FASA-Renault : le second constructeur espagnol

Publié le mercredi 16 novembre 2016.
Mis à jour le vendredi 5 avril 2019.
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L’histoire automobile est parfois étonnante, car si Renault est aussi présent en Espagne aujourd’hui, c’est grâce à un colonel (puis général) d’artillerie de l’armée espagnole, Manuel Gimenez Alfaro y Alaminos. A l’origine, notre officier n’a rien à voir avec l’automobile, mais il est artilleur, c’est à dire ingénieur. Il sera d’ailleurs l’un des fondateurs, à la fin de la guerre civile, du Corps des Ignénieurs de l’Armement et de la Construction. Il sera d’ailleurs professeur à l’Ecole Polytechnique militaire, s’intéressant aux problèmes… d’automobiles. Nous y voilà.

Le sujet le passionne au point de vouloir développer l’industrie automobile en Espagne. Alors que la Seat sera supportée par l’Etat et son bras industriel, l’INI, Alfaro va devoir, lui, porter un projet totalement privé : construire des Renault 4CV dans la péninsule. C’est le 12 février 1951 qu’Alfaro va signer (à titre personnel) avec le PDG de Renault, Pierre Lefaucheux, l’accord de fabrication de modèles Renault en Espagne. Reste alors à convaincre d’autres entrepreneurs de s’embarquer dans l’aventure avec lui. Alfero va choisir Valladolid, un bassin industriel adapté à la construction automobile, déposer son dossier, démarcher des industriels locaux, puis créer le 29 décembre 1951 la FASA (Fabricaciones de Automoviles Sociedad Anonima). Il devra alors démissionner de l’armée pour mener à bien son projet.

Les premières 4CV défilent dans Valladolid en 1953
Les premières 4CV défilent dans Valladolid en 1953

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Bien que la FASA soit une entreprise totalement privée, il est toujours bon d’avoir de bonnes relations avec le pouvoir en place. Alfaro va donc offrir le poste de Président de la société au propre frère du Général Franco, Nicolas Franco, se réservant celui d’Administrateur. L’usine est construite durant l’année 1952, et les premières 4CV (ou 4/4) sortent enfin en 1953. Les 12 premiers modèles paraderont dans les rues de Valladolid. Moteurs et boîtes proviennent alors de France, et si la FASA est le constructeur, c’est la filiale de Renault, Société Anonyme Espagnole des Automobiles Renault (SAEAR) qui se charge de la distribution et de l’après-vente. La petite 4CV, parfaitement adaptée au marché, petite voiture populaire bon marché, va connaître un grand succès en Espagne.

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De nouveaux actionnaires vont entrer au capital de la FASA : en 1954, le Groupe Fiero, puis en 1955, le groupe Santander. C’est sans doute pour cette raison que Manuel Gimenez Alfaro quitte ses fonction en 1956 pour rejoindre à nouveau l’armée, où il atteindra le grade de général. En 1957, la FASA lance la Dauphine, et cette fois-ci, elle est presque totalement espagnole, des moteurs à la boîte de vitesse, en passant par la carrosserie. D’ailleurs, les boîtes de vitesses sont fabriquées à Séville par ISA, dont FASA prendra 20 % du capital.

L'A108 Cabriolet (en haut-1963-1967) et l'A110 (en bas 1967-1978) seront aussi produite chez FASA
L’A108 Cabriolet (en haut-1963-1967) et l’A110 (en bas 1967-1978) seront aussi produite chez FASA

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1963 est une grande année pour la FASA : elle a vendu près de 25 000 Dauphine, et lance en Espagne la Renault 4 mais aussi l’Alpine A108 (lire aussi : Les cousines étrangères de la Berlinette). Renault commence à s’intéresser de plus près à ce partenaire espagnol, et finira par en prendre le contrôle (49,5 %) en 1965. L’entreprise devient FASA-Renault, fusionne avec la SAEAR, et rachète l’usine de boîte de vitesse ISA à Séville. Un bureau d’étude va même être créer pour réfléchir à des modèles adaptés au marché espagnole.

