Ford Anglia 105E : l’amie britannique et magique

Publié le mercredi 24 juin 2015.
Mis à jour le vendredi 5 juillet 2019.
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Comme en France, on est chauvin, on se gargarise aujourd’hui de la créativité de notre constructeur « innovant » Citroën, qui eut le culot de présenter en 1961 un drôle d’oiseau à la vitre arrière inversée, l’Ami 6 (lire aussi : Citroën Ami 6). Et comme on a la mémoire courte (ou la culture automobile à géométrie variable), on oublie volontiers qu’une anglaise l’avait devancée dans la voie de l’originalité esthétique : la Ford Anglia, présentée en 1959.

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Il aura fallu attendre le succès au cinéma d’Harry Potter pour redécouvrir cette petite voiture britannique, sorte de croisement anachronique entre une Daf et une Ami 6 ! Il faut dire qu’en France, à l’époque, les petites populaires étaient une spécialité, et Ford n’y vendit jamais beaucoup d’Anglia. Cela explique la méconnaissance du grand public pour cette petite british qui se vendit pourtant fort bien entre 1959 et 1968.

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La 105 E donc (c’est son petit nom technique) succède 100 E en proposant une carrosserie bien plus originale. Phares ronds à l’américaine, calandre large lui donnant un drôle de sourire, et surtout cette lunette arrière inversée, vantée dans les publicités de l’époque comme une grande innovation (propreté de la vitre par temps de pluie notamment) alors que l’effet est surtout esthétique et distinctif, surtout au moment de son lancement, alors que l’Ami 6 n’est encore qu’en gestation.

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La Ford Anglia rencontrera assez rapidement le succès en Grande Bretagne, rendant fiers les dirigeants de la filiale anglaise de Ford, et donnant des idées d’expansion continentale. Après tout, pourquoi cette petite voiture ne réussirait pas à convaincre les européens ? Pour cela, elle sera donc produite localement, dans l’usine Ford d’Anvers, en Belgique, à partir de 1961, sous le nom d’Anglia Sportsman (et le code 106E). Elle se distinguait notamment par une roue de secours rajoutée au cul, comme pour la rendre statutaire et plus américaine que britannique. La même année, Ford déclinait sa petite voiture dans une version break (nom de code : 307E).

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Un point commun entre toutes ces Anglia : leur moteur « supercarré » de 997 cm3 et 37,5 chevaux (à ce niveau de puissance, ½ cheval ça compte). Oh je vous vois venir avec votre remarque : c’est quoi un moteur supercarré ? C’est tout bête : l’alésage est supérieur à la course, ce qui en gros veut dire gros pistons et petits manetons, pour faire simple. Cette configuration favorise les montées en régime, et surtout les bidouillages géniaux qui permettront à ce moteur de finir par se retrouver monté sur des Formules 3. En 1962, une version plus puissante sera aussi proposée sur l’Anglia Super (nom de code 123E) avec une cylindrée de 1,2 litres et 48 canassons. De quoi atteindre 132 km/h tout de même !

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Vous l’aurez compris, la Ford Anglia, quel que soit le modèle, n’est pas une fusée, mais comme son point faible, c’est le freinage, ce n’est pas forcément un mal. Et puis finalement, il s’agit avant tout d’une citadine plus que d’une routière, et en cela, ses petits moteurs sont largement suffisants pour un poids inférieur à 800 kg! De toute façon, en acheter une aujourd’hui relève plus du plaisir d’un gosse s’achetant une Dinky Toy que du désir de faire du rallye. Car il faut bien l’avouer : elle a vraiment un look craquant, surtout en peinture bicolore et pneus à flanc blanc.

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Le problème en fait sera surtout d’en trouver une en bon état. Même si 1 083 960 exemplaires seront construits en Angleterre ou en Belgique, peu d’exemplaires en bon état auront survécu. Il faut dire que l’Anglia, comme de nombreuses voitures à l’époque, souffrait d’un mal incurable : la rouille galopante, accentuée par l’humidité des îles britanniques où la majeure partie des exemplaires ont été vendus. Son moteur intéressant, robuste, et propice à la gonflette, fera souvent l’objet de cannibalisme, tandis qu’un grand nombre furent détruit à une époque où elle n’était plus qu’une vulgaire occasion dépassée. Autant dire qu’elle est désormais devenue rare, et son succès cinématographique l’a remise sur le devant de la scène : elle est désormais recherchée (surtout en Angleterre où les aficionados sont nombreux. Elle conserve cependant une côte relativement basse (entre 3 000 euros pour une voiture correcte, et 5000 pour un modèle parfait).

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2 commentaires

pierre

Le 29/06/2015 à 11:37

La rivale de la Kadett A a l’epoque …..
bien plus habitable et « vraie »voiture que les francaises (ami 6 ou R4 plus utilitaires), mais moins nerveuse et amusante que les italiennes (850 ou 1100 R).
Pour avoir fait , enfant, des kilometres dans un Break j’en ai gardé un bon souvenir de cette Ford.

Frédéric

Le 06/08/2017 à 23:37

Quel exotisme dans les Ford anglaises de cette époque, les Zephyr, Zodiac et autres Capri (pas le coupé sport, l’autre). De même pour les GM Vauxhall Cresta et compagnie.
Les Taunus, Olympia, Record et Kapitan en Allemagne étaient cool aussi. L’Amérique à tout prix.

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