Alfa Romeo Dauphine et Ondine: les cousines transalpines !

Publié le lundi 22 décembre 2014.
Mis à jour le samedi 15 décembre 2018.
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Dans les années 50, Alfa Romeo a beau être une entreprise nationalisée, elle n’en demeure pas moins un très petit constructeur par rapport au géant de Turin qu’est la toute puissante Fiat. Jusqu’à présent, les deux marques ont soigneusement évité de se concurrencer trop frontalement, mais Alfa a cruellement besoin d’accroître ses volumes de production, et réfléchit sérieusement à une voiture populaire, sans avoir les moyens d’en assurer le développement.

De son côté, la Régie Nationale des Automobiles Renault, présidée par Pierre Dreyfus, a des rêves de grandeur et de conquête mondiale. Sa Dauphine, lancée en 1956, est parti à la conquête des USA dès 1957, et se verrait bien inonder l’Europe. Cependant, à cette époque, les barrières douanières sont si fortes qu’il est parfois préférable de produire localement. Ainsi FASA (qui deviendra une filiale de Renault) produira la Dauphine pour l’Espagne,

En Italie, Renault cherche donc un partenaire. Après avoir tenter, sans succès, un rapprochement avec Innocenti, la marque au losange se rabat un peu malgré lui sur Alfa Romeo. Deux entreprises nationalisées sont faites pour s’entendre pensent les politiques. En 1958 est donc signé un accord de coopération entre les deux marques, à plusieurs volets. Renault devient le distributeur d’Alfa Romeo en France, tandis qu’Alfa s’apprête à produire la Dauphine puis sa version plus cossue l’Ondine sur ses chaînes de Portello, près de Milan. En outre, quelques partenariats auront lieu entre les deux marques pour les véhicules utilitaires.

Les Dauphines sont fabriquées à Portello à côté des Giulia !

La production de la Dauphine débutera en 1959, en CKD. Elle se différencie peu d’un modèle basique, mais porte sur ses flancs et à l’arrière la mention « Dauphine Alfa Romeo » (ou bien « Ondine Alfa Romeo »). Quelques menues détails esthétiques sont différents du modèle français, mais pour le reste, ce sont bel et bien des jumelles.

L’affaire commence plutôt bien, puisque dès 1960, plus de 20 000 Dauphine Alfa Romeo trouvent preneurs de l’autre côté des Alpes. Mais les relations entre les deux partenaires se détériorent lentement mais sûrement. Pour Renault, Alfa a toujours été un partenaire par défaut. L’accord prévoyant la distribution des Alfa dans le réseau Renault n’est que trop rarement respecté, Renault rechignant à faire cohabiter ses modèles avec ceux de l’Italien. Alfa préférera récupérer la distribution de ses modèles en créant sa propre société d’importation (la SOFAR) dès 1963.

Mieux, si Alfa fabrique des Dauphine pour le marché italien, Renault ne cesse pour autant pas l’importation de Dauphine françaises, ce qui avouons-le n’est pas très correct. Mais cela n’est rien à côté des pressions faites par Fiat pour faire cesser cette collaboration. La Dauphine Alfa Romeo rentre en concurrence avec ses propres modèles, et le constructeur de Turin n’hésite pas à agiter le spectre des licenciements dans ses propres usines pour faire pression sur le gouvernement italien et son bras armée industriel, l’IRI, propriétaire d’Alfa Romeo.

On le voit, la situation n’est pas simple, et Renault n’a pas vraiment envie de rentrer en guerre contre Fiat. Les ventes de la Dauphine s’essoufflent assez rapidement (dès 1962, elles sont retombées à moins de 12 000 exemplaires). La nouvelle législation italienne pénalise la Dauphine, et le remplacement en 1960 du PDG d’Alfa décédé par un homme proche des Agnelli contribueront à sceller la mort lente mais certaine de l’accord Renault/Alfa Romeo.

Comme un vieux couple tentant une thérapie de couple, Renault et Alfa vont quand même tenter de sauver leur mariage en lançant la Renault 4 produite près de Naples (mais siglée Renault, et non plus Alfa), sans pour autant réussir à sauver les meubles. L’Ondine Alfa Romeo meurt de sa belle mort après seulement 2000 exemplaires. La Dauphine Alfa Romeo sera fabriquée jusqu’en 1965 (et vendue sur stock jusqu’en 1966) à 73 841 exemplaires, tandis que la 4 sera fabriquée entre 1963 et 1966 à 41 809 exemplaires.

Alfa Romeo produisit aussi la R4, mais badgée Renault

Pour l’anecdote, Alfa Romeo vendit en 1965, afin de se délester des derniers stocks, 60 exemplaires de la Dauphine Alfa Romeo à l’importateur Israélien ITIS, ce qui provoqua un tollé en Israël. ITIS n’était habitilité qu’à importer des Alfa Romeo et Renault, après avoir rompu un contrat de fabrication avec Kaiser-Frazer en 1959, capitulant devant les menace de boycott du monde arabe, n’était plus en odeur de sainteté. ITIS eut beau clamer qu’il s’agissait de voitures italiennes, le ministère du commerce israélien resta inflexible et refusa à ITIS la possibilité d’importer des Dauphine Alfa Romeo. Décidément, cette alliance Renault-Alfa Romeo ne fut jamais simple !

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3 commentaires

L'Ornithorynque

Le 22/12/2014 à 16:03

C’était quand même plus rigolo la production automobile, quand elle était nationalisée.

Ondiner-de-cons oserais-je dire.

Si je ne me trompe, pour Renault, dans l’autre sens, la R12 est quand à elle un avortement sauvé d’un projet Ford

Alan Raboana

Le 14/05/2015 à 22:01

Renault Alfa Romeo était une bonne mariage en affaire entre deux constructeurs afin de construire en CKD deux modèles célèbres dont la Dauphine et la 4L. Faute de mieux la discontinuation de ces modèles n’ont aucune succession alors que c’étaient des voitures à modèles célèbres en Europe, en Asie et en Afrique. A cette époque Alfa Romeo était indépendamment célèbre et gênait d’autres grands constructeurs.

1010

Le 07/10/2017 à 21:40

Quelle mine d’or ce site ! Moi qui pensait tout savoir de l’automobile je suis bluffé d’en apprendre encore et encore ! BRAVO À VOUS !

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