Citroën ID 19 : la DS de l’ombre !

Publié le dimanche 8 novembre 2015.
Mis à jour le lundi 8 juillet 2019.
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Voilà deux jours que je roule en DS 5, et j’ai déjà écrit deux versions de l’article à venir, sûrement pas les deux dernières d’ici à la fin de la semaine prochaine. Il y a tellement de choses à dire que je les couche sur le papier pour éviter d’oublier certaines « fulgurances ». Je m’étais dit qu’en attendant la parution de cet article, il aurait été intéressant d’écrire un peu sur celle qui donne désormais son nom à une marque, la Citroën DS. Après tout, ce sont ses 60 ans cette année, à la mamie. Mais en fouillant un peu sur le net, je me suis aperçu que tout avait été dit ces derniers mois, avec talent (parfois), en survolant (souvent), et pas toujours avec exactitude.

ID 07

Plutôt que d’attaquer ce sujet si vaste, je vous propose de lire l’excellent article d’Alex Renault sur la genèse de la DS, qui à mon avis vous en apprendra beaucoup (lire : La genèse de la DS). Car entre temps, j’ai eu une idée… Pardon, une ID : pourquoi ne pas parler de la sœur de la DS, moins connue du grand public et pourtant… plus diffusée qu’elle ! Beaucoup parlent de la DS, de ses innovations, mais souvent, ils se souviennent d’un modèle ID familial et confondent les deux. La DS, par génie marketing ou par facilité historique, a croqué l’ID dans l’imaginaire populaire (et parfois même dans l’esprit des journalistes).

ID 09

Pour expliquer l’ID, il faut malgré tout reparler un petit peu des débuts de la DS. Lorsqu’elle est présentée au salon de Paris d’Octobre 1955, elle provoque l’hystérie d’un public conquis par l’aspect révolutionnaire de la voiture, et l’angoisse des concurrents qui voient leurs modèles prendre 20 ans d’un seul coup. Les commandes affluent dès le premier jour du salon. Il faut bien l’avouer : la DS19 innove en tous points (sauf son moteur) notamment grâce à l’hydraulique. Suspension, direction, freinage, boîte de vitesse, tout marche à l’hydraulique. Résultat, il faut presque réapprendre à conduire ! La DS se construisait sa légende.

ID 05 Break

Pourtant, son lancement ne se fera pas sans heurts : le liquide hydraulique utilisé, le LHS, a une fâcheuse tendance à corroder le métal et bouffer la peinture, provoquant de nombreuses fuites. Le LHS (de couleur rouge) sera amélioré au fil du temps, puis deviendra LHM (de couleur verte), réduisant à néant le risque de fuite. Les débuts de la DS19 furent marqués par les nombreuses pannes dues à ces fuites. Corollaire de ces fuites, on s’aperçut que le réseau Citroën n’était pas vraiment au point pour « soigner » les malades. Conscients que la carrière de la DS risquait d’être flinguée par ses propres innovations, les dirigeants de la marque décidèrent alors de lancer un modèle reprenant la même carrosserie innovante, mais moins asservie à l’hydraulique, moins luxueuse aussi, faisant ainsi d’une pierre deux coups : gommer l’expérience désastreuse des premiers clients, et rendre plus accessible sa grande berline, ça c’était de l’ID (surtout, l’amélioration du LHS à partir de 1959 arrangea grandement les choses).

ID 11 Familiale

L’ID apparaît en 1957. Extérieurement, c’est une DS malgré quelques petites différences. C’est au niveau technique que les choses diffèrent vraiment. L’ID19 a un moteur moins puissant, le 4 cylindres Série D de 1,9 litres et 66 ch, avec carbu simple corps (double corps sur la DS), mais elle reste aussi performante que la DS19 grâce la perte de poids engendrée par sa simplification. Seule la suspension est hydraulique, alors que direction la direction redevient classique, tout comme le freinage (elle récupère d’ailleurs une pédale « normale »), tandis que la boîte de vitesse redevient manuelle avec une pédale d’embrayage classique. L’aménagement intérieur perd en luxe par rapport à la DS, et la première finition (la plus dépouillée) de l’ID prendra ironiquement le nom d’ID19 Luxe. Là encore, les génies du marketing Citroën ont frappé juste !

