Citroën TUB (et TUC) : l’utilitaire moderne à la carrière brisée et au nom usurpé par le Type H

Lundi 17 juillet 2017
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Autant commencer par le commencement : non le TUB n’est pas un Type H, et vice versa (lire aussi : Citroën Type H). Allez savoir comment l’expression TUB, dédiée à une camionnette à la diffusion confidentielle, s’est retrouvée utilisée pour la génération suivante, son acronyme francisé en Tube ? L’explication tient sans doute au fait que le Type H fut conçu alors que le TUB subissait une guerre qui écourta sa carrière : les concepteur ont du souvent se référer au prédécesseur pour designer le successeur pas encore forcément définitivement nommé. Toujours est-il que le TUB, le vrai, c’est celui de 1939. Pire, il eut un frère TUC (notez le jeu de mot, j’en suis fier ; et non, ce n’était pas un gâteau apéritif non plus) !

Le TUB, ou Traction Utilitaire de Type B (parfois aussi appelé Traction Utilitaire Basse) est un utilitaire révolutionnaire sur bien des points. D’abord, il s’agit d’une « traction », ce qui n’était pas courant du tout à l’époque ni sur les véhicules « civils », ni sur les véhicules « utilitaires ». Ensuite, il dispose d’un planche bas et plat, pratique pour les chargements, d’autant que le moteur de Traction 7C (9CV, 4 cylindres et 35 ch) se retrouve sous la cabine avant dite « avancée ». Encore une révolution, permettant dans un gabarit relativement petit de charger un maximum de choses sans passer au camion, avec une charge utile de 850 kg. Le TUB récupère quelques autres petits trucs sympas de la Traction, comme ses freins hydrauliques, sa boîte de vitesse (7C), son train avant à suspension par barre de torsion et j’en passe.

Pour la carrosserie, fabriquée par Fernand Genève, on va au plus simple sans se douter qu’on tient là la tendance pour les années à venir. Les Chenard & Walker puis Peugeot D3 et D4 d’après guerre s’en inspireront largement (lire aussi : Peugeot D3/D4), ainsi qu’une ribambelle d’utilitaires jusqu’à aujourd’hui. Autre nouveauté, le TUB s’équipe d’une porte coulissante sur le côté, permettant le chargement ET le déchargement de manière simple et efficace (et tout cela, c’est important pour un professionnel). Bref, sans le savoir, les ingénieurs de Citroën lancent une petite bombe…

Une bombe certes, mais dont la production ne commencera qu’en 1939 pour une commercialisation en juin de cette même année. Bon, je ne vous apprends rien mais en septembre 1939 commencera officiellement la Seconde Guerre Mondiale… Certes la drôle de guerre ne paralyse pas totalement le pays, mais les nombreux mobilisés ne permettent pas une production « normale » d’autant que l’effort de guerre se porte alors vers l’industrie aéronautique, les chars, et les véhicules dits « de combat », moins vers un petit utilitaire de ce genre. Citroën n’abandonne pas son bébé pour autant, et en février 1940 propose une version plus puissante, équipée du moteur de la Traction 11 (charge utile 1020 kg).

Bref, malgré la débâcle et l’armistice en juin 1940, Citroën va tenter de poursuivre la production du TUB jusqu’en 1941. En juin 1941, une nouvelle version du TUB équipé du moteur de la 11CV voit le jour. Modifié par rapports aux TUB 7 et 11 pour atteindre une charge utile de 1200 kg, il prend le nom de Traction Utilitaire de Type C, soit TUC. Seuls 50 exemplaires seront fabriqués.

Pour maintenir la production durant ces 3 années, on proposera aussi un dérivé bien utile en temps de guerre : une version ambulance. Pas de quoi cependant lancer enfin la carrière d’un engin révolutionnaire, mais né au mauvais moment au mauvais endroit. Entre 1939 et 1941, seuls 1748 exemplaires du TUB (et du TUC, mais il est anecdotique) seront construits (on soupçonne qu’un peu plus de modèles furent réellement fabriqués, sans certitude).

Autre bizarrerie « révolutionnaire » dans la carrière du TUB : Fenwick, fabricant français de matériel de manutention va transformer une centaine d’exemplaires en véhicules électriques, équipés du moteur des chariots élévateur Fenwick allié à 540 kg de batteries ! Baptisé Cittub, il sera finalement appelé Urbel à la demande de Citroën, obligeant à la modification des catalogues déjà imprimés.

Le TUB (et encore moins le TUC) ne connaîtra pas la carrière qu’il méritait, tandis que chez Citroën, on s’attelait déjà à son successeur qui sortira en 1948, le Type H. C’est aujourd’hui une véritable rareté, comme le prouve la rareté des photos disponibles et de qualité. Disparu de la mémoire collective des français, il n’en est resté que le nom, attribué à tort à son successeur plus emblématique, et surtout beaucoup plus diffusé !

Photos : DR, Citroën, IMCDB.org

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17 commentaires

Fils de Pub

Le 17/07/2017 à 16:48

Le TUB restait néanmoins dans les tuyaux car en 1984, sous le gouvernement Fabius, on lancera un amuse-bouches sociale, le T.U.C, disponible quant-à-lui « à toutes heures », si je puis dire. Et bien-plus tard, au début des années 2010, Pathé produira une véritable croûte « Les Tuche » qui connurent néanmoins un certain succès…

Wolfgang

Le 17/07/2017 à 17:11

Un utilitaire avec 1200 kg de charge utile en traction, c’est une idiotie en termes de motricité. La base c’est de mettre le poids sur les roues motrices.

