Citroën C15 : le mystère de sa longue genèse

Jeudi 22 mars 2018
Retour

Ne cherchez même pas à contester : la Citroën C15 est sans doute la voiture la plus cool qui existe au monde. Quelle que soit sa version, récente ou ancienne, essence ou diesel, cabossée ou bichonnée, campagnarde ou revendicatrice (si si bientôt on en verra qui pavaneront en ville au volant d’une C15), quoi qu’il arrive increvable et passe partout (4 roues motrices ? Pourquoi faire ?), la C15 est la bagnole ultime, celle qui ne se prend pas au sérieux tout en rendant service, qui transforme sa tronche bizarre en look inimitable, bref, celle qu’on aime autant qu’une sportive avec plein de chevaux dedans. On en avait déjà fait le panégyrique ici (lire aussi : Citroën C15, c’est collector), mais on s’est dit qu’il serait bon de voir à quoi elle ressemblait au berceau, cette bonne à tout faire qui finira par devenir star.

Ce n’est qu’en mars 1984 que le public français (notamment entrepreneurs, commerçants et agriculteurs, tous « cœur de cible comme on dirait aujourd’hui) découvre cet inimitable petit utilitaire léger. Il mettra ensuite plus de vingt ans à s’installer dans le paysage, s’offrant au passage 1 181 471 clients. Et encore aujourd’hui, 12 ans après sa fin de fabrication, la (ou le, c’est à vous de choisir) C15 n’en finit pas de hanter nos départementales, nos chemins vicinaux, et parfois même nos champs quel que soit le temps.

Comme il m’arrive d’être un peu obsessif (et que j’habite un pays de C15), je me suis posé une question existentielle : alors que la Visa est sortie en 1978, pourquoi avoir attendu plus de 6 ans pour lui offrir un dérivé officiel. Chez Citroën, si on a plus la réponse (les responsables d’alors ne sont plus là pour en parler), on a des archives, livrées ici pour vous. Et elles mettent la puce à l’oreille.

Les premiers dessins et les premières maquettes datent de 1977 ! La ligne est due à Jean-Claude Bouvier, qui suivra le projet jusqu’à son aboutissement. D’autres maquettes sont, elles, datées de 1980, comme l’indique l’une des photos prise à la Ferté. C’est la question cruciale que je me suis posée un après midi ! Pourquoi donc la Citroën avait mis autant de temps à accoucher de cette C15 ! Et là, tout à coup, j’ai compris.

Remontons le temps : en 1977, la Visa s’apprête à être lancée (elle paraîtra un an plus tard). Celle qui remplace le projet Y jugé sans doute trop Citroën et balayé d’un revers de la manche par Peugeot (mais recyclé en Roumanie par l’entremise du patron de Citroën de l’époque, Georges Taylor, né à Bucarest, lire aussi : Oltcit Club / Citroën Axel) est une voiture symbolique : elle signifiait la vraie première collaboration entre Peugeot et Citroën (mettons à part l’anecdotique LN / LNA). En tant que nouveau modèle, elle semble idéale pour « porter » la charge de l’utilitaire léger au sein du groupe. Commencent alors les études d’un dérivé de ce type, et c’est Bouvier qui s’y colle.

En rachetant Chrysler Europe, PSA se retrouve avec deux utilitaires légers qui feront le job en attendant mieux, le VF1 et le VF2

Que s’est-il passé entre temps ? Alors que la Visa est lancée, et que les études se poursuivent sur la future C15, se passe un événement imprévu : Peugeot rachète en 1979 la partie européenne de Chrysler, un peu par opportunisme, un peu par gourmandise, et un peu pour se protéger du spectre de la victoire de la gauche et des nationalisations qui pourraient s’en suivre (lire aussi : le rachat de Chrysler Europe).

Sur cette planche, on découvre un intéressant dérivé Peugeot

C’est en y repensant que la lumière m’est venue ! En rachetant Chrysler Europe, Peugeot se retrouve alors avec un utilitaire certes vieillissant, dérivé de la Simca 1100, mais encore fort sur le marché : le duo VF1/VF2 (qui donnera naissance à la Rancho dans sa version « loisir », lire aussi : Matra Rancho). Tout à coup, ces deux utilitaires (le VF1 n’avait pas la partie arrière surélevée, le VF2 si, pour plus de volume utile) me reviennent en mémoire : on en voyait encore beaucoup au début des années 80. Il faut ménager la chèvre et le chou, ne pas déshabiller Paul pour habiller Pierre, et les VF 1 et 2 vont continuer à être fabriqué jusqu’en 1985, sous les marques Simca puis Talbot.

Plus en détail, l’étude d’une version Peugeot du C15

D’autant qu’entre temps, conscients du faciès un peu repoussant de la Visa, les pontes de Citroën emmenés par Xavier Karcher décident de reprendre leur copie pour offrir à leur bagnole une tenue plus décente, en supprimant ce groin qui fait aujourd’hui le bonheur des collectionneurs. Sans être annulé, le projet C15 est repoussé sine die, le temps de laisser « vieillir » la VF et de restyler la Visa. On tente aussi, d’ailleurs, de dessiner un dérivé Peugeot (cf. Photos) qui ne viendra jamais (à quoi bon ?).

