Citroën Visa II GTI : sportive low-cost, pépite oubliée

Mercredi 19 septembre 2018
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La Visa est en soi un monument qu’il convient de préserver ! Malgré son statut de « bâtarde » (mi-Peugeot, mi-Citroën), elle offrait à l’époque un physique particulier (c’est le moins que le puisse dire) tout à fait à même de succéder à l’Ami8… Malgré sa plate-forme de Peugeot 104 (dans sa version 5 portes lire aussi : Peugeot 104), elle offrait le choix à son lancement, en 1978, entre un bicylindre très chevronné, ou un 4 cylindres « X » très sochalien. Mais avec le temps, la Visa allait rentrer dans le rang, perdant son « groin » en mars 1981, puis s’offrant – comme les autres – des versions sportives : la Visa Chrono tout d’abord, en série limitée, la 1000 pistes, la GT en enfin la fameuse Visa GTI qui nous intéresse, alternative à la 205 du même nom !

Lors de sa (brève) première partie de carrière, la Visa était affublée d’un drôle de look. Il fallait être sacrément habitué aux Ami 6 ou 8 pour se satisfaire d’une telle calandre qui, aujourd’hui, fait le bonheur des nostalgiques. Les décideurs de chez Citroën, Xavier Karcher en tête, en était parfaitement conscient au point de se remettre à l’ouvrage deux millésimes plus tard afin de rendre une copie plus acceptable : tout le monde n’est pas militant, et sur ce créneau, il faut faire du volume. On opta donc pour une face avant (entre autres) plus consensuelle, et pour tout dire assez réussie. Est-ce parce qu’encore aujourd’hui tournicotent des C15 sur toutes nos routes de campagne, ou parce que ce restylage n’était pas si mauvais, mais aujourd’hui, la Visa II semble tout à fait normale dans la circulation malgré l’évolution du design ?

En tout cas, la Visa était un peu la voiture par défaut. Elle était-là, elle se vendait tant bien que mal, et en attendant mieux, il fallait s’en satisfaire. Elle luttait en interne avec sa petite sœur LNLNA et sa toute nouvelle grande sœur BX bien plus sexy, sans parler de l’étrange Axel qui venait lui bouffer les mollets . En externe, la toute nouvelle Peugeot 205 était une concurrence presque déloyale tant la petite lionne était réussie. Pour se différencier, la petite Visa s’imagina décalée, avec une version « décapotable » improbable (lire aussi : Citroën Visa 11 RE Décapotable) et une version sportive dédiée aux familles car exclusivement 5 portes : la GTI.

En effet, la mode était bel et bien à la petite survitaminée. La Volkswagen Golf avait ouvert le chemin, la 104 ZS avait tenté de suivre le chemin, et la 205 GTI avait enfoncé le clou. Pour Citroën, hors de question de ne pas jouer dans la même cours, mais avec d’autres arguments. Afin de ne pas concurrencer sa cousine sochalienne, la Visa devenue GTI allait proposer autre chose : une sorte de sportive low-cost à destination des pères de famille désireux d’un peu d’espace et de sportivité.

Sortie en mars 1984, la 205 GTI était une petite bombe, la sportive dont tout constructeur rêve (il s’en vendra plus de 300 000 exemplaires). Pour Citroën, il s’agira plus de répondre à sa cousine et d’exister sur le marché que de révolutionner le genre. D’ailleurs, en manque de moyen (toutes les forces vives de PSA étaient alors concentrées sur les deux lancements majeurs qu’étaient la BX et la 205), Citroën préférera jouer sur le décalage et sur le bricolage. Un bricolage pas si nul que cela puisque la Visa GTI, sans être aussi moderne et performante que la 205 dotée du même moteur, réussissait à ne pas être totalement dépassée, offrant même au conducteur une plus grande facilité de conduite ainsi qu’un meilleur confort : idéal pour arsouiller en famille.

On l’a vu, la Visa GTI s’offrait dès le départ le même moteur que la 205 GTI, le fameux 1.6 litres de 105 chevaux. Elle suivra même la première évolution de sa cousine, avec un passage à 115 chevaux au même relais. Mais elle restera bloquée là dans son évolution moteur : jamais la Visa n’aura droit au 1.9 ! En bon bricoleurs contraints par les coûts (mais aussi sans doute pour ne pas trop concurrencer la sainte 205), les ingénieurs de chez Citroën vont greffer le train avant de la 205 GTI, mais conserver à l’arrière celui de la 104 ZS ! La 205 GTI n’existant qu’en 3 portes, tandis que la Visa n’avait pas de déclinaison 3 portes, le positionnement des deux modèles n’était pas difficile à trouver ! C’est sans doute en raison de cette vocation plus familiale que la Visa fut « réglée » confort. Une tradition très citroëniste de toute façon.

