Dome F105 : hara kiri en Formule 1

Lundi 4 juin 2018
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Minoru Hayashi est un acharné. En 1965 il construit sa première voiture de course, basée sur une Honda S600. Après avoir construit ses  premières monoplaces dans les années 70, il crée son entreprise. Baptisée Dome, elle est installée à Kyoto et construit des voitures destinées à la compétition, principalement (lire aussi : Dome Zero). De la F3, au Mans, en passant par la F3000, Dome franchit toutes les étapes, avant de s’attaquer au rêve ultime : créer une écurie de Formule 1 entièrement japonaise. Mais les rêves sont ils faits pour être réalisés ?

Etape par étape

Avant de concevoir une Formule 1, Hayashi a pris soin de fabriquer des monoplaces dans des catégories inférieures. L’objectif est de développer le savoir faire de Dome, et d’emmagasiner de l’expérience. Une culture de l’apprentissage faite d’une humilité toute Japonaise. Après avoir remporté le championnat Japonais de F3 en 1984, Dome se tourne vers la F3000. Cette catégorie est à l’époque l’antichambre de la F1 et la dernière marche avant la catégorie reine du sport automobile. Dome fabrique ses propres châssis et les F101, F102, F103 et F104 sont toutes motorisés par Mugen-Honda. Marco Apicella remporte la championnat F3000 Japonais en 1994. Fin 1998, le programme F3000 prend fin, Dome a déjà les yeux tournés vers la F1.

Mis en place du programme F1

Un pas est franchi au début de l’année 1995, l’entreprise recrute Tadashi Sasaki, directeur de l’équipe Minardi. Akiyoshi Uko, qui était le concepteur de la F104, prend naturellement le rôle de concepteur de la première Dome F1, qui s’appellera Dome F105. On achète alors une boite semi-automatique à X-Trac. Cette transmission moderne, en magnésium et avec 6 vitesses est celle qui aurait du apparaître dans la DAMS GD-01 (une F1 qui était développée par l’écurie DAMS mais qui ne courra jamais, on vous en parlera bientôt sur BR).

Naturellement le moteur ne pouvait venir que du partenaire Mugen-Honda. Cette évidence provoqua une rumeur, qui allait se répandre comme de la poudre et compliquer les affaires de Dome. Tout le monde pensait que le projet Dome était financé en sous main par Honda. En effet la marque nippone avait construit et testé ses propres prototypes de F1 entre 1993 et 1995. Dome ne serait qu’un prête nom pour permettre à Honda de revenir en tant qu’équipe complète, une fois le projet monté.

Cette rumeur persistante fit penser à Goodyear que l’écurie cherchait en commandant des pneus, à récolter un maximum d’informations à destination de leur rival Bridgestone. Devant le refus de Goodyear de leur vendre des gommes, Sasaki dû prendre l’avion pour le GP d’Australie de Melbourne pour y rencontrer les patrons. Après d’ultimes garanties, Goodyear finira par vendre des pneumatiques à Dome. Mais, pas totalement convaincus les américains finiront par envoyer des gommes vieilles d’un an, dans leurs configurations les moins rapides. Au moins Dome pouvait maintenant développer et tester sa monoplace !

Une F1 qui roule

Le 17 m    ars 1996 fut un grand jour chez Dome, la monoplace était enfin prête, et allait pouvoir commencer à rouler en tests. Pour cela il fallait des pilotes. Marco Apicella, champion de F3000 japonaise deux ans avant était le premier recruté. Il fut rejoint par Naoki Hattori, champion de F3 et Shinji Nakano, pilote Dome en F3000. Pour développer une F1, n’importe quel patron d’écurie vous dira qu’il faut des pilotes d’expérience. Le moins que l’on puisse dire c’est que les recrues de Dome ne remplissaient pas ce critère. Marco Apicella avait bien une expérience en F1. Embauché par Jordan au GP d’Italie 1993, il abandonne au bout de 800 mètres et ne retrouvera jamais de volant. Quand à Naoki Hattori, il avait tenté de pré-qualifier une Coloni C4 à deux occasions, mais sans succès.

