Ford Everest : le véritable remplaçant des Peugeot P4 (et tant mieux !)

Publié le mardi 9 mai 2017.
Mis à jour le vendredi 9 novembre 2018.
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Que n’a-t-on pas dit au moment de la première tranche de « remplacement » des Peugeot P4 (lire aussi : Peugeot/Panhard P4) par des Ford Ranger (lire l’essai ici : l’essai du Ford Ranger). Lorsque j’avais démontré (du moins je l’espère) point par point la pertinence du choix de l’Armée Française, il s’en trouvait encore pour mettre en avant un nationalisme totalement hors de propos (lire aussi : Ford Ranger de l’Armée Française). Et pourtant, la deuxième tranche du contrat signée en décembre 2016 n’a provoqué ni remous ni réactions au delà des cercles autorisés et des forums spécialisés. Car pour le reste, ce sera le Ford Everest qui remplacera la vieille P4 !

Il était temps que notre bon vieux P4 prenne sa retraite ! Son coût de maintenance devenait faramineux pour un véhicule des années 70 !

Avant de commencer à crier haut et fort au scandale, autant le dire tout de suite : si les Ranger sont arrivés avec très peu de changements par rapport à la série (mis à part quelques détails comme des grilles de protection des phares), les Everest devront subir une militarisation poussée, et tout cela se fera en France. Au total, 3700 exemplaires passeront par Saint Nazaire pour y recevoir leurs attributs militaires pour une somme d’environ 15 000 euros par véhicules (le coût unitaire de chaque Everest est quant à lui de 35 000 euros hors remise « volume », prix catalogue quoi, soyez sûrs qu’une « négo » sera passée par là pour diminuer le coût unitaire). Acmat ? Oui, cette filiale de Renaut Trucks Defense (RTD), elle-même filiale de Volvo Trucks, produisait déjà pour l’Armée les fameux VLRA (lire aussi : Acmat VLRA), entre autres.

Pouvait-on acheter franco-français pour cette deuxième tranche ?

La question en soi est un piège : aujourd’hui, rien n’est franco-français, et encore moins dans les matériels militaires, même si on réduit souvent la provenance au badge. Comme ces Ford Everest seront badgés Acmat, on pourrait les trouver aussi français qu’une P4, qui je le rappelle dérive du classe G produit en collaboration entre Mercedes et Puch (lire aussi : Mercedes Classe G). Peugeot, puis Panhard, pour le compte de Peugeot d’abord, et de façon indépendante ensuite, n’en assurait que l’assemblage, la peinture, et la fourniture d’un moteur de 504 et d’une boîte de vitesse de 604. Par la suite, Panhard continuera à fournir l’Armée (et surtout le COS) avec des G à moteur Mercedes (lire aussi : Panhard VPS). Si l’on remonte plus loin, les Jeep Hotchkiss n’étaient que des licences américaines (Kaiser Industries puis AMC/Jeep). Dans une autre logique, longtemps des Marmont américains ont équipé nos armées pour le transport et la logistique.

La Hotchkiss n’était pas plus française que la P4 ou que… l’Everest et le Ranger !

Sans parler de l’armée de l’Air (et de certains unités de la Gendarmerie notamment) qui se s’est équipée en Land Rover Defender sans que personne n’y trouve rien à redire. Le problème est surtout qu’aucun constructeur français n’étant réellement compétent pour fournir l’Armée, il faut bien chercher ailleurs ce que l’on a pas. Certains ont proposé le Duster, militarisé certes, mais il ne répondait qu’à une infime partie du cahier des charges.

Le cahier des charges justement, parlons en !

Il ne faut jamais prendre les militaires pour des cons. Tous patriotes qu’ils soient, ils souhaitent avant tout l’efficacité opérationnelle. Après s’être traîné une P4 sous motorisée, chère à l’entretien, et plus adaptée aux contraintes modernes depuis 1980, il était temps de changer de monture. Tout comme dans les années 70, et puisque nous n’avons pas de constructeur capable de répondre à la demande, on est allé voir ailleurs : Ford aujourd’hui, Mercedes/Puch hier. Et avec la même résultante industrielle (une origine étrangère, mais une adaptation faite en France).

le Ford Ranger

Aujourd’hui (et j’ai l’impression de me répéter), les obligations tactiques ne sont plus les mêmes que dans les années 70 et 80. L’organisation militaire était alors très classique, avec des Armées, Corps d’Armées, Divisions, Brigades et Régiments, agissant de concert dans un affrontement de masse dans les grandes plaines de l’Allemagne et de l’Est face à une Armée Rouge du même acabit. De façon très binaire, on a remplacé un véhicule (la Jeep Hotchkiss) par un autre (la Peugeot P4), dans son rôle de transport de troupe léger, de véhicule de liaison ou de commandement.

