Embarqué par Jaguar au Grand Prix de Monaco de Formule E

Publié le dimanche 28 mai 2017.
Mis à jour le jeudi 13 décembre 2018.
Retour

Monaco ! Voilà une ville étrange, accrochée comme une moule à son rocher, mais bien décidée à grandir coûte que coûte. La dernière fois que j’y étais allé, c’était il y a 20 ans et la Principauté semblait déjà bien bétonnée : aujourd’hui, c’est pire encore, même s’il reste de ci de là des immeubles « à l’ancienne », des maisons « rococos », et son inévitable Grand Prix. Enfin, ses Grands Prix.

Niko vous racontait hier la lutte entre Prost et Senna, en Formule 1 et en 1984 (lire aussi : Prost à qui gagne perd). Si la famille princière (et par ricochet la principauté toute entière) a toujours aimé la bagnole, et la course automobile, le Prince Albert se pique d’écologie, roulant en hybride (y compris lors de son mariage, lire aussi : Lexus LS600H Landaulet du Prince Albert) et accueillant tous les deux ans (en alternance avec le Grand Prix Historique) une manche du Championnat de Formule Electrique (E-Formula). Monaco accueille d’ailleurs en son sein une écurie portant encore le nom d’une marque connue, Venturi (lire aussi : Venturi se recentre sur la Formule E).

Outre l’écologie affichée du Prince, Monte Carlo offre aussi un caractère idéal pour un tel championnat : par principe, les courses de Formule E se déroulent en ville. Et quelle est la ville qui dispose de la plus grande expérience de l’organisation de course en milieu urbain, si ce n’est Monaco ? Voilà pourquoi, lorsque Jaguar m’a proposé d’assister à la course, là-bas, j’ai bondi sur l’occasion : humer l’ambiance (même sans bruit de moteur), le soleil, la mer, la ville, la piste, l’odeur des freins et du caoutchouc, le tout au milieu des grands de ce monde, il fallait au moins le faire une fois.

Mais qui voilà ? Albert himself

Je voulais aussi voir la différence entre une organisation rompue à l’exercice par rapport aux « novices » parisiens dont la course déroulait une semaine plus tard. L’expérience de tant d’années de Formule 1 se ressent tout de suite : toutes les tribunes offrent une visibilité sans commune mesure sur la plupart des endroits de la course, le trajet (certes raccourci par rapport à la F1) fait de montées, de descentes, de virages serrés et de paysages à couper le souffle, est plaisant à souhait…

Par rapport à la Formule 1 devenue incroyablement professionnelle, la Formule E semble d’un autre acabit. L’accès aux stands se fait à intervalles réguliers, permettant au public (du moins le plus privilégié) d’approcher les voitures, les pilotes, de toucher l’asphalte ou de se montrer. Un petit côté rafraîchissant même s’il faut sans doute y mettre le prix. Mais voir les stands noirs d’un public avide de contempler les bolides, c’est plaisant.

Certains (sûrement des puristes) m’ont parlé de « course de playmobil »… ou de pièges à gogos (bobos?). En fait non. Voilà pourquoi j’ai posé la question à Jaguar : qu’est-ce qui motive une marque à concourir en Formule E ? D’abord, sans parier sur l’avenir, l’électricité a plus d’avenir devant elle que le diesel qui concourt encore parfois au Mans. Ensuite, c’est un plateau éclectique, mais aussi relativement homogène : les moteurs varient peu, les châssis sont communs, reste les transmissions (à zéro, deux, voire trois vitesses), et divers petits détails.

Par exemple, pour cette première saison en FE, Jaguar, ouvertement là pour apprendre, cherche à développer et comprendre afin d’appliquer les technologies, les comportements, et tutti quanti, à la série. Au même moment et depuis Genève, le I-Pace fait le tour du Monde.. . Il était à Shangai, devait être à Monaco, mais s’est retrouvé bloqué à Singapour à la douane. Peu importe, l’avenir aujourd’hui, n’est pas au tout thermique, à tort ou à raison. Pour n ticket d’entrée raisonnable, on peut galvaniser les troupes, agiter les fans, communiquer, et apprendre en terme d’ingénierie…

Et puis rappelons-nous qu’entre 2000 et 2004, Jaguar, après avoir racheté l’écurie Stewart, avait tenté de s’imposer en Formule 1, sans succès pour un budget démesuré pour l’époque et pour son propriétaire Ford, qui finira par jeter l’éponge. Alors pour Jaguar, revenir sur les circuit, après les 24h du Mans dans les années 80, ou cette satanée F1 dans les années 2000, cela a un petit goût sympa, même si pour l’heure, la victoire n’est pas encore au rendez-vous.

Une Jaguar R3 à Monaco en 2002

A peine quelques jours après, Jaguar (encore) offrait aux enfants, juste avant le Grand Prix de Paris, la possibilité de « conduire » des Formule E réplica… Une façon comme une autre de convertir la jeune génération à l’électrique, qui sera pour eux sans doute plus « normale » que pour nous.

