Citroën GS Birotor : la fin des illusions !

Mercredi 26 août 2015
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Il serait faux de dire que la GS provoqua la chute de Citroën et son rachat par Peugeot. La réalité est plus complexe, mais il est sûr que l’aventure du moteur rotatif contribuera beaucoup à la faillite de la firme aux chevrons. Mais raconter l’histoire de la GS Birotor, c’est raconter l’histoire d’un pari technique raté, et la création d’un groupe automobile d’importance : PSA !

La M35, prémices de la GS Birotor !
La M35, prémices de la GS Birotor !

Je ne vais pas vous refaire l’article sur l’image avant-gardiste de Citroën. C’était déjà le cas depuis la Traction Avant, ça l’était encore plus depuis le lancement de la DS en 1955. Les choix techniques et stylistiques de Citroën en font « LA » marque automobile innovante. Les ID et DS sont l’image même de la France conquérante, indépendante et en pleine croissance, celle d’une France fière et gaulliste.

La NSU Ro 80 lancée en 1967, et équipée quasiment du même moteur que la GS Birotor !
La NSU Ro 80 lancée en 1967, et équipée quasiment du même moteur que la GS Birotor !

Mais ces années 60 seront fatales à Citroën, malgré l’imaginaire populaire d’une marque trustant les podiums avec ses 2CV, DS et Ami6. Malgré la présence de Michelin, firme prudente et familiale, au capital, Citroën va dilapider son capital en peu de temps avec deux aventures improbables : celle du haut de gamme avec Maserati (lire aussi : Maserati Khamsin), mariage qui donnera naissance à la SM (lire aussi : Citroën SM); celle enfin du moteur rotatif, en association avec NSU, qui donnera naissance à la M35 (lire aussi : Citroën M35) et à la GS Birotor qui nous intéresse.

Birotor 01

C’est à Pierre Bercot (fossoyeur de la marque Panhard, lire aussi : Super Panhard 24 CT) que l’on doit cette aventure « rotative ». L’idée n’est pas idiote : le moteur rotatif de type Wankel s’avère être une option technique intéressante, éliminant notamment toute vibration intempestive. La marque allemande NSU s’y intéresse aussi et les deux constructeurs décident de s’allier pour développer cette nouvelle technologie : en 1964, la société Comobil, joint-venture avec les deux marques, est créée à Genève pour étudier et développer la réalisation de modèles équipés d’un moteur rotatif. En arrière-plan, Michelin a déjà tenté de se rapprocher de Peugeot pour une éventuelle alliance « entre familles provinciales », mais l’affaire ne se fera pas. Citroën rachètera défintivement Panhard en 1965 et semble encore promise à un destin radieux.

Birotor 02

NSU s’apprête à lancer en 1967 la première voiture européenne équipée d’un moteur rotatif, la Ro 80 (Ro pour rotatif, vous l’aurez compris). L’alliance avec Citroën a donné suffisamment d’espoirh pour lancer au Luxembourg la société Comotor SA, qui sera chargée de la production des moteurs pour NSU et Citroën. Mais la situation n’est pas si rose. NSU malgré son dynamisme technique, est exsangue, et Volkswagen rachète la marque en juin 1969. Coup dur pour Citroën, qui poursuit à investir seul, sans l’aide du nouvel allié allemand (qui n’était de toute façon pas chaud pour le rotatif). Pire, entre le rachat de Maserati et les investissements dans le rotatif, les finances sont au plus mal. Dès 1968, Michelin est prêt à laisser la main à Fiat, qui monte au capital petit à petit. Encore une société familiale avec laquelle on peut s’entendre, pensent les Michelin. L’Etat y mettra toujours son veto, mais Bercot lui-même refusera toujours (par orgueil?) que l’allié italien absorbe Citroën.

Birotor 06

Malgré ces premières alertes, Citroën investit toujours plus dans cette voie d’avenir qu’est le rotatif. Malgré les ventes anecdotiques de la Ro 80, Citroën lance (en test) une M35 équipée d’un moteur « Comotor » (avec un seul rotor). Et malgré cet échec (jamais les 500 exemplaires envisagés ne seront atteints), Citroën persiste et propose en 1973 une version luxueuse et performante de sa berline GS lancée en 1970, équipée d’un moteur rotatif Comotor : légèrement différent de celui de la NSU Ro 80 (des carburateurs différents, rendant le moteur de la GS légèrement moins puissant, 107 ch contre 115 pour la Ro 80), il partage la même base « birotor ».