Ne jugez pas trop vite, les premiers contents seront les militaires, une partie de l’argent reviendra à une entreprise française (même si Volvo est l’actionnaire, NDLR), avoir un avis c’est bien, savoir ce qu’on fait du véhicule, c’est mieux

Cette situation n’a plus lieu d’être aujourd’hui : l’Armée Française a besoin de différents types de véhicules, protégés (VP) ou non protégés (NP). Pour les VP, on a opté pour français, avec les PVP (Petit véhicule Protégé) construit notamment pas Panhard : une sorte de douche froide malgré l’origine « du cru » puisque certains militaires l’appellent le « Petit Véhicule Pourri » ! Cela ne l’empêche pas d’avoir pris la place de la P4 dans certaines situations opérationnelles (OPEX notamment), puisqu’il existe un vrai danger avec les IED (engins explosifs artisanaux).

Pour les besoins annexes, ne nécessitant ni blindage, ni militarisation, le Ministère de la Défense a fait le choix du Ranger, un pick-up moderne, aux capacités tout terrain bluffantes, disposant d’un confort et d’une capacité d’emport suffisante (contrairement au Duster) pour une disponibilité immédiate et des missions type Vigipirate, Sentinelle, etc. Un choix tout à fait logique, tant militairement (il remplit le cahier des charges, il est référencé par l’UGAP, et surtout il est moins cher). Les patriotes mal informés auront crié au scandale (« on se vend aux Etats Unis » qu’ils disaient) alors qu’il était fabriqué en Afrique du Sud ou en Thaïlande (pour nos modèles), avec un moteur TDCi issu d’un partenariat Ford/PSA, et des boîtes de vitesse fabriquées à Bordeaux.

Dans le même ordre d’idée, la deuxième tranche, moins urgente mais tout de même, avait un cahier des charges plus « militaire » : un véhicule aux capacités de franchissement, facilement transformable, adapté à nos routes, relativement bon marché, et répondant aux souhaits de nos militaires qui n’en peuvent plus de l’antédiluvienne P4. Plutôt que d’aller chercher le « m’as-tu-vu », l’Armée s’est penché sur le cas de l’Everest, lui aussi référencé UGAP, mais non commercialisé en Europe : un véhicule dédié à l’Afrique ou l’Asie du Sud Est, de même gabarit qu’en Europe, mais aux capacités incroyables pour le prix (on trouvera toujours meilleurs, mais pas dans la même gamme de prix d’achat ni de prix d’entretien).

Et le prix dans tout ça ?

Justement, comme le révèle l’excellent blog TRE-Blog (La Succession du P4), les coûts qui paraissent excessifs ne sont pas les coûts unitaires, mais les coûts dans la durée de chaque véhicule (maintenance et pièce de rechange comprise sa durée de vie). Hors négociation, un Everest « Armée Française » coûte 35 000 euros + 15 000 euros de militarisation (chez Acmat, en France) + 75 000 euros maintenance et pièces pendant X années + 10 000 euros de frais divers = 135 000 euros pour X années d’utilisation et non pas 135 000 euros unitaire.

Ford a sans doute fait des efforts pour gagner ce marché, Acmat c’est mis dans la boucle pour « franciser » le contrat (sachant que la maintenance se fera chez eux), et l’Armée Française reste cohérente avec des produits très similaires en terme de pièce de rechange, de maintenance et de formation des personnels (le Ranger et l’Everest sont très proches, et utilisent le même moteur.

Dès 2017, entre 100 et 200 ex seront livrés, puis 500 en 2018, et enfin 1000 ex par an jusqu’à atteindre le volume prévu (3700 ex) en 2021. Entre temps, la P4 aura fait ses adieux aux armes, et croyez moi, c’est tant mieux.

Je remets le lien vers l’excellent article de TRE-Blog.fr : La Succession du P4

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23 commentaires

Joe

Le 09/05/2017 à 16:18

Les seuls qui regretteront la P4 sont ceux, qui contrairement à nous, ne l’on pas utilisée!!!
Quel boucan et quel inconfort…

