Ferrari F50 : démonstrateur technologique en série limitée

Publié le lundi 20 août 2018.
Mis à jour le jeudi 8 août 2019.
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La Ferrari F50 est une voiture paradoxale : chef d’œuvre et point d’orgue de la gamme Ferrari de l’époque, objet de spéculation en série limitée, elle inaugurait pourtant un nouveau design entièrement tourné vers l’efficacité au détriment de la pure beauté – un design moins évident que le reste de la gamme à l’époque (F355, F512 M, ou 456 GT) et que l’on retrouvera un peu sur la F360 Modena de 1999. Petite histoire de cette Ferrari mythique, héritière de la F40 !

Depuis 1992, la F40 n’était plus produite à Maranello. Après 1 311 exemplaires produits depuis 1987, au lieu des 400 initialement prévus, Ferrari ne disposait plus de « supercar » dans sa gamme. Sous l’impulsion de Luca di Montezemolo, président de l’entreprise, on décida donc d’offrir une héritière à la dernière Ferrari développée sous l’égide d’Enzo Ferrari, une sorte d’hommage dont le nom sonnerait comme une résonance à cette première F40, et pourrait presque faire croire à une référence aux 50 ans de la marque. C’est ainsi qu’est lancé le projet F130, alors que la F40 est encore sur les chaînes de production, mais avec l’idée d’une voiture vitrine du savoir-faire technologique et sportif de Ferrari.

La Ferrari F50 n’est pas la plus belle des supercars, mais elle dérive directement d’une voiture de course, la 333 SP

Contrairement à la F40 dont on avait augmenté les volumes de production pour répondre à l’énorme demande (pour ce type de marché) et profiter de la spéculation, la F50 devait rester exclusive : seuls 349 exemplaires seraient vendus, pas un de plus. Pour « préserver » l’exclusivité, il y avait déjà le prix : avec un chèque de 2,7 millions de francs à signer, il fallait avoir de solides réserves financières. Mais en outre, il fallait, pour pouvoir prétendre à cette F50, être déjà propriétaire d’une Ferrari à moteur V12. La F50 est en quelque sorte la première Ferrari issue de la politique de rareté instaurée par di Montezemolo, privilégiant la cote sur le long terme, protégeant l’image de marque par une rareté savamment entretenue : une politique encore d’actualité aujourd’hui.

Vous l’aurez compris, s’il fallait déjà rouler en V12 de la marque pour s’acheter une F50, c’est que cette dernière contrairement à la 288 GTO ou la F40 qui lui succéda, n’optait pas pour le V8 suralimenté, mais bel et bien pour un 12 cylindres en V atmosphérique ! Adieu la brutalité et le côté alternatif du turbo, place à la puissance naturelle et progressive jusque très haut dans les tours, avec 520 chevaux pour une cylindrée de 4.7 litres et 60 soupapes.

Autre différence avec ses ancêtres, la F50 n’est pas le fruit de choix de circonstances. La 288 devait être une Groupe B, une discipline que Ferrari ne connaissait pas bien, et dont la F40 reprenait la base, adaptée à la piste. La F50, elle, se voulait issue du meilleur de Ferrari, sa discipline de prédilection : la Formule 1. Elle espérait d’ailleurs permettre à ses clients de tutoyer l’expérience d’une F1, mais sur route, d’où le choix d’une carrosserie découverte (même si un toit hard top permettait d’en avoir une utilisation un peu plus polyvalente).

Ce n’est pourtant pas une Formule 1 qui servira de base de travail aux équipes de Maranello, trop compliquée à adapter à un usage routier, mais la barquette 333 SP qui courait en IMSA en 1994. Cela assurait au projet F130 les gènes de la course, du circuit et de la compétition en règle générale. Comme en F1, le design n’était pas le fruit du hasard, mais d’un travail en soufflerie pour la meilleure aérodynamique et la meilleure efficacité possibles. Le dessin était signé Lorenzo Ramaciotti pour le compte de Pininfarina, et tranchait franchement avec la production Ferrari de l’époque, à laquelle il ne se rattachait pas. Mais à voiture extrême, design extrême !

La F50 disposait d’une carrosserie monocoque en matériaux composites (kevlar et carbone), à la manière des monoplaces reines, tandis que le moteur était lui aussi porteur. Légèreté, équilibre, tenue de route et puissance, tels étaient les maîtres mots de la F50. Et force est de constater qu’à défaut d’être beau, le résultat est époustouflant ! Avec 325 km/h en vitesse de pointe, et un 0 à 100 en moins de 4s (3,8 pour être précis), la F50 offrait des performances de tout premier plan. Et c’était bien le but de la manœuvre : affronter la concurrence sur le domaine des performances et de la technologie, notamment McLaren et sa F1 (lire aussi : McLaren F1), ou Bugatti et son EB110 (lire aussi : Bugatti EB110). En revanche, étrangement, la F50 disposait d’une transmission classique, manuelle à 6 vitesses, avec la fameuse grille Ferrari.

