Fiat 130 Opéra: la berline refusée de Pininfarina

Mercredi 31 janvier 2018
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Lorsque le Coupé Fiat 130 fit son apparition en 1971, il ringardisait d’un seul coup la berline dont il dérivait, pourtant commercialisée depuis à peine deux ans. Là où la 130 faisait dans le classique un brin baroque, le Coupé, habilement dessiné par Pininfarina, s’offrait une ligne moderne, simple et efficace : un des plus beaux dessins de la décennie ! Devant l’insuccès du « flagship » turinois, Pininfarina sentit qu’il y avait un coup à jouer et proposa à Fiat, en 1974, une nouvelle berline, dérivée du coupé 130 : la Fiat 130 Opera.

La Fiat 130, qui devait concurrencer BMW et Mercedes sur le marché des berlines haut de gamme, pédalait sérieusement dans la semoule depuis son lancement. La faute, sans doute, à de trop nombreuses hésitations lors de sa conception, engendrant une voiture hésitante techniquement, et dotée d’un moteur V6 spécifique (et donc différent de celui de la Dino, lire aussi : Fiat Dino) particulièrement vorace, et peu performant malgré ses 165 chevaux DIN. Sa plate forme était elle aussi spécifique, bidouillée à partir de celle d’une 125, tandis que son design semblait ancré dans les années 60.

Si le coupé héritait des mêmes solutions techniques (plate-forme inchangée, V6), le passage chez Pininfarina transformait véritablement la voiture, lui donnant un air particulièrement moderne. Mettre côte à côte une 130 et sa version Coupé donnait l’impression d’une différence de génération flagrante. Persuadé de la pertinence de son dessin, Pininfarina envisagea alors de décliner son Coupé pour donner des idées à Fiat. Deux modèles seront ainsi présentés en 1974 : la Fiat 130 Maremma (lire aussi : Fiat 130 Maremma), un break de chasse, et la Fiat 130 Opéra, une berline 4 portes.

Les propositions de Pininfarina auraient permis d’unifier la gamme 130 autour d’un seul style (le sien), et – peut-être – de donner un coup de fouet aux ventes par le simple fait d’un dessin plus moderne. Si la Maremma séduisit Agnelli au point de s’en servir régulièrement comme véhicule personnel, elle ne sera pas déclinée sur le marché. Pas plus que l’Opéra d’ailleurs.

Pourtant, le passage de 2 à 4 portes donnait un résultat tout à fait admirable. La Peugeot 604 qui sortira un an plus tard lui ressemblait un peu, sans atteindre sa finesse caractéristique (lire aussi : Peugeot 604). Bien que basée sur la 130 berline, l’Opéra donnait une toute autre impression : en étirant le profil du coupé, elle s’en trouvait visuellement allégée et élancée.

Malgré la réussite esthétique du projet, l’Opéra ne remplacera jamais la 130 ! Il faut dire que dès la crise pétrolière de 1973, les pontes de chez Fiat savaient déjà la 130, berline ou coupé, condamnée par sa consommation excessive, et la tentative de concurrencer BMW ou Mercedes illusoire. Les deux modèles survécurent jusqu’en 1976 (berline) et 1977 (coupé) mais quittèrent la scène sans successeurs véritables, la 132 faisant alors office de haut de gamme (mais sans V6), puis la Croma en 1985 (là encore sans V6, il faudra attendre la 3ème série pour l’en voir dotée, en toute fin de carrière en 1993). Au total, seuls 15 093 berlines et 4294 coupés seront produits.

Pourtant, ce galop d’essai donnera des idées à Pininfarina, qui tentera une fois encore de proposer une gamme complète issue du coupé Lancia Gamma : berline, break de chasse et targa. Là encore, la direction du groupe Fiat déclinera la proposition malgré un dessin une fois de plus réussi (lire aussi : Les dérivés de la Lancia Gamma).

Ne cherchez pas de Fiat 130 Opéra dans les petites annonces : il s’agit d’un prototype unique. Clin d’oeil de l’histoire, une autre berline dérivée d’un coupé, présentée en 1972, porte le même nom : la Citroën SM Opéra réalisée par Chapron (lire aussi : Citroën SM Opéra). En nommant la 130 de la même manière deux ans plus tard, Pininfarina avait-il voulu faire un clin d’oeil à son confrère français ?

 

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8 commentaires

venturi addict

Le 31/01/2018 à 13:45

comment ne pas penser à la peugeot 604 ?

berttrand

Le 09/02/2018 à 22:19

Et comment ne pas penser non plus à la Ford Granada

François-Xavier

Le 31/01/2018 à 14:35

Elle n’était pourtant pas laide, la Fiat 130, mais la placer à côté du coupé fait nécessairement ressortir l’absence d’âme de l’une et la parfaite réussite du dessin de l’autre…
Cet article me rappelle un projet de coupé 406 doté de portes arrières, vu dans la presse automobile de la fin des années 90. S’agissait-il d’une proposition de restylage de la berline émanant de Pinifarina ? D’un projet PSA ? D’un simple photo-montage ? J’avoue ne plus m’en souvenir, mais crois me rappeler que l’auto ne manquait pas d’allure…

F-X

Dubby Tatiff

Le 31/01/2018 à 17:26

Joli coup de crayon !

Antoine

Le 31/01/2018 à 18:30

Elle est même plus belle en berline Pininfarina qu’en coupé à mon goût. La 130 berline reste malgré tout interessante pour son look improbable de grosse Lada de luxe.
L’auto fut créée avant l’intégration de Lancia et le positionnement de la 130 (berline et coupé) devenait d’autant plus délicat face aux Flavia devenues 2000, puis à la Gamma.
D’ailleurs la Gamma eut une histoire similaire à celle de cette 130 : une berline ingrate, un coupé élancé, une gamme de dérivés basés sur le coupé créée par Pininfarina. Cette 130 était-elle prémonitoire ?

SRDT

Le 31/01/2018 à 20:49

Je n’avais par remarqué au début mais le prototype est asymétrique, la vitre de la porte arg est bien jolie mais elle ne doit pas descendre des masses.
D’ailleurs en parlant de ça l’inclinaison des montants ar ne doit pas aider l’accessibilité, surtout comparé à la « vraie » berline.

24heures

Le 31/01/2018 à 22:07

Ah, la Fiat 130, associée pour toujours aux premiers instants de ce chef d’œuvre qu’est « La grande bouffe »!
En ce qui concerne la version Opéra je trouve le profil déséquilibré à cause de ce porte à faux AR démesuré. Sinon la proposition ne manque pas d’intérêt, un mix entre la face AV d’un coupé 504 et la face AR d’un coupé Gamma…

J2M

Le 03/02/2018 à 11:01

La berline était baroque à souhait, et même ses rous indépendantes à l’arrière ne sauvaient pas un ensemble né démodé.
Le coupé était affecté d’un dessin plat et maladroit, dans tous les sens du terme.
Placées à côté de la berline et du surtout du coupé équivalents du concurrent bavarois, les deux carrosseries ne tenaient pas la comparaison.
On était à la limite du délre stylistique, tant les proportions étaient outrées.
Ce côté « too much » se retrouvera quelques mois plus tard dans l’Alfa 6, Alfa la plus laide de l’histoire.
Une Fiat Dino « quattroporte » avec un peu d’embonpoint aurait été autrement convaincante, dans un genre peu exploré à l’époque (Lagonda, Monica).

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