L'ID recevra le même restylage que la DS en 1968
L’ID recevra le même restylage que la DS en 1968

Au fil des ans, les finitions de l’ID évolueront, mais restant toujours un cran en dessous de la DS. En 1969, l’ID20 un peu plus puissante complète la gamme, puis l’année suivante, le nom ID disparaît, l’ID19 devenant DSpécial, et l’ID20 DSuper. Les deux modèles seront fabriqués jusqu’en 1975, tout comme la DS. Pour être sûr de différencier une DS d’une ID (et ses dérivés D Super/Spéciale), il y a un moyen simple : la DS a toujours les chevrons dorés, tandis que l’ID a les chevrons argentés ! La pédale de frein vous permettra de confirmer votre intuition : pédale classique pour l’ID, pédale « champignon » pour la DS. Enfin, l’ID n’a existé qu’avec une boîte manuelle. Il existe cependant tous les dérivés possibles de l’ID : le break bien entendu, mais aussi le cabriolet « usine » produit par Chapron (lire aussi : Citroën DS/ID Cabriolet usine).

La DSuper5 sera la plus puissante des ID
La DSuper5 sera la plus puissante des ID

Parlons chiffres de production maintenant. Les DS/ID ont été fabriquées entre 1955 et 1975 à 1 455 746 exemplaires tous modèles confondus. Selon wikipedia (à prendre avec des pincettes donc), l’ID a été fabriquées à 835 666 exemplaires. Une simple soustraction permet de voir que la DS est battue sur le plan comptable. A noter d’ailleurs que l’ID a été produite dans une version ID Parisienne en Australie, de 1961 à 1966 (AM 67) entre 1350 et 1500 exemplaires au total, une version à collectionner tout particulièrement pour être encore plus Boîtier Rouge.

A lire aussi l’excellent site Le Nuancier DS riche d’informations rares : www.nuancierds.fr

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6 commentaires

poum

Le 08/11/2015 à 20:33

Juste pour le plaisir des yeux et des oreilles, une petite vidéo avec une ID en guest …

(Via Blenheim Gang)

professeur tournesol

Le 09/11/2015 à 11:20

les premieres ID etaient tres en retard coté puissance et performances, par rapport à des Taunus 20 M, Rekord ou surtout les italiennes (Fiat 1800 puis 125…..) ,
la meilleure des ID fût sans contexte l’ID20 (ou DSuper) mieux motorisée, avec des réglages de suspension proche des DS (un peu moins souple que l’ID) et un meilleur equipement.
Beaucoup connues et vendues en France (en Ambulances surtout) ces ID ont fait les ventes dans l’hexagone, avant l’arrivée des CX.

Greg

Le 09/11/2015 à 15:23

Citroën, dans son « effort » pour dépouiller l’ID de tout ce qui coûtait cher sur la DS, avait supprimé la garniture du pavillon en fibres de verre, ce qui le rendait translucide.
Problème: quand il faisait bien froid dehors, il arrivait que l’air réchauffé de l’habitacle condensât à grosses gouttes au contact du toit glacé, occasionnant une pluie que l’on imagine aussi surprenante que désagréable…

Greg

Le 09/11/2015 à 15:40

La postérité crédite la DS de victoires nombreuses et retentissantes en rallye.
Et, comme de bien entendu, ces victoires sont le fait des ID et non des DS.
Les pilotes, professionnels et amateurs, préféraient la version simplifiée avec sa commande de boite mécanique et son freinage « normal ».
Dans les épreuves difficiles, Monte Carlo, Neige et Glace, Rallye du Maroc, la magie de la suspension hydro compensait les piètres performances du tournebroche hérité de la Traction…
Ceci, tant que les voitures de rallye demeuraient des voitures de série avec des numéros sur les portières…
La course à l’armement a renvoyé l’ID sur le banc de touche, le service compétition faisant rentrer « la vraie » DS dans la partie pour bénéficier des dernières évolutions moteur.

Jb Bessirard

Le 16/01/2017 à 19:46

Pas tous loin de là Bob Neyret préférait la boite hydraulque qui bien reglée permlattait des passages de vitesses extremmement rapides

J2M

Le 09/11/2015 à 16:50

L’économie avait été poussée bien loin : outre le moteur qui semblait avoir passé minuit, comme dans le conte et le pavillon translucide, je pense aux chromes qui n’en étaient plus et (à vérifier) à une lunette arrière en plexi.
Ajoutons des coloris parfois surprenants (un orange « bang », notamment), et des motifs à la limite du mauvais goût sur les garnitures en hélanca.
Le tir fut assez rapidement corrigé, et les photos personnelles ainsi que le catalogue du millésime 1961 correspondant, montrent une voiture superbe et bien dans son époque.
Le dit catalogue insiste d’ailleurs sur le confort et sur la sécurité tous temps de la voiture. Il faudrait que je le retrouve et que je le scanne. L’ID est dès cette époque, une valeur sûre !

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