Les essais à Suzuka suscitent beaucoup d’espoirs chez Dome. On allait enfin pouvoir mesurer les performances de la F1 maison. L’ambition baissa d’un cran avec un meilleur temps en 1.46.270. En comparaison, Williams Renault avait réalisé un 1.38.909 sur le même circuit quelques temps auparavant. Cela mettait la Dome à plus de 3 dixièmes de la barre des 107%. Cette règle interdisait à l’époque la qualification d’une F1 si elle faisait un temps en qualif au delà des 107% de la pole.

Ce n’était pas la Formule 1 du siècle, mais il convient de relativiser. Il s’agissait des premiers essais, réalisés par un pilote Japonais expérimenté, et avec des pneus n’étant pas les plus tendres. Il était clair que Dome était capable de rivaliser avec Minardi ou Ligier avant de s’améliorer. Les essais continuent, et en avril 1996, 550 km sont parcourus, puis 900 en mai. La voiture continuait à s’améliorer, les problèmes de freins étaient en cours de résolution, le comportement devenait plus sain et de temps en temps on colmate les failles. Pourtant une fuite d’huile, va marquer un premier coup d’arrêt au programme F1 de Dome. L’huile bouillante, s’échappe de la boîte de vitesse, et s’écoule sur l’échappement encore plus chaud. La voiture est engloutie par les flammes. Le seul et unique châssis F105 est détruit.

Le rêve s’éloigne

Cet incendie se produit à un stade où les défauts de jeunesse de la voiture nécessitent un développement plus poussé. Il faudrait reconstruire une monoplace, reprendre les tests, et fabriquer de nouvelles pièces. Malheureusement l’argent commence à manquer sérieusement. Pire, malgré le concept d’une écurie 100% japonaise, les sponsors Nippons de se bousculent pas au portillon.  Il faut se rendre à l’évidence, le projet d’une participation au championnat 1997 n’est pas tenable. On commence à repousser le projet à l’année suivante mais un changement de réglementation fait de la F105 une voiture déjà obsolète. Pour continuer il faudrait repenser une nouvelle monoplace, prenant en compte les nouveaux règlements, établir une base en angleterre et poursuivre les essais sur des circuits européens. Honda, qui n’a jamais été le commanditaire de l’affaire, à déjà lancé de son côté Honda HRD, une structure de course qui conçoit la RA099, une monoplace 100% Honda. Dome ne pourra plus compter sur la marque pour un quelconque soutien. La fenêtre de tir vient de se refermer.

Le Prince Malik tenta de récupérer le projet Dome F1, sans succès

Le petit prince, “dessine moi une F1”

L’idée d’une écurie 100% Japonaise est morte née mais rien n’empêche Dome d’essayer de revendre le projet à un investisseur désireux d’entrer en F1. A cette époque, un personnage commence à arpenter le paddock avec des projets derrière la tête. Le Prince Malik Ado Ibrahim est officiellement un héritier du trône des Igbos, un peuple du sud-est du Nigeria et il est très riche. La vérité c’est qu’il existe au moins 80 familles royales différentes au Nigeria, qu’il est totalement impossible de vérifier qu’il soit Prince de quoi que ce soit, ou qu’il dispose de plus de 10 dollars d’avance. Le Prince est même un peu mythomane, puisqu’il n’hésite pas à déclarer à qui veut l’entendre qu’il a couru les 24 Heures du Mans, sans jamais apparaître sur aucune liste de participants. Avant de couler définitivement l’écurie Arrows, le Prince de LU s’intéresse au projet Dome. L’affaire ne se fera pas, le Nigerian voulait que son équipe fasse ses débuts en 1999, délai jugé impossible par Dome. Après quelques tentatives d’obtenir un Mugen-Honda, puis un Supertec, les semaines passées et tout naturellement le Prince sans rire finit par abandonner le projet. Dome ne fera jamais de nouvelle tentative de création d’écurie.