Pendant que la Visa reprend des couleurs en 1982, et que la VF rentre dans le 3ème âge, il est enfin temps de lancer le mythe, notre fameuse C15. Après avoir cherché à lui donner un visage différent de sa sœur Visa, elle en reprendra le museau restylé, pour ne quasiment plus bouger pendant 20 ans. Ainsi, la concordance du relatif échec de la Visa I, du rachat de Chrysler Europe et de la présence dans la gamme d’un utilitaire du même type déjà rentabilisé aura retardé le lancement du C15 à cette année 1984.

A question existentielle, article exceptionnel.

Merci 1000 fois à l’Association l’Aventure Peugeot-Citroën-DS pour la fourniture exceptionnelle de ces photos. L’accès aux archives se fait ici : Archives de l’Aventure Peugeot-Citroën-DS

Crédit photographique : Fond de dotation Peugeot pour la mémoire de l’histoire industrielle (tous droits réservés)

Galerie d'image

Voir toute la galerie

Contenu alimenté par

Vous possédez une

auto de collection

Racontez votre histoire et soyez publié dans Classic & Sports Car

Découvrez le meilleur moyen de bien vendre votre Auto

Vendre

Vous recherchez une

auto de collection

Faites appel à nous pour trouver la meilleure auto

Articles associés

29 commentaires

L'abbé Taillere

Le 22/03/2018 à 18:25

L’éphemere 205 F ne peut elle pas être considéré comme la sœur Peugeot du C15…..
Sans oublier une autre concurrente insolite la 205 XAD multi produite par Durisotti si je me souviens bien….

Paul

Le 22/03/2018 à 18:36

J’y viens, à cette F 😉

Olivier

Le 22/03/2018 à 19:41

Et la 205 XAD multi ?

fc30

Le 22/03/2018 à 19:07

Je crois que la 205F a d’ailleurs des portes arrière de C15…
Quant à la non déclinaison du C15 en version Peugeot, c’est peut être aussi parce que, contrairement à Citroën (2CV, Acadiane…), il n’y avait pas de tradition de petit utilitaire dans la gamme ; à la place, il y avait des breaks tôlés (les 305 étant les dernières de l’espèce).
A noter qu’il y a un autre lien entre le Simca VF (dérivée de la 1100) et le C15 : brièvement, en 1987 (transition entre les blocs XY et TU), celui-ci a reçu des moteurs Simca 1118 et 1294 cm3.
Merci pour cet article très intéressant et ses images d’archives superbes.

Grégory Lopez

Le 23/03/2018 à 07:54

205 F produite chez Gruau à Laval: en 1995 j’avais visité l’usine il y en avait quelques unes. Patrick Gruau nous avait bien confirmé que c’étaient des portes arrières de C15 pour s’éviter le coût de développement très élevé de portes spécifiques.

Eddy123

Le 22/03/2018 à 20:49

Elle en avait les portes arrieres… 🙂

Eddy123

Le 22/03/2018 à 20:51

Excellent la version Peugeot du C15 lui meme porteur de la plateforme et train arriere Peugeot….

Max

Le 22/03/2018 à 19:05

Et l’Acadiane, dans tout ça ? Lancée en 1978, 11 ans après la berline, en même temps que la première Visa et donc un an…après les premières esquisses du C15. Elle a même cohabité quelques années avec ce dernier. Comme si Citroën avait voulu en faire un modèle de transition entre la vénérable fourgonnette 2 CV (disparue en 1978) et sa vraie remplaçante, le C15.

Lexpert

Le 22/03/2018 à 19:27

Oui je pense que plutôt que pour préserver les VF en fin de vie (personne ne s’est soucié de préserver la Tagora, hahaha), c’est pour ne pas cannibaliser l’Acadiane et pour attendre la phase II de la Visa que le C15 n’a débarqué qu’en 1984. Il faut aussi se rappeler qu’au début des années 80 les finances étaient exsangues et la situation sociale instable chez PSA. Sans doute pas la priorité de s’occuper de ce C15.

24heures

Le 22/03/2018 à 22:24

Je suis moi aussi en phase avec cette hypothèse. Je ne crois pas non plus à la préservation des VF, qui devenaient (esthétiquement plus que techniquement) dépassés.

Adrien C

Le 23/03/2018 à 12:07

Oui, tout à fait d’accord. C’était surtout parce que l’Acadiane était commercialisée depuis peu et que les finances étaient exsangues que PSA a décalé le C15, pas tellement pour conserver les Talbot VF1/VF2, à la diffusion très limitée au début des années 80…

Paleine

Le 22/03/2018 à 20:38

Sacré C15, il avait sur la neige des capacités hors normes que n’ont pas ses successeurs Berlingo/Expert (Vérifié maints hivers en Chartreuse). Question de liaisons au sol, de configuration des pivots ou autre…
Le modèle pourvu d’un différentiel à glissement limité était encore plus impressionnant !
Vraiment une voiture qui aura compté !

