Connaught Type-D GT Syracuse : le plus petit V10 du monde

Publié le mercredi 2 octobre 2019.
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L’automobile est l’un des rares secteurs dans lequel on ne travaille pas par hasard. C’est encore plus vrai lorsqu’on est ingénieur, d’autant qu’il semblerait que l’envie de créer sa propre voiture titille cette espèce-là. C’est ainsi que deux anciens de chez Jaguar ont décidé de relancer la marque Connaught au début des années 2000, proposant une étonnante Type D GT Syracuse sans choisir, loin de là, la voie de la facilité.

Plutôt que de piocher chez un constructeur lambda une mécanique, nos deux amis ambitionnent de développer leur propre moteur, si possible révolutionnaire, pour mouvoir une légère GT dotée d’un châssis tubulaire. Pas un V6 ni même un V8, mais un V10, comme les Formules 1 de l’époque. Une architecture pas encore très répandue dans l’automobile. Et quand une marque l’utilise comme Dodge pour sa Viper, c’est pour offrir des cylindrées de plus de 8 litres. Chez Connaught, on aime la difficulté, et on va s’attaquer à un V10 de seulement 2,1 litres en deux versions : l’une turbocompressée pour une puissance de 300 chevaux, l’autre atmosphérique hybride de 162 chevaux aidés par un petit moteur électrique de 48V.

C’est à Goodwood en 2004 qu’est présentée le prototype de la Connaught Type D. Les créateurs ont en effet racheté le nom de cette ancienne écurie britannique et conceptrice de F1 active entre 1954 et 1958 : une marque inconnue du grand public, et parfois même des spécialistes, drôle de choix. La production en série est annoncée pour 2006 avec l’ambition d’un rythme de croisière à 300 exemplaires par an, rien que cela.

La voiture est annoncée à 750 kg pour sa version hybride, 900 pour la version Turbo : cette légèreté s’obtient par le châssis tubulaire et la compacité du bloc moteur. L’équilibre est jugé parfait par ses concepteurs : le moteur est en position centrale avant, débordant quasiment entre les sièges avant. Le premier prototype n’est, au moment de sa présentation, qu’équipé du V10 Turbo, la version hybride étant encore en développement. 

Les images de la Connaught commencent à fleurir dans les journaux automobiles à partir de cette date, notamment dans les hors série “Salons” de l’Auto-Journal et “Toutes les voitures du monde” de l’Automobile Magazine. Installée au Pays de Galle, à Llanelli, ville bien connue des amateurs de rugby, l’entreprise a déjà dépensé beaucoup pour développer ses moteurs et en 2006, aucune voiture de série n’a pointé le bout de son nez. Connaught tente alors de récupérer des subventions gouvernementales et de convaincre des investisseurs en se lançant dans l’adaptation de son système hybride à tous types de moteurs en deuxième monte : un utilitaire Ford Transit sert de démonstrateur.

Connaught diffuse une vidéo destinée aux investisseurs (cf. vidéo ci-dessus) présentant son prototype, le Type D Syracuse, ainsi que sa fabrication. On y voit Fred Page-Roberts, son chairman, vantant son produit. Plus tard, en 2008, un reportage (cf. vidéo ci dessous) présente un nouveau prototype, hybride cette fois-ci, ainsi que le fameux Ford Transit hybridé sur le même principe. 

Les lignes n’ont en revanche pas évolué : la voiture reste musculeuse, mais pas vraiment jolie, jouant sans doute volontairement l’iconoclaste. Connaught, fondée par deux ingénieurs, semble plus miser sur sa technologie que sur le physique. Problème : la technologie coûte cher et après le reportage d’AP, le silence sera de mise pour la petite entreprise galloise. La fin de Connaught ne sera jamais annoncée, mais le site internet a disparu depuis belle lurette, et la Type D GT Syracuse peut rejoindre tant d’autres voitures révolutionnaires au cimetière des concepts morts-nés. 

A priori, deux exemplaires auront tout de même été fabriqués (à moins que le premier proto n’ait servi à réaliser le deuxième, difficile à dire). Trouver une Connaught Type D GT Syracuse relèvera donc du miracle, à moins d’avoir de la chance ou un excellent informateur. Mais pour certains, rouler avec un V10 de 2,1 litres, ça n’a pas de prix, peu importe le physique ingrat de la belle (la bête ?).

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