Ford GT 2005 : le trait d’union

Mardi 29 août 2017
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Une Ford GT peut en cacher une autre : après avoir essayer la toute dernière version sur le circuit d’essai de Michelin (lire aussi : Ford GT 2017), il était temps de parler de celle qui fit la transition entre la mythique GT40 (lire aussi : Ford GT40), et la nouvelle mouture de 2017, qui elle aussi porte le nom de Ford GT, produite entre 2003 et 2005.

La GT90 de 1995, prémisse de la GT de 2005 au style New Edge

J’ai eu l’occasion de rencontrer la bête en visiter les ateliers de Ford Heritage à Dagenham, près de Londres. Placée à côté d’une G40 d’origine et d’une GT 2016 de course, cette GT « trait d’union » a encore aujourd’hui ce qu’on appelle « une gueule ». Difficile de ne pas l’aimer, de ne pas constater sa musculature apparente. Impossible non plus de ne pas observer sa filiation évidente avec la GT40. C’est peut-être là son principal défaut. En ce début des années 2000, l’heure était au revival, avec le succès des nouvelles Beetle et Mini. La GT joue sur le même registre : la réinterprétation moderne d’un mythe. C’est beau, c’est réussi, mais peut-être lui manque-t-il une personnalité propre, comme peut l’avoir la GT d’aujourd’hui.

L’aventure commence dans les années 90. Chez Ford, faire revivre le mythe de la GT40 commençait à titiller certains. Depuis la fin de production du modèle, Ford n’avait plus jamais mis un pieds dans le monde des supercars et pour certains, c’était vraiment dommage. Ford était l’un des rares constructeurs généralistes à avoir oser défier les spécialistes de la voiture ultra sportive, et disposait d’une certaine légitimité pour y revenir. Quand on a créé un mythe, on obtient à vie le droit de retenter l’aventure. Les équipes du design planchèrent alors sur une nouvelle version présentée comme concept-car en 1995 et dénommée GT90 (90 pour la décennie, pas pour les pouces hein!). Avec la GT90, Ford revisite le mythe même n’est pas encore dans le revival. Au contraire, ce concept recevait des lignes très New Edge design alors en vogue chez Ford, mélange de courbes et de lignes acérées. Ce premier pas vers le renouveau de la GT40 allait mener, 7 ans plus tard, à la renaissance tant attendue.

Projet Pétunia

La GT90 était un galop d’essai. Il fallut attendre le début des années 2000 pour que Ford plancha sur sa « new » GT40, sous le nom de code de Pétunia. Même en interne, peu de gens savaient ce qui se tramait pour le North American International Auto Show de Détroit, en janvier 2002. A la tête de l’équipe chargée du design, Camilo Pardo, en consultant technique auprès des ingénieurs, Caroll Shelby « himself » (sans doute plus pour le nom et la communication qu’une réelle aide technique). En janvier, la voiture est présentée sous les « hourras » de la foule ébahie par cette renaissance, clairement indiquée par son nom, GT40, bien qu’elle fasse 43 pouces de hauteur. Si Ford avait bien dans la tête de produire à nouveau cette GT40, le succès public et médiatique le renforça dans cette opinion.

Les 3 prototypes présentés pour le centenaire de la marque Ford en 2003

Dès février 2002, Jim O’Connor, président de la marque Ford, décidait du lancement de cette GT40, dont les prototypes commencent à rouler à la fin de l’année. Il fallait qu’au moins 3 soient prêts pour 2003 et le centenaire de la marque, l’occasion rêvée pour annoncer au public le retour de la belle « néo-rétro ».