Birotor 03

Comme souvent, le calendrier n’est pas bon : la GS Birotor, dont la particularité reste une consommation excessive, tombe en pleine crise pétrolière. Pour Citroën, rien ne va plus : les caisses sont à sec après les échecs successifs, la baisse des ventes de l’ensemble des modèles, le coût trop important de l’aventure du moteur Wankel, la DS vieillissante, la SM trop compliquée, Maserati comme un boulet, un actionnaire majoritaire désirant vendre, un actionnaire minoritaire (Fiat) indésirable. Citroën doit déposer le bilan malgré le lancement de la CX en 1974. Celle-ci devait recevoir un moteur rotatif birotor de 1,5 litres et 160 chevaux, elle se contentera des moteurs de la DS. Peugeot prendra le contrôle effectivement début 1975, et coupera toutes les branches mortes. Adieu GS Birotor, dont le logo représentait schématiquement son moteur, après seulement 874 exemplaires produits. Adieu aussi Maserati, et la SM trop gourmande…. Place aux modèles « sérieux », et à la collaboration : la première Citroën de l’ère Peugeot sera la LN, sur la plate forme de la Peugeot 104 (lire aussi : Citroën LN).

L'intérieur "cosy" de la GS Birotor, modèle haut de gamme !
L’intérieur « cosy » de la GS Birotor, modèle haut de gamme !

Aujourd’hui, trouver une GS Birotor relève de l’exploit, tant peu d’exemplaires ont traversé les années, et le coût d’achat risque d’être conséquent. Mais si vraiment vous être Citroënnistes à « mort », alors il s’agit bien d’un Graal à rechercher d’urgence : elle porte en elle toute l’histoire mouvementée du Citroën pré-PSA.

Images: Citroenet.org

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20 commentaires

J2M

Le 27/08/2015 à 14:15

La Birotor me fait toujours rêver et elle occupe une place à perpétuité (comme les concessions) dans mon Panthéon auto personnel.
Je n’en détiens hélas que la luxueuse plaquette publicitaire (épais papier glacé et superbes photos) ainsi que l’AJ du 15 avril 74, qui contient son essai par André Costa.
La première montre un dessin qui n’a pas vieilli. C’est la plus belle des GS, pace que présentée comme elle autarit toujours dû l’être (dedans comme dehors) et bien campée sur les roues et le train avant de la future CX, un peu à la manière de la MB 230 SL.
Le second est moins flatteur : la crise du pétrole a éclaté six mois auparavant, la CX va débarquer en août et l’entreprise est en cours de dépot de bilan.
« AC », qui a tout compris, nous livre quasiment un essai posthume, celui d’une voiture condamnée par les circonstances et il fait, à regrets, le constat objectif d’une impasse technique pour les mêmes raisons.
A part Mazda, tous ceux qui se sont frottés au rotatif ont bu ou failli boire le bouillon.
Il reste donc à Paul de compléter son excellent papier par l’essai de la Suzuki RE-5.
Elle aussi a failli emporter le constructeur d’Hamamatsu au fond du gouffre !

Paul

Le 27/08/2015 à 14:43

je note 😉 (et merci pour ces précisions intéressantes et bienvenues 😀 )

pierre

Le 27/08/2015 à 23:02

la Birotor aurait dû sortir sur une CX……..
et non une GS…….qui devenait deux fois + cher que les autres versions, en gardant le quasi meme look . A part quelques passionnés de techniques, il etait prévisible que peu mettrait aussi cher dans une voiture moyenne qui déjà en version de base ne défiait pas les lois des carnets de commande !

Sur une CX et au lancement (quelques mois les séparent) on aurait pu avoir une concurrente de la RO80 , une haut de gamme française , gavé de technologies et qui aurait concurrencer aussi pas mal d’étrangères………c’est une faute de + de la part de Citroen qui a accumulé les erreurs depuis le début 60 en renouvellant tres tardivement la ID/DS , laissé vacant les berlines moyennes (la GS est arrivée qu’en 1970), et s’est accroché à des petites berlines rudimentaires (2 CV; Dyane , AMI…..) dépassées, et en déployant des gammes qui n’avaient que peu d’interet et ne se vendait quasi pas hors hexagone.