source : Dome Museum

 

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15 commentaires

Choco

Le 04/06/2018 à 11:37

Le prince de LU 🙂 🙂
Très, très bien cette série sur les écuries de F1. Tellement de chose à raconter.
J’ignorais l’épisode des pneus Goodyear, un peu surréaliste.
Les années 90 étaient une époque ou la F1 était encore accessible pour un tarif presque raisonnable pour n’importe quelle écurie. Quand on voit les budgets et les cautions demandées aujourd’hui …

NICOLAS LAPERRUQUE

Le 04/06/2018 à 12:38

Oui les équipes de F1 qui n’ont pas où peu couru sont finalement plus intéressants que celles qui ont tout gagné. Je vais en faire d’autres. Je vais essayer d’interviewer un pilote qui a connu cette époque d’ailleurs.

Greg

Le 04/06/2018 à 14:30

Excellent!
J’ai beaucoup d’admiration pour ces rêveurs et ces écuries proches de l’artisanat qui ont accompli leur rêve!
Minardi, la sympathique écurie de Faenza, a fait débuter Fernando Alonso!
Prost a mis en valeur Olivier Panis, et quand bien même l’aventure a tourné au vinaigre, et bien au moins il l’a fait, et ça personne ne pourra le lui enlever.
Idem Gérard Larousse: il l’a fait, il a fait courir pour de bon des F1 portant son nom.
Je me souviens du projet de DAMS, je dois encore avoir le numéro d’Auto-Hebdo qui présentait le projet… l’année d’avant, avant le renoncement 🙁
Allez Niko, on attend l’article promis!

NIKO

Le 04/06/2018 à 17:31

DAMS, AGS, MODENA TEAM , PACFIFIC F1, et tous les autres. Bon j’ai du boulot moi !!

pipom

Le 05/06/2018 à 14:52

AGS et le moteur MGN , deux pour le prix d’un ! 😉

pipom

Le 05/06/2018 à 14:58

Panis a remporté la dernière victoire Ligier
donc Prost ne lui doit rien !

Prost n’a pas été très fort dans le choix de ses pilotes !

molodoï

Le 04/06/2018 à 14:57

J’aime bien l’humour développé dans cet article : )

Je suis bon prince, monseigneur Niko.

Sur le fond : c’est dingue le nombre de personnalités bancales qui gravitent dans la F1 et autour.

NIKO

Le 04/06/2018 à 17:32

c’est fou, parce que dès que tu creuses un peu, tu tombes sur une galerie de personnages incroyable.

Germain

Le 04/06/2018 à 15:52

Aussi bien l’écurie que le prince nigérien ont su arrêter les frais au bon moment, rien n’est plus ridicule qu’une écurie en carton qui voit arriver les huissiers dans le paddock et essaie de rentrer sur le paddock d’un GP après avoir été foutu à la porte du championnat, demandez à andréa moda formula

NIKO

Le 04/06/2018 à 17:33

Le Prince a insisté et a racheté Arrows. Enfin il a jamais payé et s’est évaporé du jour au lendemain. Bon encore une histoire à raconter

pipom

Le 05/06/2018 à 14:55

et le rêve d’un pilote Français avec !

Olivier

Le 04/06/2018 à 21:12

Grace a BR j’en apprends encore sur la f1 …
Bravo, j’attends le prochain article avec impatience .

EDDIE

Le 07/06/2018 à 22:26

la boite de vitesse xtrac avait été utilisé dans la minardi ford en 1995 a l’origine il cette monoplace devait ètre motoriser par un v10 mugen

Niko

Le 10/06/2018 à 15:47

Exact.

GILLES44

Le 20/08/2018 à 17:57

Merci pour cette série sur les teams improbables !
Dans le même ordre d idée j’ai le souvenirs d un montage COLONI avec boxer SUBARU…

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