En revanche, du côté du look, Citroën n’y était pas allé de main morte pour transfigurer sa modeste Visa en GTI endiablée : grâce à d’astucieux « trucs » de designer, la face avant était remaniée à peu de frais. Deux double-phares suffisaient à transformer la paisible berline en dévergondée. Rajoutez à cela un « kit sport » (élargisseurs d’ailes, jupes latérales, spoiler, becquet) et des autocollants en veux-tu en voilà (particulièrement sur la version 115 chevaux où la puissance était ostensiblement décalcomaniée sur la carrosserie). Pas très discret pour un père de famille. Comme à son habitude, Citroën laissa le champs libre à Jacques Séguéla pour faire une pub démesurée pour une voiture somme toute en retrait par rapport à la concurrence. Il me confiait récemment que c’était la recette d’alors : marteler à la publicité pour compenser le manque de sex-appeal des modèles. « J’aime, j’aime, j’aime » !

Bon, soyons honnête, même en l’absence de chiffres de production, la Visa GTI n’aura pas le même succès que la 205 GTI, et si l’on croise encore pas mal de Visa « de base », les GTI répondent aux abonnés absents. Mais malgré leur rareté, les Visa II GTI restent encore dans les bas-fonds de la collection, avec des tarifs très doux par rapport à la 205 dont les cours se sont envolés, tout en conservant des caractéristiques et des performances assez proches (enfin, si l’on n’a pas peur des quolibets). Malgré son look de mauvais tuning des 80’s, elle reste un parfait « sleeper » tout à fait dans l’esprit BR, celle que l’on attend pas vraiment, et qui nous plombe au premier virage grâce à son 1.6 rageur et à sa boîte parfaitement étagée. La vraie pépite aujourd’hui : c’est elle !

 

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27 commentaires

Choco

Le 19/09/2018 à 13:46

Typiquement le genre de voiture qui t’a fait baver dans les 80’s quand tu étais gamin.
On aime ou on déteste mais on ne reste pas indifférent. La GTI pèse moins de 900kg, ça devait être bien sympathique !

lelillois

Le 19/09/2018 à 14:31

Magazine « Low Cost » , « pépétes » estourbées ?

Paul

Le 19/09/2018 à 15:36

Des news fraîche bientôt 😉

Cyril

Le 21/09/2018 à 08:02

Ouf, on est rassurés.

Yellowcab

Le 21/09/2018 à 08:34

C’est certain qu’on y croit

Greg

Le 19/09/2018 à 15:30

Jacques Séguéla est l’auteur d’un bouquin titré « Citroën, 80 ans de publicité et toujours 20 ans ».
Il y raconte -entre autres- comment il s’y est pris pour pouvoir faire la pub de la Visa GTI sur le porte avions.
Pour cela, il lui a « suffi » d’appeler François Mitterand, dont il avait orchestré la campagne électorale.
« Que puis-je faire pour vous?
-Il me faudrait un porte avion et un sous-marin pour une publicité, Monsieur le Président…
-… Et bien après tout, cela fera de la publicité à la Royale! » (le surnom de la Marine Nationale)

Paul

Le 19/09/2018 à 15:36

Merci Greg, je te le confirme, pour avoir interviewer Jacques (cela arrive bientôt), c’est exactement ça !

GERARD MOREL

Le 19/09/2018 à 16:01

Gloire au Foch ou au « Clem » !!!!
le second a fini découpé, le premier ne va pas tarder , les sud-américains qui ont eu l’audace de l’acheter ne s’en sont pratiquement jamais servi , toujours en panne…
Z’auraient mieux fait d’acheter qqes centaines de Visa GTI à la place….

Rayan Guenour

Le 19/09/2018 à 16:29

Un quatrième article consécutif sur une française.
Il manque juste Renault et se sera le carton plein.

24heures (X350)

Le 19/09/2018 à 17:02

Oui, ce serait bien d’avoir un article sur la BMW 525e.
(2nd degré inside)

Franck

Le 19/09/2018 à 17:21

En même temps tu n’es pas obligé de lire. Ni de poster.

seb

Le 19/09/2018 à 17:31

On n’y peut rien si ils ont fait des bonnes bagnoles.

Paul

Le 19/09/2018 à 17:34

Je comprends pas vraiment le sens de la remarque

Rayan Guenour

Le 19/09/2018 à 18:03

Y’a pas de remarque au contraire j’ai beaucoup apprécié ses derniers articles surtout celui ci avec cette Visa GTI qui à toujours été dans l’ombre de la 205 GTI et de la Supercinq GT Turbo.

