Ferrari 408 4RM: 4 roues motrices laissées sans suite

Publié le mardi 22 août 2017.
Mis à jour le vendredi 5 avril 2019.
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Non, vous n’avez jamais croisé une Ferrari 408 RM dans les rues, ne cherchez pas. Peut-être l’avez-vos aperçue dans les pages des magazines sur papier glacé (je me souviens par exemple d’un vieux numéro d’Automobiles Classiques, récemment décédé). Cette Ferrari (ou plutôt ces deux Ferrari) n’aura pas de suite commerciale. Il ne s’agissait à l’époque que de tester un concept et de nouveau mode de production. Un test donc, mais à l’histoire intéressante.

Revenons au début des années 80 : Audi et sa Quattro Sport (lire aussi : Audi Sport Quattro) révolutionne tant en Rallye que sur le marché l’utilisation de la transmission intégrale, jusqu’alors réservée à ce qu’on appelait alors les 4×4 (ou quat’ quat’ quoi!). Chez Ferrari, on a parfois l’air suffisant, mais on prend la concurrence au sérieux, et on n’attend pas le déluge pour explorer de nouvelles pistes. Mauro Forghieri quand à lui, est un excellent ingénieur, mais il a perdu de son influence au sein de la Scuderia, et il accepte de diriger un groupe d’ingénieurs et de techniciens sous la dénomination Ferrari Engineering : une entité informelle qui fait de la R&D en quelque sorte, pour Ferrari comme pour d’éventuels clients.

Le petit groupe va donc s’attaquer à un défi de taille : réussir à allier moteur central et transmission intégrale, mais aussi tester de nouveau process. Le fruit de leurs recherches pourra, le cas échéant, être utilisé soit en compétition, soit sur des voitures de série, soit… au plus offrant (Ferrari n’est pas alors aussi rentable qu’aujourd’hui).

 

C’est en juin 1987 que la première 408 RM va pointer le bout de son né. De couleur rouge, numéro de châssis 70183, elle dispose de 4 roues motrices (4RM), du moteur V8 4 litres de la 328 (le numéro de la voiture devient limpide pour vous je le sens) et d’un châssis en acier. La deuxième la rejoint un an plus tard en 1988, de couleur jaune, numéro de châssis 78610, châssis qui lui sera en aluminium collé par adhésif. Cette dernière voiture est encore conservée à Maranello, soit dit en passant. La ligne n’est pas travaillée dans un sens esthétique, mais efficace, signée Scaglietti.

Ces deux voitures n’avaient pas vocation à être commercialisées : il s’agissait de sujets d’étude. Une étude qui tourna court, l’heure n’était pas encore tout à fait, selon Ferrari, à ce type de transmission sur des voitures de Grand Tourisme ou de Sport. Erreur.

Fin 1987, Mauro Forghieri quitte Ferrari, ayant sans doute l’impression d’être mis au placard. Débauché par Lee Iacocca, le grand patron de Chrysler omniprésent dans les 80’s, il va avoir la tâche de diriger l’équipe d’ingénieurs de la toute nouvelle filiale du groupe américain : Lamborghini. Si Forghieri va beaucoup s’occuper du moteur de Formule 1 que l’on retrouvera notamment chez Larrousse (lire aussi : L’aventure Venturi-Larrousse), il va aussi contribuer à faire évoluer la Lamborghini Diablo, née en 1990 (lire aussi : Lamborghini Diablo). Et que croyez-vous qu’il arriva en 1993 : bim, une transmission intégrale sur une sportive à moteur central, la Diablo VT.

Entre temps, Forghieri était parti chez Bugatti, en 1992, pour en reprendre la direction technique (lire aussi : Bugatti EB110 GT). Si le développement de la voiture n’était pas de son fait, nul doute que sa connaissance de la transmission intégrale vue chez Ferrari, puis Lamborghini, ne pouvait pas faire de mal pour une voiture, l’EB110, dotée d’une telle transmission.

Chez Ferrari, il faudra attendre 2011 pour qu’un telle système soit adopté sur la remplaçante de la 612 Scaglietti, la FF. Mais il s’agissait d’une voiture au V12 placé à l’avant. Il faut croire que la marque au cheval cabré n’avait pas besoin de cet artifice pour continuer à séduire.

Images: Autocapital, DR

 

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15 commentaires

Patrick

Le 22/08/2017 à 16:26

Amusant je lui trouve un petit côté NSX 🙂

Nous75

Le 22/08/2017 à 17:03

Moi la jaune , à cause de la surface vitrée, elle me fait penser à la Stratos.

L'abbé Taillere

Le 22/08/2017 à 17:10

Niveau design c est quand meme un mélange de genre particulier….des éléments à la fois des modeles de l’époque avec des elements évocateurs du design repris par la future Testarossa (vue 3/4 arrière notament)

John

Le 22/08/2017 à 17:21

Je connaissais l’auto, mais pas l’histoire.
Merci.
Je reste fan des protos avortés des 80’s…
Tu en as d’autres sur le feu?