Clement LM

Le 17/07/2017 à 18:51

Si c’était une idiotie on ne pourrait pas acheter des utilitaires comme des Kangoo avec une charge utile de 1000 Kg encore aujourd’hui

Nabuchodonosor

Le 17/07/2017 à 19:50

Excellent débat s’il en est. Travaillant en région de montagne, J’ai eu plusieurs fourgons, des tractions comme des propulsions, je peux donc vous faire part des différences notamment sur routes glissantes, voir tous chemins et top du top, sur routes enneigées… Un petit rappel, que ça titre ou que ça pousse, vaut mieux être équipé de pneumatiques M+S (Mud + Snow) neuf ou usés à max 50%, car au delà vogue la galère… Et bien voici une vérité que n’aurait pas reniée Monsieur de la Palice, la traction est plus efficace à vide et la propulsion à plein… Le probloc est qu’en règle générale on est jamais tout à fait à vide ni tout à fait à plein… En version traction le groupe, moteur + pilote et éventuellement un passager(ère), assure le poids sur le train avant. Bon hiver mal hiver, ça va très bien dans 50% des cas ainsi que dans quelques courtes manœuvres que l’on peut effectuer en marche arrière ce qui revient à rendre en propulsion un fourgon normalement en traction, enfin je dis normalement lorsqu’il marche en avant, dans le sens pour lequel ont été prévues le plus grand nombre de rapports, vous suivez ? Dans les autres 50% des cas, moins les cas particuliers évoqués à l’instant, et bien je vous le donne Emile, c’est la PRO-PUL-SION qui est la plus efficace, mais faut un peu de charge sur le train arrière parce que dans ce cas le moulbif + le pilote et le passager(ère) éventuel sont toujours à l’avant, oh ça pionce la-dedans ou quoi ? Bref, conclusion traction ou propulsion c’est du 50/50, fifty-fifty, quif-quif bourrico, sauf cas particulier non évoqués… Dans la pratique on trouve les fabricants usuels d’autos PSA-FIOT & Co qui proposent des tractions parce que ça les simplifie au montage et les fabricants de camion, IVECO, MERCO et les JAPS qui proposent des propulsions pour unifier leur gamme et simplifier le nombre de pièces, SAV et coetera… Et pis y’a le cas RONO qui fait aussi bien des autos que des camions et qui propose donc les deux… Vendent même des fourgons pour les autres maintenant… voilà, c’était ma petite contribution du soir…
🙂

Nabuchodonosor

Le 17/07/2017 à 19:52

Ah, mer… veuillez lire « que ça tire ou que ça pousse »
😉

Philippe

Le 17/07/2017 à 21:42

Le Master existe en propulsion comme en traction, le Vito également (équipé du GMP du Trafic en traction, équipé Mercedes en propulsion). Selon l’usage on privilégie le plancher plat ou la motricité.

Michel

Le 17/07/2017 à 22:33

Si on regarde bien, la charge est centrée entre les 4 roues, la masse du moteur sur l’avant, donc en traction la charge est prépondérante sur l’essieu moteur

Eddy123

Le 17/07/2017 à 22:09

C’est une sacrée phrase que voilà. ….

Tu as pensé en informer les constructeurs. ….???

Georges

Le 23/07/2017 à 18:05

Enfin pour beaucoup ce qui compte c’est le volume et l’accessibilité pas de bourrer jusqu’à la gueule son fourgon.
Et donc pour beaucoup vive une traction avec une grande porte latérale et un plancher le plus bas possible !
Expérience personnelle et d’anciens.

Sonett

Le 17/07/2017 à 17:37

Robin sors de ce corps

Dubby Tatiff

Le 18/07/2017 à 06:39

J’avais la vague impression d’en avoir vu encore circuler en province lorsque j’étais plus jeune, mais après recherche il devait très certainement s’agir des Peugeot D3/D4 évoqués dans l’article et qui lui ressemblaient. Effectivement, ce TUB était bien rare !

Quelques photos de TUB au cinéma (ma marotte) : http://www.imcdb.org/vehicles.php?make=Citro%EBn&model=TUB&modelMatch=1&modelInclModel=on

Version pinardier (Renaud Roubaudi de POA s’esclafferait « La France éternelle ») : http://deuch.chez-alice.fr/immagini/tub2.jpg

Et enfin un peu d’histoire avec notamment un modèle réduit de la version électrique par Fenwick : http://aventure-citroen-min.forumchti.com/t393-la-verite-sur-le-t-u-b-citroen

Il m’a bien tapé dans l’œil cet utilitaire. Surprenant !

San Francesco d'Assisi

Le 18/07/2017 à 09:06

Si quelqu’un a conservé l’adresse du Designer… J’ai une armoire normande à retaper…
🙂

Greg

Le 18/07/2017 à 14:12

Dans la continuité de la 2CV qui avait été voulue par PJ Boulanger pour que les paysans puissent vendre leur production au marché… le TUB devait permettre aux artisans et commerçants itinérants de vendre le fruit de leur travail directement « au camion ».
On l’aperçoit sur la 3ème photo, sur la version non tôlée les cotés de la caisse étaient faits de rideaux relevables.
Le TUB est aussi le 1er « camion magasin » produit en série!

Fils de Pub

Le 18/07/2017 à 16:25

… Et très probablement le premier panier à salade.
🙁

Gérald

Le 18/07/2017 à 17:16

« Disparu de la mémoire collective des français, il n’en est resté que le nom, attribué à tort à son successeur plus emblématique, et surtout beaucoup plus diffusé ! »

Le surnom du tube pour le type H, c’est pas dû au plis de la carrosserie en forme de tube pour rigidifier la tôle ?

quentin

Le 21/07/2017 à 14:44

Mais pourquoi, avec un produit si abouti au catalogue, concevoir un remplacent pour 1948 alors que la 2 cv demande alors un maximum d’efforts ?

Georges

Le 23/07/2017 à 18:06

Il semble que le toit soit en toile.

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