La F50 ne sera produite que durant deux ans, arrivant à faire coïncider sa fin de carrière avec le réel cinquantenaire de Ferrari, entre 1995 et 1997. Les 349 exemplaires trouvèrent tous preneurs, comme l’avait prédit Montezemolo, laissant quelques amateurs sur le carreaux, obligés d’attendre qu’un propriétaire se sépare de sa bête pour en obtenir une, et entretenant effectivement la cote jusqu’à des sommets (environ 1,5 millions d’euros aujourd’hui). Il fallut en outre attendre 2003, soit 6 ans, pour voir apparaître une héritière dans la catégorie supercar, avec la fameuse Enzo (lire aussi : Ferrari Enzo). Evidemment, seule une petite catégorie de personnes particulièrement fortunées et passionnées pourront un jour s’offrir un tel jouet, même s’il est toujours permis de rêver.

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

Motorisation

Moteur V12 à 60°, 60 soupapes, longitudinal Central AR
Cylindrée 4698 cm3
Alimentation Gestion électronique Bosch Motronic 2.7
Puissance 520 chevaux
Couple 471 Nm à 6500 tours

Transmission

Roues motrices Propulsion
Boîte de vitesses Manuelle 6 vitesses

Roues / Pneus

Pneumatiques Avant 245/45 ZR18, Arrière 335/30 ZR18

Dimensions

Longueur 4480 mm
Largeur 1986 mm
Hauteur 1120 mm
Poids à vide 1350 kg

Performances

Vitesse maxi 325 km/h
Production 349 exemplaires (1995-1997)

Tarif

Cote moyenne 2018 1,5 millions d’euros

 

 

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13 commentaires

Benetteau

Le 20/08/2018 à 14:56

Très bon article d’introduction sur la Ferrari F50 ! Je me rappelle encore la miniature Burago dans ma chambre, un rêve si inaccessible ..

Alliou72

Le 20/08/2018 à 15:00

Merci Boitier Rouge pour ces articles généraux ! Couplés aux articles pointus, ces articles sont très intéressants. Quelle beauté cette F50….

michel

Le 20/08/2018 à 19:09

Merci Boitier Rouge pour ce superbe bouquin promis, financé, et jamais terminé….

Choco

Le 20/08/2018 à 16:29

Mais quelle bagnole ! Pourtant elle m’avait laissé un peu froid à sa sortie, pour une histoire de style. Les années passant j’ai changé d’avis : ultra désirable, rare.
J’ai le souvenir d’un Top Gear où les Anglais en disaient tout le mal qu’ils en pensaient : Je m’en contenterai bien moi.
Paul, j’ai cliqué sur le lien en bas de l’article : pas moyen d’en trouver une en vente ! 🙂

Anne-Claire

Le 20/08/2018 à 22:10

Bonsoor Choco,

C’est normal il faut faire une demande à CarJager qui sera en mesure de trouver une auto.
Notre société est spécialisée dans la recherche et la vente d’auto de collection grâce à son reseau de centaines de professionnels du marché.

Nos brokers se tiennent à votre disposition,

Bien à vous.

a

Le 21/08/2018 à 22:34

Votre société est-elle au courant de la date de la sortie du magazine, annoncé comme imminente par Paul ?

GILLES44

Le 20/08/2018 à 17:22

Même si la technique provient de la compétition et que la carrosserie est façonnée par les contingences aéro, il est amusant de constater que l on peut dater ce type d auto extrême du premier coup d oeil, 80′ pour la F40 taillée à coup de serpes et 90′ pour cette F50 limite bio design.
La plus ancienne, brute de décoffrage, ayant ma préférence ; question de génération sans doute…

Yo

Le 20/08/2018 à 19:41

Un des meilleurs essais que j’ai trouvé sur youtube (activez les sous-titres en français si vous ne parler pas l’italien) :

RRC

Le 20/08/2018 à 19:56

Superbe auto dans laquelle j’ai eu la chance de monter… un bijou technologie.
Je préfère la F40 qui est pour moi plus bestiale sur un plan ligne mais la je chipote !
Paul j’adore votre blog et votre style de plume dommage cependant que les articles soient plus rares.

Chris.

batman

Le 22/08/2018 à 07:52

Et le bouquin?

Gougoul

Le 25/08/2018 à 17:33

Le concessionaire local m avait raconte a l epoque qu un proprietaire avait oublie de fermer la portiere en amenant la voiture pour le service….
Une bourrasque de vent plus tard le carbone autour de l ancrage de la dite Porte etait arrache avec une facture a l avenant…
Qualite quand tu nous tiens….

gtman

Le 26/08/2018 à 13:14

Albert Uderzo en possédait une.

Choco

Le 27/08/2018 à 12:02

Pour la photo qui illustre l’article, la F50 est équipée de jantes à 5 branches, que j’avais pour ma part jamais vu. En revanche sur les autres photos, les jantes sont celles plus connues en forme de pentagramme. La 1ere photo vient d’où ?

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