De GT40 à GT tout court

Dès le concept de 2002, les hommes de Ford s’étaient aperçus d’une énorme bourde : le nom GT40 ne leur appartenait pas. Jamais déposé, ou tombé dans le domaine public sans être renouvelé ? Toujours est-il que le nom appartenait désormais à Safir Engineering qui avait pu monter des GT40 MkV dans les années 80. Si l’utilisation du nom avait pu être négocié pour le concept de 2002, c’était une autre paire de manche pour la voiture de série. Safir fut-il trop gourmand, ou Ford trop pingre ? Difficile à dire, mais les négociations échouèrent, obligeant Ford à se rabattre sur une appellation plus sobre, GT, qui perdure aujourd’hui. Finalement, ce n’était pas un mal, histoire de se différencier de sa glorieuse aînée. Elle lui ressemblait déjà beaucoup malgré une longueur et largeur sans commune mesure, alors porter le même patronyme, cela aurait fait sans doute un peu trop.

La production des GT commença en octobre 2004 (AM 2005). Pour construire cette « petite série » (4500 exemplaires prévus), Ford va devoir mettre en place un meccano industriel des plus complexes. Les faux châssis étaient assemblés chez TK Budd Milfab à Détroit. Ils étaient ensuite envoyés chez Mayflower Vehicle Systems à Norwalk, dans l’Ohio. L’assemblage y était fait en partie avant de partir chez Saleen, à Troy, Michigan, où les voitures étaient peintes et recevaient leurs trains roulants. Ensuite, direction Wixom, Michigan, dans les ateliers de Ford SVT, où les GT recevaient leur boîte de vitesse, et leur moteur, assemblé lui à Romeo, Michigan. Elles recevaient aussi leurs finitions intérieurs, et les hommes de SVT procédaient aux tests. Certes, cela restait dans une aire géographique restreinte, mais quel balai de camions allant de l’un à l’autre des lieux de production !

Côté moteur justement, la GT recevait un gros V8 Triton de 5,4 litres à compresseur issu de la Mustang GT500 duquel on avait pu tirer quelques chevaux supplémentaires, atteignant 558 chevaux. Châssis alu, carrosserie mêlant alu, plastique, et carbone, et seulement 1545 kg sur la balance : de quoi profiter du moindre cheval produit par le V8 ! Pas forcément la plus efficace des supercars, ni la plus performantes, mais là n’était pas la vocation de la GT : tout en elle rappelle l’Amérique, son aïeule, la force brutale, et vous ôte l’envie de la comparer.

Au début de la commercialisation de la GT, l’engouement fut tel que le prix officiel de 140 000 dollars devint vite beaucoup plus important : celui qui faisait le plus gros chèque emportait sa voiture avant les autres. La première GT (en fait la n°10, les 9 premières ayant servis aux tests de Ford), vendue dans le cadre d’une œuvre caritative, atteignit la somme faramineuse de 557 000 $. Petit à petit cependant, l’hystérie se calma et les prix redevinrent « normaux ». A tel point qu’il fut même difficile à Ford d’écouler autant d’exemplaires que prévus : seuls 4038 exemplaires (dont 101 seulement pour l’Europe) furent fabriqués jusqu’en 2006, sans jamais atteindre l’objectif de 4500.

Peut importe à vrai dire… Ford faisait son retour parmi les « grands » de la voiture de sport, avec un véhicule à la hauteur des espérances, mêlant habilement nostalgie et performance brute. Mais il est vrai qu’avec son deuxième opus de GT, Ford va encore plus loin, s’affranchissant du passé pour aller vers l’avenir, jouant la voiture de course plus que le néo-rétro, bousculant les habitudes avec un V6 Biturbo Ecoboost plutôt qu’un bon vieux V8. Autant dire qu’une GT 2005 vous offrira une certaine nostalgie sans dépenser les millions que coûte une GT40, tandis qu’une GT 2017 vous permettra de profiter pleinement d’une bête de course (mais à quel prix?). De toute façon, aucune de ces 3 là n’est vraiment à notre portée hein ! Mais le rêve n’a pas de prix !