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Les Renault 8 et 10 sont aussitôt lancées en Espagne, l’Alpine A110 en 1967 (elle sera fabriquée jusqu’en mai 1978, à 1904 exemplaires) puis la 6 en 1969. Cette année-là, FASA-Renault fabrique presque 100 000 exemplaires. En 1970, la Renault 12 remplace les 8/10, et la 5 arrive en 1972. La période est faste, et la filiale de Renault se tire la bourre avec Seat, qui lance cette année là une concurrente directe : la 127. En 1972, c’est aussi l’inauguration d’une nouvelle usine à Valladolid, et le lancement du projet d’une 3ème usine à Palencia, à 45 km de là.

En 1974, un incendie (volontaire semble-t-il) fera 10 morts à Valladolid
En 1974, un incendie (volontaire semble-t-il) fera 10 morts à Valladolid

Pour mieux contrer la Seat 127, et séduire une population adepte des carrosseries tricorps, le bureau d’étude de Valladolid va concevoir une version 4 portes de la Renault 5, appelée Renault Siete puis Renault 7 (ce qui revient un peu au même hein!). Cette voiture sera strictement réservée au marché espagnol (lire aussi : Renault Siete), et sera représentative, pour beaucoup de français partant se dorer la pilule, de l’automobile ibérique. D’ailleurs, pour beaucoup d’espagnols, FASA-Renault est une marque nationale au même titre que Seat.

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En 1975, un drame se joue à Valladolid : les grandes grèves de 1974 avaient déjà paralysé l’usine, mais cette fois-ci, c’est un incendie, qui semble volontaire, qui interrompra la production, avec 10 morts à la clé, tout de même. Le projet d’usine à Palencia est stoppé, pour n’être repris qu’en 1976. En 1977, Renault monte à 62 % du capital, et met le turbo sur Palencia, qui ouvre enfin en 1978. Dès lors, l’intégration au groupe Renault va être de plus en plus forte… FASA-Renault, qui jusqu’ici ne produisait que pour le marché espagnol, va devenir une des pièces maîtresses du dispositif industriel de Renault, notamment après 1986 et l’adhésion de l’Espagne à la CEE. La Renault 7 disparaît en 1984, tandis que les 9 et 11 sont fabriquées à partir de 1982, la Supercinq en 1984, la 21 en 1986, la 19 en 1989 et la Clio en 1990.

L'usine de Valladolid aujourd'hui (en haut) et de Palencia (en bas)
L’usine de Valladolid aujourd’hui (en haut) et de Palencia (en bas)

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En 1987, l’usine « historique » de Valladolid appelée « Montage 1 » est fermée au profit de la deuxième usine, « Montage 2 » dont les capacités sont doublées. Dès lors, FASA-Renault, avec l’usine Montage 2 de Valladolid et l’usine de Palencia, va produire des Clio mais aussi des Mégane, pour atteindre un record en 2000, avec 536 000 véhicules produits. Un chiffre qui ne sera plus jamais atteint. Cette année-là, FASA-Renault, désormais totalement intégrée au groupe, prend le nom de Renault Espagne. Les usines Renault produisent aujourd’hui, notamment, le Kadjar (à Palencia) et le Captur (à Valladolid). Le succès de ces deux modèles permettent de croire à un avenir plutôt radieux pour l’ex-FASA.

Images: Renault et DR

 

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23 commentaires

Quentin

Le 16/11/2016 à 16:03

Palencia fabrique aussi les Mégane 5 portes et RS, tandis que Valladolid a l’exclusivité du plus petit coupé à portes en élytres au monde.

Paul

Le 16/11/2016 à 16:07

Exact, Valladolid fabrique le Twizy 😉

philippe

Le 16/11/2016 à 17:08

Ne pas oublier que Valladolid Motores fabrique le fameux K9K 1.5dCi qui équipe la quasi totalité de la gamme Renault sauf Espace/Trafic/Master, les Mercedes A180 et B180 diesel, et le H5Ft 1.2 turbo essence qui équipe aussi la quasi totalité de la gamme Renault sauf Master/Talisman/Espace.

