la marque, il ne reste pas grand chose pour redresser la barre entre la Dyane (qui doit à terme remplacer la 2CV qui pourtant, ironie du sort, lui survivra) et la DS tout juste restylée. Heureusement le break Ami6 se vend plutôt bien, preuve qu’une ligne plus sage pourrait être la solution idéale, un bon sparadrap.

C’est Robert Opron qui va superviser la nouvelle Ami qui prendra le chiffre 8 comme pour mieux faire croire à une montée en gamme. Sans aller jusqu’au hayon comme chez Renault, Opron va opter pour une solution simple et efficace : une pente douce du toit jusqu’au cul. N’allons pas jusqu’à dire que l’Ami8 ressemble à une sportive, mais cette configuration lui donne une allure plus moderne et surtout moins baroque que l’Ami6.

L’Ami8 existe aussi en break (en haut) et break Service (en bas)

Ami6 restylée

Malgré un volume plus important, l’Ami8, tout comme l’Ami6, n’est tout bonnement qu’une grosse 2CV. Avec son bicylindre M28 de 602 cc et 35 chevaux (SAE) seulement, difficile de réaliser des pointes de vitesse mais il reste une clientèle fidèle pour ce genre de véhicule placide. Les ventes reprennent, d’autant qu’une version break (très proche de l’Ami6) complète l’offre à son lancement en mars 1969. 

L’Ami Super est équipée du 4 cylindres Boxer de la GS

Ainsi commence la carrière de l’Ami8, comme une transition en douceur, un restylage de circonstance. Chez Citroën, on pense que les jours seront meilleurs prochainement, malgré l’échec de la fusion avec Fiat. Cependant, on sait aussi que l’Ami8 est à la peine face aux Renault 6, Simca 1100, Peugeot 204 et 304. La GS est désormais sur les routes (depuis 1970) et il serait temps de muscler un peu l’Ami 8. C’est ainsi qu’est lancée l’Ami Super en 1973, dotée du 4 cylindres Boxer de la GS, un 1 015 cc de 55 chevaux. De quoi offrir un bond en performances, certes, mais aussi en consommation. La crise pétrolière de 1973 suite à la guerre du Kippour rendra l’offre beaucoup moins rentable que prévu. L’Ami Super ne restera au catalogue que jusqu’en 1976. L’Ami 8, elle, fera de la résistance jusqu’en 1978.

De l’Ami8 à la Visa

Entre temps, Citroën est passée sous la coupe de Peugeot. Grâce aux premiers “partages de plateformes”, l’offre s’élargit : La 2CV est épaulée par la LN, la GS prend son rythme de croisière, la CX aussi, la marque gagne à nouveau de l’argent (son redressement est spectaculaire sous la houlette des Peugeot) et on songe enfin à donner une descendance à l’Ami8. Ce sera la Visa, sur une base de Peugeot 104. En 1978, la dernière Ami8 tombera des chaînes après 755 925 exemplaires : moins que l’Ami6, mais un score honorable pour une rustine.

Aujourd’hui, les 2CV voient leur cote s’envoler, tandis que les Dyane montent aussi. L’Ami6 si baroque conserve un noyau de fidèle et coûte elle aussi relativement cher, grâce sans doute au dessin de Bertoni. L’Ami8, elle, végète alors qu’elle arbore toutes les “qualités” et les “défauts” de la 2CV : bicylindre (sauf l’Ami Super, on l’a dit), haute sur patte, louvoyant sur les routes, passant partout, distillant ce charme inimitable des Citroën d’entrée de gamme, le tout pour un tarif trois fois moindre qu’une Ami6. Le plaisir n’est pas qu’une question de look.

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4 commentaires

NAMBOT Maxime

Le 12/07/2019 à 22:23

Bonjour,
Super article merci ! Si vous recherchez une voiture pour une vidéo, j’ai la cha’ce de posséder 2 ami 8, et bientôt une ami super. Dons la plus vieille ami 8 connue, une bouton d’or de la première semaine de production, en cours de restauration, et ami 8 club, blanche du 2ème mois de production, avec seulement 37 000km d’origine. Petite particularité, j’ai eu cette voiture il y a 2 ans pour mes 18 ans, la voiture ne roulait pas, j’en ai aujourd’hui 20 et j’ai le plaisir de pouvoir la conduire les week-ends en revenant de l’université !

Fraberth

Le 13/07/2019 à 10:42

Tu parle de rustine, mais finalement c’est presque une vision allemande de l’évolution automobile: on garde ce qui marche (ici par manque de moyens) et on améliore ce qui pose problème sur l’ancien modèle (ligne, puissance)
Quasi 800 000 exemplaires pour un simple gros restylage , ça ne devait pas être bien cher
En tout cas là le bleu vert métallisé présent sur deux photos est splendide (devant le bâtiment en briques et dans le sable)

Paul

Le 13/07/2019 à 17:33

pas faux…

Antoine

Le 16/07/2019 à 18:35

Voilà un article qui tombe à pic alors que justement j’ai ressorti mon break 70 jaune de sa léthargie ce matin.
Parfois il ne faut pas crier sur tous les toîts que l’Ami 8 est une bonne affaire 😉
Et si elle était supérieure à la 2CV en son temps, elle l’est toujours aujourd’hui : position de conduite mieux adaptée à notre (grande) génération, visibilité au top et des performances plutôt meilleures en raison d’un aérodynamisme forcément supérieur qui fait toute la différence entre 90 et 110 km/h.
Pour le reste : suspension bondissante qui absorbe tout (surtout les premières versions…) ; bicylindre ultra rageur et pointu et une tenue de route incroyable qui fait glisser les fesses sur le skaï tandis qu’on s’aggrippe au volant monobranche (de DS sur les premières versions…)
Bref, rouler en Ami 8 est un plaisir totalement égoïste (les passagers vous maudissent…), iconoclaste, ultra sympathique et totalement snob (toute remise en état propre dépassant de loin la valeur de l’auto).
Songez qu’on en croise moins que des Type E sur n’importe quel rassemblement…

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