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9 commentaires

Choco

Le 29/08/2017 à 15:16

Déjà j’apprends que c’est GT et pas GT40 … M’en fout, je continuerai à l’appeler GT40 ! 🙂
J’ai toujours trouvé ce modèle sympa, même si l’on est loin en terme d’encombrement et de poids de la (vraie) GT40 d’origine. Je l’ai trouvé réussie quand elle est sortie alors que le nouveau modèle semble plus avoir été dessiné pour la compétition que pour être joli.
Merci de nous avoir fait découvrir le vrai mic-mac des lieux d’assemblage.

YO

Le 29/08/2017 à 20:53

Dommage que Ford n’est pas osé l’originalité de la GT90 en série

J2M

Le 29/08/2017 à 22:15

On finit par se demander pourquoi ce genre de voiture n’est pas produit en série, au besoin avec 300 cv de moins.
Une ligne superbe, un chassis qui pourrait être simplifié sans pertes notoires, une enveloppe à faire désépaissir en augmentant les cadences de production et le nombre de pièces communes…
Rien d’impossible.
La Mazda MX 5 reste la seule sur son créneau et elle s’est taillé un succès générationnel. Personne n’a suivi.
Là on a eu, une fois de plus, la folie des grandeurs. Même regret pour l’Alpine, deux voire trois fois trop chère.
Quand je repense à l’expérience ébouriffante du Spider Renault, hélas sans lendemain, je me dis que décidément…
Bin que décidément, et je radote, il n’y a plus que les motos sportives pour avoir la banane pour moins de 20 000 € rien qu’en les regardant.
Une GT, une berlinette à 30 000 € avec 200cv, c’est trop demander ?

troisetdeuxquatre

Le 30/08/2017 à 13:33

Je viens confirmer, enfoncer le clou, que dis-je le pieu que J2M met en avant et très judicieusement sur son commentaire : pourquoi on ne peut pas avoir du beau sans avoir les 600 chevaux qui vont (hélas) avec…?????????????
Pour une expérience de conduite telle, seule la Lotus Elise se rapproche de ce rêve pour « conducteur pauvre mais passionné »… et encore en occasion récente.
Sans tomber dans le « c’était mieux avant », les petits spiders anglais ou italiens étaient les seuls produits qui pouvaient donner du plaisir pur sans débourser des sommes pantagruéliques… en ce moment, Mazda MX-5 ou Fiat spider 124 et c’est tout. Quoi ? C’est la même voiture ? Rhooooô dingue ça… quand je dis que le choix est restreint !
Ma foi, à se demander si ce n’était pas… mieux avant. 😉

troisetdeuxquatre

Le 31/08/2017 à 12:50

Hé hééééééééééééé, en relisant un article de BR, j’ai trouvé ZE voiture qui allie le plaisir, le look (enfin les goûts et les couleurs…) et le prix à moins de 30 000 euros NEUVE…
Bon, soit, ce n’est pas un spider mais elle distille un plaisir énorme à tous ceux qui l’ont essayé : la Toyota GT86 !!!
Vais aller voir sur LeBonCoin moi………………………….

Rodrigo

Le 30/09/2017 à 10:16

Jeremy Clarkson de chez Top Gear en avait acheté une et très publiquement fait les frais de la fiabilité plus qu’aléatoire d’une voiture arrivée sur le marché sans que la partie mécanique ait été entièrement testée…

Troisetdeuxquatre

Le 30/09/2017 à 20:27

Ah peut-être, si tu le dis… mééé je parlais plaisir de conduite et non fiabilité.
Si en plus d’être belle (ou presque) et de distiller du plaisir, tu veux que la voiture soit fiable……… on parlerait de la voiture parfaite !

Rodrigo

Le 01/10/2017 à 22:24

Je parlais de la Ford GT, non pas de la Toyota GT86, qui est elle fiable comme…une Toyota.

Troisetdeuxquatre

Le 01/10/2017 à 22:31

Méééééé alors……… jetons-nous tous, ô pauvres prolétaires que nous sommes, sur une AE…….. euh que dis-je, une GT86 !!!!!!!!! (Pour la référence, je vous renvoie à votre bibliothèque nippone)

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