Nabuchodonosor

Le 22/08/2017 à 19:28

Vous avez quoi ? Et bien je vais vous le dire… Je soupçonne Gaino, pas la plume de notre ancien Président, mais un certain Carlo d’avoir reçu, disons, l’ispirazione divina, lorsqu’il commit la Maserati Barchetta puis la De Tomaso Guara…
http://boitierrouge.com/2014/08/13/de-tomaso-guara-la-fin-dune-epoque/
Enfin bon, que cela reste entre gentlemen…
🙂

Nabuchodonosor

Le 22/08/2017 à 19:29

« Vous savez quoi »
merda…

Pierre

Le 22/08/2017 à 19:48

Je me permettrai un bémol concernant la FF, il ne s’agit pas à proprement parler d’une 4RM puisque les roues avant ne sont enclenchées que jusqu’en troisième, la faute a une architecture 2 x 2 roues motrices, chaque train étant entraîné par une boîte de vitesses

Wolfgang

Le 23/08/2017 à 08:47

Stratos un peu, nsx un peu aussi en effet.
Je rajouterais un côté Lotus Élan traction.

c’est pas ce qu’ils ont fait de plus beau.

Choco

Le 23/08/2017 à 13:35

On a connu moins laid comme proto, même si là il s’agit surtout de technique plus que d’esthétisme. Au vu des dates on arrive à se demander si Honda ne s’en ai pas un peu inspiré pour la NSX toutefois.

Engrenure

Le 24/08/2017 à 22:46

Moi, elle me fait aussi penser à la Fiero MKI.

Mat Ador

Le 23/08/2017 à 16:44

Ce qui me fascine en regardant les photos de cette 408 4RM que je ne connaissais pas (merci BR), c’est l’incroyable évolution des jantes. Je me suis demandé à propos, pourquoi celles de Ferrari formaient une étoile à cinq branches.
La réponse est peut-être spirituelle car les cinq éléments sacrés de la Wicca sont représentés sur une étoile à cinq branches. Le pentacle représente la Terre, l’Air, le Feu, l’Eau et l’esprit de l’humanité, entouré par l’amour infini (le cercle) de l’Esprit. Je penche toutefois pour une raison plus patriotique car l’étoile à cinq branches est présente dans les symboles de la patrie italienne. Le Stellone, étoile blanche à cinq branches, métaphore du destin de feu de l’Italie, entourée d’une couronne de laurier est adopté le 05 mai 1948 soit moins de deux ans après la naissance de la république italienne le 02 juin 1946. Or la Scuderia Ferrari fut réactivée précisément en 1947 par il Commandatore après sa brouille avec Alfa. En 1948 ce sera les débuts des bolides au cheval cabré en F1 équipés alors des magnifiques jantes Borrani à rayons avec écrou papillon sur moyeu central et tambour cannelé. 1964 verra le tour des fameuses jantes en alliage d’aluminium à cinq branches de treize pouces sur la F158 qui marquera l’ère du V8 et du châssis semi-monocoque autoportant en alu…

Nabuchodonosor

Le 23/08/2017 à 17:36

Fratelli d’Italia
L’Italia s’è desta,
Dell’elmo di scipio
S’è cinta la testa.
Dov’ la vittoria ?
Le porga la chioma,
Ché schiava di Roma
Iddio la creò.

Matthieu

Le 10/04/2018 à 16:01

Sans vouloir paraître déplacé, ce qui me fascine personnellement c’est les gens qui cherchent des significations cachées à tout. Pas que l’explication patriotique soit impossible, mais aller chercher un lien avec les wicca (quel rapport d’ailleurs?) c’est quand même capillotracté, alors qu’en design automobile la réponse est souvent simple: et si c’était simplement parce que c’était beau et/ou efficace? 😉

Surtout que Ferrari est loin d’être le seul constructeur à avoir utilisé ou fabriqué des jantes à 5 branches.

Greg

Le 29/08/2017 à 16:58

Pour ma part, j’avais découvert cette auto dans le magazine Échappement, à l’époque.
Si le proto rouge reposait sur un châssis en acier, il s’agissait néanmoins d’une structure monocoque.
Les grossiers châssis tubulaires encore en vigueur à Maranello étaient un pesant héritage des années 50…
L’outillage nécessaire pour emboutir les éléments d’une structure monocoque était absolument hors de portée de Ferrari.
Aussi, Mauro Forghieri avait conçu pour cette 408 un châssis coque en tôles d’acier pliées et soudées 😉
Les Venturi n’étaient pas produites autrement !
La 408 embarquait aussi une transmission intégrale non permanente par visco-coupleur Ferguson, ce qui la distinguait précisément des Audi Quattro mais surtout d’une autre laboratoire roulant: la Porsche 959 avec ses différentiels pilotés d’une complexité effroyable.
Enfin, l’équipementier Valéo avait « offert » à Ferrari la primeur de ses tout nouveaux projecteurs lenticulaires: c’était la première fois qu’on les voyait…
La Ferrari 348 de production reprendra plus tard le principe de la monocoque en acier, la disposition moteur longitudinal-boite transversale, et les phares lenticulaires 😉

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