Guilhem

Le 09/05/2017 à 19:56

Farpaitement, j’en garde des souvenirs… mitigés, pour ne pas dire davantage de vulgarités concernant l’engin… En manœuvre à Canjuers en plein hiver à conduire ce veau n’encourage pas à s’en amouracher, quant aux trajets sur autoroute pour rejoindre ledit camp de Canjuers, mes tympans en garderont éternellement une certaine rancune…

rubinho

Le 09/05/2017 à 16:39

Ford est bien implanté dans les administrations maintenant : focus et mondeo dans la police…, il n’est donc pas étonnant de les retrouver sur ces marchés publiques, surtout qu’ils ont souvent l’habitude des faire de très bons prix sur ce canal de vente
PSA a fait le choix via le pricing power de ne plus foncer sur ces canaux à faibles marges, il est donc normal de ne pas les retrouver ici. Quid de renault?
Qui plus est, il me semble qu’ils avaient qd même fait des propositions de véhicules (prototypes plutot) sur base B9 et Duster mais bon, il faut croire que la renta ne pouvait être là face à l’offre de Ford sur un véhicule de série, déjà industrialisé et efficace immédiatement…
Après dommage ou pas dommage de ne pas voir les constructeurs français gagner les flottes publiques françaises… autre débat 🙂

Paul

Le 09/05/2017 à 16:57

Renault aurait proposé l’Alaskan (en fait un Nissan)… D’ailleurs l’ACMAT dérivé du Nivarra de précédente génération ne rentrait pas dans les coûts, et aurait été plus cher… En fait, il faut parfois se dire qu’on ne peut pas tout faire. On fait déjà un Rafale qu’on exporte enfin, un Caracal que beaucoup nous envie, des Sous-marins hight tech pour l’Australie à 34 milliards de dollars (j’ai un doute tout à coup ahahah, mais pour très cher)… Y’a un moment ou faut admettre sa limite de compétence et ou d’adaptation au marché 😉

Georges

Le 11/05/2017 à 14:31

ALTV Pickup est aussi moins logeable et la base plus ou bientôt plus commercialisé.
Il me semble que le cout de ce programme sera pour plus de la moitié « français ».

Pour le PVP les problèmes devrait être réglé.
Le problème c’est que le PVP est aussi utilisé en dehors de son cahier des charges.

philippe

Le 09/05/2017 à 17:24

L’Armée n’est pas spécialement porteuse d’image, Renault n’avait pas franchement d’intérêt à brader des Alaskan pour de si faibles volumes. Et on ne peut pas parler de fabrication nationale puisqu’ils sont produits chez Nissan à Barcelone (c’est un Navarra cross-badgé seul le diesel 2.3 est made in Cléon).

Tomcraft

Le 09/05/2017 à 21:44

N’empêche, quelle gueule cet Everest! Malheureusement pas commercialisé dans nos contrées :'(

Paul

Le 09/05/2017 à 21:59

engage toi 😉

Heathcliff

Le 09/05/2017 à 22:45

C’est marrant qu’ils aient choisi un modèle non-commercialisé chez nous. Au niveau de l’homologation ça va donner quoi? Il doit y avoir des passe-droits pour les véhicules de l’armée.

Paul

Le 09/05/2017 à 22:50

il est homologué UGAP, cela suffit amplement pour une utilisation militaire…

Georges

Le 11/05/2017 à 14:33

J’ai lu que c’était un excellent choix, robuste et passe partout.

Corail74

Le 12/05/2017 à 12:52

C’est vrai que l’on peut déplorer la chute de nos industries, mais quand on sait que le véhicule le plus français est paradoxalement une Toyota…
Avec l’avalanche de normes (sécuritaires ou pire, environnementales), on a privilégié 2 gros groupes nationaux (Renault, PSA) en asphyxiant de petites PME qui auraient pu fournir des véhicules adaptés aux usages particuliers (armée, EDF…) et maintenir de l’emploi industriel sur notre sol…

philippe

Le 12/05/2017 à 14:30

Pourquoi le véhicule le plus français serait-une Toyota ??
On produit plus d’un million de véhicules en France chaque année sous des marques françaises, et on en exporte même sous les marques Mercedes Fiat Opel Nissan et Vauxhall, sans oublier Smart, fabriqués, conçus en France.
Non les PME ne sont pas forcément asphyxiées par les normes puisqu’il existe des exceptions sur les petits volumes, mais par contre la rentabilité est faible, ce qui explique leur difficulté à se maintenir.

Georges

Le 12/05/2017 à 15:00

Le plus français, par quoi : la quantité produite, la quantité d’éléments français intégrés ?
L’Everset n’est pas français car on n’a pas le marché.