Merci Bonsoir

Germain

Le 19/09/2018 à 17:36

Elle est cool, surtout en rouge. Au moment d’avoir mon permis j’avais envisagé ce modèle, mais elle était introuvable. J’essayerai de m’en trouver une un jour. Après tout, si à 50 ans on a pas une Citroën c’est qu’on a ratée sa vie

Bruno Campinchi

Le 19/09/2018 à 18:50

C est sur, c est un vrai sleeper, car qui peut croire que le vilain petit canard peut se muer en avion de chasse… Ou presque. Fun garanti sans la jungle urbaine peuplé de Suv mazout

SRDT

Le 19/09/2018 à 19:29

Les élargisseurs « sport » sont surtout obligatoires avec le train av de 205 GTI et le nez étroit d’origine ; même sur les photos officielles on voit bien que le train ar est perdu dans la caisse alors que ça déborde à l’avant.
La création de ce compartiment moteur façon 205 c’est à la Visa et au C15 D qu’on le doit, impossible de justifier l’investissement pour la seule GTI.

J2M

Le 19/09/2018 à 21:33

Curieusement, la Visa série II vieillirait presque plus facilement que la 205. Peut-être du fait de proportions qui passent mieux aujourd’hui que sur le moment.
Dans la même veine, la R14 est plus atttrayante que la R11,trop carrée, la Giulietta des années 80 plus sympa qu’une Alfetta, sans le génie (!) de la première nommée.
Bon la BX (et son break !), la Vel Satis, l’Alfa 6, la série S de Sacco et quelques japonaises des 70′ restent moches pour l’éternité (au minimum).
La Visa est une 104 rhabillée en Axel. La première version, que je découvris à sa sortie dans le hall du boulevard Antoine Gautier à Bordeaux me consterna par son mauvais goût insensé et suicidaire.
La même visite quelques mois plus tard me permit de mesurer le talent des sauveteurs, qui avaient tenté le ravalement de la dernière chance à grand coups d’autocollants, de peinture noire mat, de plastiques et d’harmonies sages.
Pourtant, une « nez de cochon » vert acide avec un intérieur marron à pois blanc fait aujourd’hui se retourner les bobos.
Une post soixantuitarde décadente ?

Eddy123

Le 19/09/2018 à 21:39

heureusement que je ne suis pas d’accord avec toi… ouf.

Fred1806

Le 20/09/2018 à 13:24

pfff…presque aussi moche que la BX

Jessy jesse

Le 20/09/2018 à 18:22

Les chiffres de production sont connus pour la Visa GTI : 9516 exemplaires en tout!

gregocox

Le 22/09/2018 à 20:09

J’en ai eu une (4 mois) quand j’étais jeune chauffeur à 18 ans en même temps que ma cox 1302 et ma scirocco mk1 (merci papa fou de voiture et décédé trop tôt) (j’ai aujourd’hui 43 ans) elle ne valait rien en occasion comparativement déjà à la 205 ou golf, mais malheureusement j’avais 18 ans et jeune chauffeur c’est pour cela que je l’ai eu 4 mois…
Très bonne voiture et une vrai bombinette.

Car guy

Le 23/09/2018 à 01:46

Question sans doute bête mais pourquoi le nom « GTI »

Car guy

Le 23/09/2018 à 01:48

Question sans doute bête mais pourquoi le nom « GTI » est il devenu « multi-marque »

Greg

Le 26/09/2018 à 10:44

Si l’appellation a pu essaimer chez quasiment toutes les marques… c’est avant tout parce que personne ne s’en est attribué la propriété par un dépôt légal en bonne et due forme!
Le sigle GT pour Grand Tourisme, décrivait toutes les autos sportives, luxueuses et confortables, ayant vocation à « descendre » sur la Côte d’Azur aussi vite que le train, avec les malles Vuitton dans le coffre…
L’appellation, chargée de rêves et de symboles, a été rapidement galvaudée par les constructeurs généralistes.
[Mode second degré on] Salaud de pauvres! [Mode second degré off]
Avant l’apparition de l’injection Bosch K-Jetronic, l’alimentation par carbus était la norme.
Mais quand la K-Jet se répand, les constructeurs allemands qui l’adoptent rajoutent un « E » pour bien marquer la différence:
Et ouais les gars, Einsprizung, c’est pas trop la classe?!
Réflexion faite, non: quand une équipe clandestine chez VW emprunte le moteur de l’Audi 80 GTE pour l’installer dans la petite Golf, ils préfèrent employer un I pour injection, autrement plus compréhensible.
La Golf GTi devenant rapidement le modèle à suivre – à défaut de pouvoir la battre-, les autres constructeurs s’approprient sans vergogne l’appellation magique: clair, net et sans ambiguïté, le client sait à quoi s’attendre!
Ce n’est pas une règle gravée dans le marbre (je pense aux Opel sportives « SR », à la Ferrari 250 GTE bien évidemment dépourvue d’injection, etc) mais c’est l’idée générale!

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