Whealer

Le 23/03/2018 à 00:03

Effectivement, le C15 est hype ! Il a été notamment transformé en pick-up (Teilhol) en 4×4 (Dangel), Mais le graal est assurément le C15-6.
Qui connaît le nom du transformateur ?
http://club.caradisiac.com/whealer/chevroen-121931/photo/citroen-c15-6-6201166.html

24heures

Le 23/03/2018 à 09:17

Il a aussi existé en camping-car…

Alain

Le 23/03/2018 à 18:45

Il y a eu aussi Chausson qui a transformé le C15 en 6 roues. J’ai travaillé dessus lors d’un stage école.

eric mercoeur

Le 23/03/2018 à 08:32

Le C15 LE Véhicule qui a rapporté le plus d’argent à Citroën et Psa ce qui n’a pas empêché la marque de déverser de l’amiante sur les routes et sur les chaînes de production avec le C15 jusqu’au dernier jour à minuit le C15 est une grosse merde

Matthieu

Le 23/03/2018 à 11:35

Le C15 pour moi c’est le véhicule de mon grand père. Je l’ai toujours vu arpenter la campagne (berrichone!) dans son C15D à 4 vitesses qui date de quelque part entre 1984 et 1986. Il ne prenait que rarement la BX 19 TRD de 1985, c’était plutôt ma grand mère qui roulait avec. Il avait acheté les deux neufs, maintenant le C15 est à un oncle mais va probablement finir en casse (la rouille aurait fortement endommagée la bête), et c’est moi qui ai hérité de la BX. Malgré ma haine viscérale du diesel je l’aime, c’est quand même la première main de mon grand père et en plus une BX phase 1 ce qui suffit à faire craquer un amateur de bizarreries!

Adrien C

Le 23/03/2018 à 12:04

Bonjour,
Photos intéressantes… Mais je suis surpris que dans « le mystère de la longue gestation du C15 », vous n’évoquiez même pas l’Acadiane, produite de 1978 à 1987 par Citroën ! C’est quand-même un élément majeur à prendre en compte et pas seulement les Talbot 1100 VF1/VF2, dont la diffusion était marginale au début des années 80.
Par ailleurs PSA a racheté Chrysler Europe à l’été 1978 et non en 1979 comme mentionné…

tataye

Le 23/03/2018 à 12:36

j’ai eu un c15 a moteur talbot ,celui de l’horizon je crois.750kg de charge utile contre 500 pour les moteur essence visa

molodoï

Le 23/03/2018 à 13:47

Pourquoi Citroen n’a pas mis le bicylindre 652 cm3 ? Ce moteur pouvait être commercialisé en carbu jusqu’en 1992….

Quentin R.

Le 27/03/2018 à 20:01

Il est bon de rappeler que le C15 est une idée de l’ingénieur André Estaque, ayant travaillé pendant 40 ans chez Citroën.
Au début des années 80, Heuliez avait imaginé des versions Peugeot et Citroën de la 1100 VF2.

Vincent DK5

Le 27/03/2018 à 23:31

Pour répondre Gruau a produit à la fois la 205 multi avec sa ligne de 205 « van » assez jolie pour un utilitaire, et la 205F.
Un de leurs inconvénients à ces dernières était leur carrosserie arrière en fibre de verre, bien moins résistantes aux coups (et un util’, ça en prend pas mal) que la caisse d’un express ou C15.
Et j’ai d’ailleurs deux souvenirs de ces modèles bigornés: une F à la caisse pulverisée suite à un refus de priorité, et un C15 continuant sa vie bigorné du montant arrière par une remorque compresseur qui s’était detachée de son attelage en pente. Le pauvre C15 garé en contrebas et deja bien usé impressionnait avec sa balafre de rouille,mais ne jurait guère parmi ses compagnons aux portes arrière bien souvent balantes, soumis aux rudes épreuves des travaux publics et leurs gravats, pelles et engins en tous genres chargés à la hâte.
De vrais besogneux !!! (mention spéciale aux Renault « B »!!!)

Vincent DK5

Le 28/03/2018 à 08:39

Et, pour ajouter à la justification peu probable des utilitaires simca (du moins surtout pour la break tolée) : n’oublions pas la 305 break « service » commercialisée durant quasiment toutes les années 80 (elle survivra jusqu’au lancement de la 405break il me semble) et qui connut je pense un certain succès (à en voir le nombre qui circulait encore dans les années 90).
Dans une concurrence plus éloignée existait aussi dans la gamme la 504 pick up…

Jean-Michel

Le 08/04/2018 à 23:34

Le C15 a reçu des moteurs Simca/Talbot parce que fabriqué en Espagne. Il en était de même pour les premières Peugeot 205 et 309 fabriquées dans ce pays.

Benjamin

Le 05/09/2018 à 13:55

Détail amusant, la version Peugeot avait des optiques de 2cv (ou alors ca y ressemble)

Laisser un commentaire