A la question ? Est-ce un Grand Prix de Monaco auquel j’ai assisté ? Oui ! Est-ce aussi cool qu’un Grand Prix de F1 ? Non ! Et poutant, le sifflement des KERS au freinage, les « bongs » sur les glissières (oui, les FE étant limitées en train de pneus, lors des qualifs, ça dérape grave au point de devoir renforcer les parties latérales de la voiture… qui rebondit si le « choc » est maîtrisé), la vitesse (à Monaco, même une F1 ne dépasse pas les 300 km/h), les accidents, la « queue-leu-leu », les stratégies, l’ambiance… Non vraiment, le spectacle vaut le coup.

Après on peut rester puriste et trouver que tout cela ne vaut rien… Et on peut garder une âme d’enfant, comme moi, et trouver que décidément, dès qu’il s’agit de bagnole, de vitesse, de virages, de pilotage, et de Monaco, ça change la donne… Rajoutons à cela le côté rigolo de l’autonomie, ou du « coup de boost » et vous obtenez une journée particulièrement intéressante.

D’ailleurs, les constructeurs ne s’y sont pas trompés : DS (si mon avion du retour s’était crashé, Carlos Tavares m’aurait accompagné dans l’autre monde, lire aussi : Quand le voyage de presse vire au cauchemar), Audi (avec l’écurie Abt), Renault, et désormais Jaguar peuplent déjà la grille de départ.

On est encore loin des luttes dantesques de la Formule 1, mais on s’en rapproche, et on finit par se prendre au jeu… Invité par Jaguar, c’est tout naturellement que je suivais avec attention la course des deux félins… Assez vite, l’affaire semblait pliée, puisque dans le dernier tour, les deux Jaguars pointaient en 13ème et 14ème position, mais au petit jeu de l’autonomie, purent finalement franchir la ligne à la 10ème et 14ème place. Une année pour apprendre, on vous dit, du côté de Jaguar… Et une nouvelle année pour convaincre de nouveaux fans pour la Formule E, devenue une discipline à part entière.

Photos: Paul Clément-Collin, Jaguar

Articles associés

7 commentaires

24heures

Le 28/05/2017 à 18:07

Pour moi, le sport auto sans bruit et sans odeur (comme disait Chirac…), ça n’est vraiment pas possible.

Je préfère encore aller voir une course de l’Andros (souvenir très sympa de Super-Besse en 99 je crois…) plutôt que d’assister à ce « truc ».

Après, je conçois très bien que, dans des conditions privilégiées, ça puisse se tenter.

Tiens, au fait, Tavares dit toujours qu’il vole en eco… C’était le cas au vol retour?

Paul

Le 28/05/2017 à 18:31

y’a de l’action comme pour l’Andros.. après je suis d’accord que les conditions privilégiés rendent la course plus agréable… Concernant Tavares, nous étions dans le même avion, la navette Paris-Nice, sans différence de classe ni de traitement 😉

Malo

Le 28/05/2017 à 22:48

Super article encore une fois ! 2 petites questions:
Des nouvelles du magazine ?
As-tu prévu un article sur la will cypha ou encore l’alfa gran sport quattroruote ?

Wolfgang

Le 29/05/2017 à 17:16

La bagnole électrique c’est comme les montres à quartz.
Aucun intérêt. Aucune passion. Aucune vie.
Objet purement utilitaire.

Et comment peut-on autoriser en ville ces courses sachant que l’essentiel des particules fines émises sur les autos modernes proviennent des freins, que la voiture soit électrique ou pas ?

Malo

Le 29/05/2017 à 20:58

Nous sommes d’accord

Charly

Le 31/05/2017 à 22:37

On pourrait aussi objecter :
-la catastrophe ecologique de l’extraction du lithium indispensable aux batteries. C’est deja lourd, mais si demain toutes les voitures sont électriques ce sera terrible.
-les émissions de GES d’un Grand Prix de Formule 1 sont inférieures à celles du seul décollage d’un avion de ligne.
-la pollution emise par un evenement sportif est trés majoritairement due au déplacement des spectateurs. Exemple : le Dakar 2010 affiche un total des émissions de gaz à effet de serre de 42,8 Ktonnes, contre 2 700 Ktonnes pour la Coupe du monde football.
-L’entretien d’un terrain de golf nécessite l’usage de quantités astronomiques d’engrais, de pesticides et d’eau, bien moins ecologique que celui d’un circuit de vitesse, mais c’est toujours les sports mécaniques qui sont dans le collimateur des prétendus verts.
-un petit dernier pour la route : les constructeurs automobiles qui nous vantent les voitures « zéro émissions » alors qu’elles fonctionnent au nucléaire pour nous et au charbon pour les allemands.
Bref, la formule E c’est e-foutaises et e-pocrisies.

Paul

Le 31/05/2017 à 22:39

N’étant pas très pointu sur l’écologie pure, je répondrais qu’on peut le voir sous un autre angle, qui n’a rien à voir: la fin des énergies fossiles tout bêtement !

Laisser un commentaire