Eddy123

Le 16/11/2016 à 19:19

De mémoire, la Siete dérivé de la r5 3portes servi de base à la r5 5portes…

philippe

Le 16/11/2016 à 21:19

Non, pas du tout. La R5 5 portes a été développée à Rueil mais uniquement montée en Iran dès 1974. la Siete, qui est montée sur un empattement allongé, a été développée en parallèle avec les mêmes ouvrants . Puis il a été ensuite décidé de monter et commercialiser la R5 5 portes en 1982 en Europe.

fc30

Le 16/11/2016 à 22:23

Merci pour ces précisions. J’allais répondre que la 5 5 portes est sortie d’abord en Iran puis en France en 79-80, mais j’ai du mal à comprendre la rumeur d’un accord entre Renault et Peugeot qui aurait retardé sa sortie chez nous, pour éviter une concurrence frontale avec la 104 (qui, elle, existait déjà bien en 3 portes…).

philippe

Le 16/11/2016 à 23:08

Oui on a dit ça à l’époque. La 104 ZS puis Z et ZR était plus un coupé qu’un coach et un coupé sur base R5 était également prévu mais jamais sorti.
A cette époque les 2 constructeurs était en bons termes, ils développaient des organes communs (le train AV et le GMP avec triplette siffloteuse de la 104 seront repris sur la R14, le V6 bien-sûr et le J 2.0 litres de la R20TS que l’on retrouvera même sous le capot de la CX).

Eddy123

Le 17/11/2016 à 06:33

les accords Renault / SAIPA (Société Anonyme Iranienne de Production Automobile) pour la R5 ne sont pas de 75?

Eddy123

Le 17/11/2016 à 06:37

De plus l’étude de Siete date de 69 et lancé en 74
l’iranienne est produite en 76..

Mais bon!! pourquoi pas!!

philippe

Le 17/11/2016 à 09:17

Oui elle a été produite à partir de 1974 en 5 portes en Iran mais les accords et les etudes sont bien-sûr antérieurs.

Eddy123

Le 17/11/2016 à 12:56

Ben 1975.. Non?

philippe

Le 17/11/2016 à 13:19

Une source bien informée : https://fr.renaultclassic.com/wp-content/uploads/2012/07/Renault-5-40-ans-Renault-5-40-years.pdf
On y lit tout sur la version 5 portes étudiée avant 1972, sortie en Iran en 1978, les tergiversations, l’accord de non-concurrence entre Peugeot et Renault dès 1966 rompu après la fusion Peugeot-Citroen-Talbot et la Siete.

Eddy123

Le 18/11/2016 à 11:49

Merci pour la doc..
🙂

Eddy123

Le 18/11/2016 à 12:15

Ben écoute. .. J’ai lu la doc que tu as laissé. ..
Pages 37 il y est écrit que les 5 portes Iraniennes sont sortie en 77 et avec des portes de Siete importé d’Espagne. …

philippe

Le 18/11/2016 à 13:16

Oui la 5 portes es tbien sortie en Iran en 77 alors qu’elle n’est sortie qu’en 80 en Europe.
Et évidemment tout ce qui était interchangeable venait de Flins à l’exception des portes qui ne pouvaient venir que de Valladolid. Les etudes des Siete et 5 5 portes avaient réalisées dès la fin des années 60. Déjà en 1980 la R5 datait, mais la priorié avait été mise sur les R9/R11 en vue de prendre le marché US des voitures économiques (sans grand succès). La SuperCinq arrivera en 1984 alors que la 205 faisait des ravages depuis 1982.

fc30

Le 16/11/2016 à 22:20

Merci pour ce très intéressant article, qui me rappelle les FASA Renault 7 croisées en Espagne et aux autres modèles (6 GTL, 11 « 5 velociades », 21 « GTI 12v »,…) aux spécificités plus ou moins marquées par rapport aux versions françaises.
Mes parents, puis moi comme première voiture, avons longtemps eu une Clio I importée d’Espagne, avec quelques différences par rapport à la version française : type mine (ce qui compliqua d’ailleurs son immatriculation en France – c’était pourtant une 1.9D), finition spécifique (d’autant plus que c’était une série spéciale Fuga, proche de la Club Med française mais avec un compte tours mais pas de vitres électriques ni de banquette fractionnée), emplacement du bouton de warning…
A noter que jusqu’à la fin des années 90, il y eut une double industrialisation entre l’Espagne et la France de la plupart des modèles Renault (il y a aussi eu la Twingo assemblée à Valladolid et la Laguna à Palencia).

