De Tomaso Deauville : pour contrer Jaguar

Publié le jeudi 28 novembre 2019.
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De Tomaso n’est pas une marque très connue au-delà d’un cercle d’initiés, et sa berline Deauville encore moins. Elle était pourtant le symbole des nouvelles ambitions d’Alejandro de Tomaso au début des années 70. Soutenue depuis 1969 par un puissant actionnaire, le géant américain Ford, la petite marque italienne, qui ne produisait jusqu’alors que la confidentielle Mangusta, décide d’une offensive sans précédent. Elle présente en 1970 deux modèles : la Pantera, une voiture de sport, et la Deauville, une grande berline, toutes deux équipées d’un gros V8 en provenance de Dearborn. La Deauville ambitionne de remplacer la défunte Maserati Quattroporte sur le marché italien et de concurrencer la récente Jaguar XJ en Europe et aux USA. 

En cette fin des années 60, les astres s’alignent pour Alejandro de Tomaso. Après avoir vaincu Ferrari en terre mancelle, le géant américain Ford enfonce le clou en s’offrant 80 % des parts de De Tomaso en 1969. L’objectif est clair : concurrencer Ferrari sur le terrain commercial. La rancune est tenace chez Henry Ford II qui n’a toujours pas accepté qu’au début des années 60, Ferrari refuse son offre de rachat. Lee Iacocca est à la manoeuvre et se lie d’amitié avec l’ambitieux Argentin. 

La Deauville face à la Jaguar XJ

Fort de ce nouveau soutien et d’argent frais dans les caisses, Alejandro va donc lancer deux projets ambitieux : la Pantera donc, et la Deauville. Malin comme un singe, de Tomaso a rapidement perçu le succès de la Jaguar XJ, alors sans concurrence. La Maserati Quattroporte vient de tirer sa révérence, abandonnée par Citroën, laissant le champ libre à une grande, puissante et luxueuse berline italienne.

De Tomaso confie au styliste Tom Tjaarda, alors chez Ghia (par ailleurs filiale de De Tomaso depuis 1967), le soin de dessiner la nouvelle rivale de la Jaguar avec un cahier des charges très clair : se rapprocher autant que possible de la recette du félin anglais. Le designer va donc s’inspirer fortement de l’Anglaise, tout en conservant un style plus massif et plus musculeux. Alors que la XJ ne propose encore que des 6 cylindres (le V12 n’arrivera qu’en 1972), la Deauville propose, elle, la puissance et l’onctuosité d’un V8 ricain, avec ses 5,7 litres de cylindrée et ses 330 chevaux.

Grande berline à moteur V8 américain

Quatre roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, barre stabilisatrice (à l’avant), freins à disques, la Deauville offre un confort approprié pour rouler à 230 km/h sur les autoroutes italiennes ou européennes et surprend les journalistes venus l’admirer. Présentée au Salon de Turin, elle remporte l’adhésion et séduit par son intérieur luxueux et chaleureux lui aussi largement inspiré de la berline de Coventry. Elle semble promise à un brillant avenir, d’autant que Ford lui offre son réseau de distribution, comme à la Pantera. De Tomaso semble alors la marque italienne en devenir.

Pourtant, rien ne va se passer comme prévu. Si la Deauville est séduisante, elle coûte cependant 50 % plus cher que la Jaguar XJ6 qui, de plus, monte en gamme en 1972 en proposant un V12 sous son capot. Lancée commercialement en 1971, elle se vend au compte-gouttes tandis que Ford, lassé des performances modestes de sa filiale italienne et effrayé sans doute par la crise pétrolière de 1973, revend ses parts au fondateur argentin en 1974 pour une bouchée de pain (mais récupère en échange les deux filiales que sont Vignale et Ghia). Ironie de l’histoire, Ford finira par racheter Jaguar en 1989.

Rentabiliser la Deauville

Pour amortir les frais et diversifier sa gamme, De Tomaso va dériver de la Deauville un coupé 2 portes lui aussi affublé d’un nom français synonyme de luxe, la Longchamp. En 1974, Maserati réagit en lançant la Quattroporte II. Une concurrence qui ne durera pas longtemps puisque De Tomaso, profitant de la déconfiture de Citroën, rachète Maserati avec l’aide de l’état italien en 1976. Si la Deauville est un échec, elle reste cependant en production et offre son châssis à une nouvelle Maserati : la Quattroporte III. La Longchamp, elle, donne naissance à la Maserati Kyalami. De Tomaso devient le champion du recyclage.

Avec le lancement de la BMW série 7 (E23) en 1977, les espoirs de conquête du marché européen sont définitivement enterrés mais De Tomaso n’abandonne pas la production de sa grande berline… Elle continuera sa longue carrière jusqu’en 1988, séduisant çà et là des célébrités comme le roi des Belges, Baudoin, dans une version blindée. Malgré 17 années de commercialisation, seuls 244 exemplaires sortiront des ateliers de De Tomaso, dont un unique break réalisé en 1985 pour le compte de la femme d’Alejandro de Tomaso. 

Aujourd’hui, malgré leur rareté, les Deauville sont relativement abordables et permettent l’accession au luxe et à l’exclusivité sans les soucis habituels d’une Italienne : leur mécanique Ford simple et facile à entretenir est un gage pour celui qui tient à rouler décalé sans se ruiner. Avec son look d’enfer très typé années 70 (surtout la première série), la Deauville est la berline idéale pour qui veut sortir un peu de l’ordinaire.

 

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