Citroën Nemo / Peugeot Bipper / Fiat Qubo: Kebab sauce bolognaise au physique de jambon beurre !

Publié le samedi 2 juillet 2016.
Mis à jour le jeudi 11 juillet 2019.
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Parfois, les apparences sont trompeuses. Vous croyez acheter une voiture française, si ce n’est par son lieu de fabrication, au moins de conception, et voilà que vous vous retrouvez avec un drôle d’assemblage : un peu comme si votre kebab recevait de la sauce bolognaise tout en prenant l’apparence d’un jambon beurre ! C’est la situation rigolote des Citroën Nemo et Peugeot Bipper, demi-soeurs de l’italienne Fiat Qubo… Enfin l’italienne, là encore c’est vite dit.

La Nemo Concept de 2007, annonçant la série de 2008
La Nemo Concept de 2007, annonçant la série de 2008

Nemo 2007 02 Concept

L’honneur est sauf tout de même, et les apparences aussi : l’idée de ce petit utilitaire d’entrée de gamme, pas cher et pratique, vient bien des têtes pensantes du groupe PSA. Tout comme son design qui, pour des raisons d’économie, est identique aux trois modèles, aux logos près ! Mais pour le reste, c’est en Turquie qu’il faut aller chercher des réponses à cet étrange trio.

La Bipper de Peugeot, dans sa livrée d'utilitaire !
La Bipper de Peugeot, dans sa livrée d’utilitaire !

Mais alors, comment, et pourquoi, les Nemo et Bipper, idées bien françaises, se sont retrouvées italiennes (par leur châssis et leur moteur), et turques (dans leur conception et leur industrialisation) ? Voici leur petite histoire…

Bipper 2008 02

Au début des années 2000, le groupe PSA sent bien qu’un marché existe pour des petits utilitaires, plus petits que les Berlingo ou Partner existant déjà dans la gamme, et pouvant être dérivés en versions civiles… A condition de coûts de fabrication très bas, car si le marché existe, il reste relativement faible en volume, en comparaison d’autres segments. Pour espérer gagner de l’argent, il faut donc trouver un partenaire (pour s’assurer de plus gros volumes), utiliser une technologie éprouvée et déjà rentabilisée, et construire ailleurs qu’en France, dont les coûts notamment salariaux sont trop importants (du moins pour ce type de véhicules à faible marge), tout en conservant une expertise industrielle forte.

La Qubo, pour Fiat !
La Qubo, pour Fiat !

Les sociétés familiales, du type Peugeot et Fiat à l’époque, ont toujours eu des intérêts communs et des facilités de discussions : les convergences sont plus faciles à trouver quand on parle le même langage et qu’on a les mêmes objectifs. La firme de Sochaux et celle de Turin ont déjà expérimenté la collaboration avec succès, avec la Sevel en Argentine (lire aussi : La Peugeot 504 en Argentine), Sevelsud au sud de l’Italie (pour les utilitaires) et Sevelnord au nord de la France (grands monospaces, lire aussi : La fin des 807 et C8). C’est donc tout naturellement vers son partenaire de toujours que Peugeot se tourne pour porter ce projet.

Jouant sur son nom, la Nemo sera proposée en série spéciale en partenariat avec Pixar en 2009
Jouant sur son nom, la Nemo sera proposée en série spéciale en partenariat avec Pixar en 2009

Nemo 2008 03

Fiat y voit rapidement le même intérêt que Peugeot : l’idée d’un petit utilitaire pouvant faire office de mini-monospace d’entrée de gamme dans le civil est assez séduisante. Et les turinois ont des possibilités d’assemblage low-cost : en Serbie, chez Zastava (lire aussi : Yugo Florida), en Pologne chez FSO (lire aussi : Fiat Cinquecento) mais aussi chez son allié turc depuis le début des années 70, Tofas…

Rajoutez des nanas en maillot de bain, et ça donne tout de suite plus envie !
Rajoutez des nanas en maillot de bain, et ça donne tout de suite plus envie !

Tofas est le fruit de la collaboration entre le groupe Koç (qui s’était déjà aventuré dans l’automobile avec sa propre marque, lire aussi : Anadol) et Fiat pour assembler, au départ, la Fiat 131… Détenue à 37,8 % par Fiat, à 37,8 % par Koç, et 24,4 % de capital flottant, Tofas s’est petit à petit modernisée pour être capable de produire à des standards européens toute la gamme Fiat à destination des marchés turcs ou du moyen Orient.

L'usine Tofas, à Bursa
L’usine Tofas, à Bursa

Tofas, que l’on prend souvent pour un assembleur, va devenir le maître d’oeuvre du projet, assurant la coordination et l’industrialisation du projet, tandis que Peugeot va remporter la partie design (après compétition avec Fiat), et que Fiat assurera la partie mécanique : châssis de Punto modifié (rentabilisé depuis longtemps) et moteur issus de la gamme italienne (eux aussi amortis). Le projet « Minicargo » était né, et l’accord signé en 2005.

Les lignes de production des "Minicargo" à Bursa
Les lignes de production des « Minicargo » à Bursa

Bursa 01

Le projet va donner naissance à 3 modèles en 2008, les Nemo, Bipper et Qubo, toujours présents dans la gamme aujourd’hui. Produites à Bursa, dans une usine ultra moderne ayant nécessité un investissement de 350 millions d’euros, les 3 sœurs, pour des raisons d’économie, seront très semblables, sans les signes distinctifs qui caractérisent parfois les modèles réalisés en partenariat. Initié par PSA, ce modèle « low-cost » d’entrée de gamme sourira plutôt à Fiat (113 202 exemplaires vendus en Europe entre 2008 et 2015) ou dans une moindre mesure à Citroën (49 913 ex) plutôt qu’à Peugeot (38 771). Normal, puisque son positionnement colle plus aux images des deux premiers qu’à celle du troisième, plus cossu.