philippe

Le 16/11/2016 à 23:16

Je ne crois pas qu’il y ait eu de Twingo assemblées à Valladolid mais au Portugal à Setubal, une usine qui n’existe plus. Oui il y a eu double indus lorsque les capacités d’une seule usine se sont révélées insuffisante. Actuellement la Clio est assemblée à Bursa, à Flins et à Novo-Mesto ! Il est vrai que si la Micra ne démarrait pas à Flins et si Smart Fourfour et Twingo saturaient l’usine slovène Flins et Bursa auraient suffi à fournir. Clio2 était industrialisée à Flins et Valladolid jusqu’a ce qu’elle soit transférée en fin de vie à Novo-Mesto en 2007. Il en ira toujours ainsi au gré de l’équilibre offre/demande, les usines sont désormais suffisamment flexibles pour démarrer à peu près n’importe quelle véhicule de la gamme en 6 mois. La monoculture instaurée par Ghosn à son arrivée en remplacement de Schweitzer aura fait long feu.

J2M

Le 17/11/2016 à 00:12

Euh, la R5 5 portes en Iran à partir de 1974 ?
Elle a été présentée dans cette configuration en France dans les tous derniers jours de juin 1979.
Les ouvrants avaient été étudiés dès l’origine et seront effectivement attribués à la siete dès 1976 pour remplacer la R8.
Mais en 5 portes en Iran avant juin 79… Ou même après avec les évenement que connaissait ce pays ?
En France, n’oublions pas qu’elle nait fin janvier 72. Elle chasse la R8 et laisse les 4 portes à la R4 et à la R6.
Elle vient ferrailler avec la Fiat 127, seule sur le créneau de la petite élégante polyvalente. La mini, l’Autobianchi A112 sont aussi de ses concurrentes, mais sans les aptitudes routières…

J2M

Le 17/11/2016 à 21:50

Complément : la page Renault Classics pose le problème… classique des sources d’étude.
Oui, la 5 portes fut étudiée en même temps ; oui, l’accord de 66 empêcha sa sortie ; mais svp une source sur la présence en Iran de la 5 portes dès 1977.
Curieusement, pas de photo sur ce point essentiel !

Jean-Michel

Le 18/04/2017 à 15:53

La R5 iranienne s’appelait Saipa. Elle sera remplacée par une version modernisée équipée d’un moteur Mazda et baptisée Sepand. De nombreuses photos de ces deux modèles sont disponibles sur le net.

Jean-Michel

Le 18/04/2017 à 15:49

La R5 a commencé à être produite en Iran, en 1976, sous le nom de Saipa. Celle-ci est devenue Sepand suite à un restylage et l’adoption d’un moteur Mazda et a été produite jusqu’à il y a peu.

Quelques particularités de la production espagnole, outre la R7: R6GTL, R14GTS, R8TS ( mythique ici!), R12S (sorte de TS beaucoup mieux présentée avec calandre à quatre phares, toit vynil en option, etc.). Nombreux modèles du bas de gamme avaient un moteur différent de leur homologue français (1037cc notamment)

SchiacciaGhiaccio

Le 07/03/2018 à 21:45

Durant l’été 1981, j’avais un correspondant espagnol qui habitait Valladolid et dont le père travaillait à l’usine FASA-Renault. Et un jour, j’ai vu une Renault 9 circuler dans la campagne alentour alors que cette voiture n’était pas encore sortie. Je l’ai reconnue immédiatement car j’avais vu antérieurement des photos de prototypes dans les revues automobiles. Du haut de mes 15 ans, j’étais très fier d’avoir pu voir une voiture non encore commercialisée !

philippe

Le 07/03/2018 à 21:59

Promenez-vous vers Vélizy ou Montbéliard c’est toujours le cas 🙂

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