Corail74

Le 16/05/2017 à 11:49

Par la quantité de valeur ajoutée multipliée par le nombre d’unités produites. Je ne comprendrai jamais pourquoi nos dirigeants ont laissé les usines délocaliser leur production, autorisé les marques étrangères à inonder notre marché (avant, il y avait des quotas) au détriment de nos ouvriers. Pour ma part, je suis fier de rouler en Peugeot 309 dont les composants sont majoritairement français et assemblée à Poissy !
Quant au prix, je pense que nombreux sont les acheteurs prêts à payer le même prix pour avoir une voiture avec moins d’électronique ou d’anti-pollution inutiles et peu fiables et plus de salaire pour les ouvriers ! Effectivement, vendre des m*** slovaques bourrées d’électronique chinois, c’est mieux pour les marges et les actionnaires… Je diverge…

philippe

Le 16/05/2017 à 12:03

Ok donc ce n’est pas une Toyota la plus française des voitures produites en France, le moteur et la boite ne sont même pas produits en France.
Il y a eu des quotas uniquement sur les Japonaises, et finalement malgré l’abandon des quotas on ne peut pas dire qu’elles aient envahi le marché.
Effectivement on peut retirer les dispositifs antipollution pour coûter moins cher à fabriquer mais bousiller la santé de la population 🙂
Et les dispositifs électroniques comme l’ABS ou l’ESP ou la direction assistée électrique et revenir à l’auto de grand-papa…
Ne vous inquiétez pas si on baisse le prix de revient d’une auto ce n’est pas pour augmenter le salaire des ouvriers mais les dividendes de l’actionnaire. Les salaires sont, comme on dit, régulés par le marché.

Georges

Le 16/05/2017 à 12:12

Ok donc c’est une contre vérité, il y a plus française comme production.

On peut faire comme les allemands faire les pièces dans les pays de l’Est et l’ssemblage en Allemagne avec le label made in Germany.

Et puis il faut arrête avec ça on est dans uune économie mondialisé
On est bien content que PSA et Renault vendent à l’étranger, beaucoup de ceux qui critiquent les délocalisations sont les premier à voir achetés dans les années 80 un four à micro onde japonnais, une télé japonaise et un mixer allemand !

philippe

Le 16/05/2017 à 13:02

C’est inévitable, il y a des flux croisés.
Le tout est qu’ils soient équilibrés.
Sur une Talisman essence fabriquée à Douai le moteur peut venir de Corée et la boite de Normandie tandis que sur un Koleos diesel fabriqué en Corée le moteur viendra de Normandie.

Georges

Le 16/05/2017 à 13:06

Tout à fait.

avito voiture

Le 21/05/2017 à 21:50

Nous constatons un développement important dans le secteur automobile, et pétrir en déplaçant loin de l’utilisation de carburants de remplacement et des énergies pour un environnement sain, le CDA dépendent des moyens novateurs pour garder la santé mentale du conducteur. Alors qu’est-ce qui est en magasin pour nous le temps.

Dom

Le 06/06/2017 à 15:46

la France a fabriqué d’excellent 4×4, mais avant la 2e guerre mondiale (les Laffly et autres 4×4 de notre cavalerie blindée), mais… avec des complexités techniques considérables et des sérieux problèmes de maintenabilité opérationnelle.
les choix des politiques de faire du franco-français a apporté des solutions calamiteuses à de nombreux problèmes : les méharis destinées a remplacer une Jeep sur deux ! génial ! le FAMAS arrivé avec 20 ans de retard sur les autres fusils d’assaut ! génial ! le ridicule ne tue pas, mais se retrouver armé de MAT-49 ou MAS-49/56 face a des gamins shootés armés de Kalash ou de FAL c’est du crime organisé.
La P4 ou Mercedes G du pôvre, était assurément le pire des choix lors du concours.
avec une bonne Kangoo peinte en camo CE les militaires n’avaient qu’à faire avec… et se la fermer.
j’aurais certains doutes avec l’Everest (en particulier la cabine fermée) mais au moins en cas de besoin nos hommes et femmes pourront au moins compter sur un véhicule tactique, un vrai

Georges

Le 06/06/2017 à 16:47

L’Everest est très bien, avis de futurs utilisateurs.
Pour info il n’est pas prévu d’aller à la guerre et ce serait le meilleur de sa catégorie en plus d’être fiable.

Le Famas est un excellent FA, qui a étonné pas mal d’armées étrangères. Pas ses chargeurs, sauf qu’ils étaient prévus comme jetable …. .

Phoenix

Le 07/08/2017 à 18:34

Bonsoir Paul,

co-administrateur du Collectif TRE, je découvre à l’instant votre citation flatteuse de notre blog sur votre site, que je connais comme passionné d’automobile.

Merci ! On se fera un plaisir de partager votre article sur la page facebook du blog dans le courant du mois d’août. Et, s’il y a lieu, je checkerai les infos de votre article pour une éventuelle mise à jour en conséquence du nôtre sur le VLTP ACMAT.

Et merci aussi pour votre excellent blog, un des plus complets et documentés sur le sujet automobile en langue française.

Au plaisir !

Cordialement,

Phoenix.

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