Paul

Le 27/08/2015 à 23:04

C’est vrai, et c’est d’ailleurs précisé dans l’article que le Birotor était aussi prévu pour la CX, en version 160 ch… 😉

Paul

Le 27/08/2015 à 23:05

L’article d’ailleurs met l’accent surtout sur les problèmes financiers de Citroën que sur la technique pure… La M35 (prototype en fait), la GS Birotor et la future CX birotor n’ont pas étée soutenue pour des raisons financières surtout, ainsi qu’un environnement compliqué 😉

yigalev94

Le 04/11/2016 à 14:56

Oui exact..nnen tri rotor il me semble

J2M

Le 29/08/2015 à 14:45

Paul a raison. Citroën était tellement mal en point fin 74, que les coupes sombres furent rapides : Birotor, Ami Super, bas et milieu de gamme DS,SM. Ca tombait comme à Gravelotte, comme on dit ! Alors une CX Birotor, dans un tel contexte, c’était inconcevable. Il fallait produire, simplement pour ne pas perdre des clients et couvrir les frais. La base du commerce, quoi…

La CX 2200 Club, c’est à dire la variante plus puissante avec le moteur de la DS 21 à carbu ne sortit qu’en janvier 75, et sans DIRAVI. Et si l’on était exigeant sur la couleur ou les options, c’était au prix de délais de livraison à rallonge.

La DS 23 survécut jusqu’à Pâques, et le break jusqu’à l’été, mais confidentiellement. Plus personne ne voulait de ces trucs baroques !

J’ai le souvenir d’une réorientation industrielle complexe, difficile et loin d’être gagnée d’avance. et quand il fallut digérer (dans l’ordre) Talbot, le second choc pétrolier et les grèves de 82, l’effort fut tout autre…

Chapeau bas devant ceux qui ont traversé tout cela, et grâce à qui ces deux marques emblématiques existent toujours !

alain

Le 02/12/2015 à 21:35

Je posséde deux GS birotors ,dont le seul break ayant jamais existé au monde
je suis en train de restaurer une troisiéme pour un ami Citroeniste…

alain

Le 02/12/2015 à 21:38

Je peux mettre quelques photos ,mais comment procéder?

Paul

Le 02/12/2015 à 22:20

Impossible de le faire en commentaire… le mieux serait de me l’envoyer par mail… Envoyez moi un message par le formulaire de contact, je vous répondrais 😉

Pierre

Le 13/03/2016 à 18:47

Un jour elle trônera dans mon garage idéal, aux côtés d’une NSU Prinz, D’une Ro80, d’une M35, d’une Cosmo 11S, d’une Eunos Cosmo, des trois générations de RX-7 et bien évidemment, de Schtroumpfette ! (Ah, c’est beau de rêver !)

Paul

Le 13/03/2016 à 18:51

toi t’es un fou du rotor, ca compte pas ahahah

Pierre

Le 13/03/2016 à 19:23

Nan mais l’autre ! Méchant !

Vinnie

Le 01/06/2016 à 17:49

J’ai eu il y a quelques années un prof, au bord de la retraite, ex de chez Citroën bureau d’études qui me parlait de la M35. Certaines de ces voitures ont été prêtée par Citroën pour tester la fiabilité pendant quelques semaines voire mois, l’essence était payé par Citroën à chaque plein avec reçu de la station. Pour l’essentiel, les prêtées tournaient en région parisienne.

Emmanuel

Le 26/07/2016 à 15:19

Pour info : le 1er birotor commercialisé l’a été… par Mazda sur la Cosmo 110S ! La marque d’Hiroshima coiffe de justesse NSU avec la Ro80 qui avait, comme Citroën auparavant fabriqué un petit modèle mono-rotor la NSU Spider (tout court) après 1964. Mazda n’a toujours fait que des bi, tri voire quadri-rotors. Citroën et NSU ont fait du mono et du bi-rotor.
Alfa-Romeo a développé un moteur Wankel devant aussi être monté sur une Alfa-Sud. A la même époque les Américains de Curtiss-Wright travaillaient énormément sur ce moteur au gros potentiel pour l’aviation. Quant au Wankel il sera définitivement enterré chez Audi NSU en 1977, au grand dam des équipe de Félix Wankel qui ne pardonneront jamais « l’assassinat » du moteur bi-rotor injection KKM-471 prévu pour la Audi 100 au profit du 5 cylindres Audi défendu par un certain Ferdinand Piëch !

yigalev94

Le 04/11/2016 à 14:58

Mon pere a gardé la sienne jusqua 1987 ! Que de souvenir…le bruit…et la conso d huile looool (l huile etant un consommable pour elle)

David G

Le 17/04/2018 à 16:22

Bonjour , Ayant laisser un message resté sans réponse à une certaine émission de rénovation sur RMC… je vous remet ici un lien vers une annonce sur une GS bi rotor à sauver :

https://www.leboncoin.fr/voitures/1407143036.htm/?ca=12_s

J’espère vraiment que quelqu’un pourra la sauver!!!

Centlivre

Le 12/01/2019 à 11:58

NSU a bien sorti la première voiture à moteur rotatif mais c’était la NSU Spider en 1964 et ensuite la RO80 en 1967

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