Le Qubo "restylé"
Le Qubo « restylé » de 2016

Pour ceux qui s’étonnaient d’un tel modèle, il faut donc regarder l’opération dans son ensemble : seul, PSA n’aurait pas tenté l’affaire, mais avec Fiat et son partenaire Tofas, l’opération devenait rentable malgré des volumes relativement faibles (201 086 voitures vendues en Europe, Turquie comprise) et des disparités entre les marques. Ou comment créer de l’offre à pas cher. Sachez que l’affaire continue, puisqu’un restylage est apparu cette année sur le Qubo !

 

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11 commentaires

Bizet

Le 02/07/2016 à 18:49

Véhicule »intelligent » qui comble les attentes en matière d’espace à bord et de capacités routières sur routes sinueuses, n’était le 1.4 HDi monté sur les françaises, absolument dépassé par l’ampleur de la tâche – 1,3t. à vide

Paul

Le 02/07/2016 à 18:53

En fait un faux HDI puisqu’italien et renommé à la sauce PSA (et 1.3 d’ailleurs)… Les italiens ont droit eux au même moteur (Multijet chez eux) en 1.3 80 (comme en France) mais aussi au 1.3 95 (avec 15 ch de plus tout de même) ! Ils ont droit aussi à un 1.4 Essence de 77 ch, contrairement à nous.

Bizet

Le 02/07/2016 à 20:34

Le 1.3 mjt n’a été monté qu’à partir du millésime 2011, pour satisfaire à la norme euro5, quoi qu’il me semble qu’au moins 207 puis 208 aient « bénéficié » du 1.4 HDi fapé. Ayant possédé un Nemo 1.4 HDi 70, j’ai mesuré durant 5 ans l’insuffisance de couple – 16mkg – alors qu’il eût fallu au moins 20mkg pour relancer correctement dans les conditions de circulation citadine. Une fois lancé, il suffisait de ne pas freiner en profitant du châssis ma foi réjouissant de feu Punto, avec une direction très directe.
L’idéal : la version mjt 95 trekking qui fait merveille dans les conditions de circulation des hautes Alpes.

Paul

Le 02/07/2016 à 20:49

Exact, mais le 1.4 précédent était aussi un Fiat 😉

Bizet

Le 02/07/2016 à 21:09

Eh bien non, il s’agissait du 1.4 HDi ayant débuté sa triste carrière en 2002 sur 206 et c3, entre autres – je reconnais que les soucis de joint d’injecteur récurrents furent grandement solutionnés à compter du millésime 2006.
Autre faiblesse, l’embrayage de 160mm de diamètre singulièrement sous-dimensionné.
Mais j’arrête là mes récriminations car, ce faisant, j’omet la praticité de ce véhicule de 3,96m dans lequel je rentrais en travers 2 VTT adulte banquette repliée
Je n’omets pas de vous féliciter pour la qualité de votre travail et de votre projet ; ainsi discourir avec passion du Trafic comme vous l’avez fait, voilà qui donne la pleine mesure de l’amour de l’automobile sous tous ses aspects.

Paul

Le 02/07/2016 à 21:28

Etrangement, je n’en ai pas eu la validité, sur des sources plutôt « économiques » de l’époque, moins portées sur les mécaniques… Cela dit je ne prétends pas à la vérité absolue: j’en commets beaucoup des erreurs, et dieu sait si j’aime être corrigé (n’y voyez rien d’autres de farfelu ahahah) pour plus de précisions, persuadé que les commentaires enrichissent ou précisent l’article, mon but n’étant pas de faire un wikipedia de l’auto… Je vous remercie en tout cas pour ces félicitations, qui seraient méritées si je faisais cela par dépit… le faisant par passion (avec tous les défauts que cela implique) je ne suis pas à féliciter 😉

Olivier

Le 05/11/2017 à 13:07

Je valide le 1,4 HDI en debut de carriere, remplace par un 1,3JTD pour Euro 5 ( j’ai roulé en janvier 2011 avec un pre serie Nemo et le Jtd Fiat) …

Eddy123

Le 02/07/2016 à 19:56

Ils ont surfer sur le succès du C15….

Lorenzo

Le 02/07/2016 à 23:30

Le 1.4 HDI est bien à courroie, origine PSA, un vrai beau à la limite du danger
le 1.3 Fiat a courroie est très fréquentable et meme performant, très agréable avec la boîte robotisée 6 vitesses et une bombe en 95ch

Zacotel's

Le 04/07/2016 à 20:23

Les photos de la ligne de production semblent plutôt montrer l’assemblage des Doblo actuels que l’un des minicargos objets de l’article, qui est fort intéressant.

Jean-Michel

Le 05/11/2017 à 15:24

Pour la petite histoire, Tofas a débuté par la construction de la 124, bien avant la 131.
Quant à Otosan, il s’agit d’un constructeur local indépendant dont la gamme Anadol, composée d »une berline, break et coupé, fut étudiée en collaboration avec Reliant. Par la suite, Otosan construisit des Ford Taunus.

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