Taxis G7: la multinationale qui avait peur d’Uber

Publié le jeudi 25 juin 2015.
Mis à jour le vendredi 5 juillet 2019.
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Difficile d’écrire et de faire normalement des articles aujourd’hui tant le web bruisse du conflit entre chauffeurs de taxis et Uber. Comme certains de mes confrères blogueurs (lire aussi : Miss280ch: honte aux taxis voyous, stop aux amalgames sur les VTC), j’ai une certaine expérience des taxis parisiens (j’ai vécu près de 32 ans à Paris), dont je vous épargnerais les détails (ça serait trop long). J’ai une toute petite expérience d’Uber, mais j’ai pu aussi constater le service incroyable proposé, ce service que l’une de mes consoeurs loue à raison (lire aussi : En Voiture Carine: lettre d’amour à mon VTC). Mais là n’est pas le débat.

G7 03

Ce qui m’a fait bondir aujourd’hui, outre le blocage scandaleux de tout Paris pour servir des intérêts économiques discutables, c’est l’interview sur France Info de Serge Metz, patron des taxis G7, parlant de concurrence déloyale (à écouter ici : Interview de Serge Metz par France Info). Entendre parler le patron d’une multinationale crachant du cash comme personne se positionner en victime d’une autre multinationale plus maline que lui, c’est assez piquant.

En amateur d’histoire automobile, forcément, entendre la G7 se positionner en victime me fait doucement marrer. Surtout que dans ce conflit, on met bien en avant les artisans (ayant dépensé de façon idiote à cause d’une pénurie organisée plus de 200 000 euros pour leur plaque censée être gratuite), qui auraient du mal à s’en sortir (si ce métier était si peu rémunérateur, pourquoi alors s’endetter pour cette fameuse plaque à 200 k?). Ou comment réduire le monde des taxis à ces artisans, minoritaires, en omettant de parler de ces milliers de chauffeurs salariés d’une multinationale centenaire ou loueurs de véhicules et de plaques de cette même compagnie.

La G7 victime d’une concurrence déloyale ? Allons, restons sérieux. Créée en 1905 par le Comte Waleski (un descendant de Napoléon) et par le Baron Rognat, la Compagnie française des automobiles de place, soutenue par la Banque Mirabaud (une banque genevoise encore en activité aujourd’hui) n’a dès le départ rien à voir avec une société philanthropique ! Elle deviendra G7 suite à l’immatriculation accordée à ses taxis par la préfecture.

G7 01

On connaît sa participation glorieuse à la bataille de la Marne en 1914, les fameux « taxis de la Marne », mais on connaît moins son histoire, digne d’une success story. Par le biais de rachat successifs, la compagnie se retrouve filiale de Simca, et un de ses cadres profite de la volonté du constructeur de s’en désengager pour racheter la belle endormie. Il s’agit d’André Rousselet, qui n’a rien à voir avec le monde des Bisounours.

L’homme est un financier, et un habile marketeur. Il fera de la G7 en son temps ce qu’est en train de devenir Uber aujourd’hui : une société bouleversant le marché à coup d’innovations technologiques et d’offres marketing intelligentes. J’imagine comme les chauffeurs de taxi indépendants ont dû être contents de voir arriver, en 1964, la première centrale de réservation de taxi par téléphone et radio-téléphone : une sorte d’application Uber avant l’heure. Mais au lieu de créer le bordel que l’on voit aujourd’hui, cette innovation obligera les compagnies concurrentes (les taxis bleus) à suivre (puis à se faire racheter par la G7 acquérant un quasi monopole) et les indépendants à s’affilier. Comment verrouiller le marché à moindre frais.

André Rousselet
André Rousselet

En 1985, c’est l’heure aussi de rénover le service, en proposant aux entreprises le service « Club Affaire » sur abonnement, une manne qui permettra les abus que l’on connaît aujourd’hui grâce à Agnès Saal, qui après s’être fait pincée pour des notes faramineuses lors de sa présidence de l’Ina, se voit rattrapée par la même idiotie avec le Centre Pompidou (lire aussi : Le Monde: Agnès Saal aurait dépensé 38 000 euros en taxis au Centre Pompidou).

Entre temps, Rousselet a déjà fortune faite, et n’hésite pas à devenir le pourfendeur des monopoles en créant Canal Plus sur un modèle totalement nouveau en France : le cryptage et l’abonnement. Le tout soutenu par le camarade Mitterand, pas toujours aussi à gauche qu’il ne le prétend quand il s’agit d’aider les vieux copains capitalistes. A l’époque, on crie à la concurrence déloyale : ironie du sort, c’est aujourd’hui la G7, toujours propriété de la famille Rousselet, qui pousse les même cris via son PDG Serge Metz devenu porte parole d’une profession qui lui rapporte des millions.

Je n’ai pas fait une enquête très poussée, je l’avoue. Je suis juste allé regarder les comptes publiés sur le site de la G7 pour me faire une idée. Les comptes sont présents jusqu’en 2012. A cette date, le chiffre d’affaire du groupe en propre s’élève à 318 millions d’euros, pour un résultat net de 23 millions. Si ce chiffre d’affaire comprend aussi la location de voiture (Ada) fragilisée par Blablacar, on s’aperçoit aussi qu’il comprend certes la centrale de réservation, l’activité en propre de taxis, mais aussi la vente de matériels destinés aux taxis. Autant dire que pour la G7, qui se cache derrière toute une profession, l’enjeu est énorme (lire aussi :Chiffres G7).

G7 02

Car si Uber prenait l’ascendant (ce qui risque de se passer vues les réactions sur le net), c’est tout le business bien rôdé d’une firme ultra rentable qui s’effondrerait, attaquée sur deux fronts par les nouveaux entrepreneurs du web. Si d’un côté Uber et de l’autre Blablacar s’imposaient, que resterait-il à la G7 ? Alors, il devient facile de comprendre l’implication que peut avoir la vieille centenaire derrière ce tohu-bohu ! Car la belle ne supporte pas de voir qu’elle est à la traîne, elle qui avait jusque là réussi à s’imposer à coup d’innovations.

En même temps que la G7 fustige Uber, et jette de l’huile sur le feu en manipulant les chauffeurs salariés (dépendant de G7), locataires (louant à la G7) ou artisans (pas si mal lotis), elle retrouve la gniac d’antan en se réinventant. Serge Metz annonce ainsi qu’il va lancer un nouveau service destinée à la clientèle « jeune » rentrant bourrée de soirée (quasi sic), comme on peut le lire sur le Huffington Post (lire aussi : Huffingtonpost: La G7 propose des services moins chers pour les jeunes). La G7 qui a aussi lancé l’application WeCab, le taxi partagé, ou e-Cab, une appli haut de gamme ! Comme quoi ! Une saine réaction mais qui fait de la G7 un suiveur plutôt qu’un leader comme avant !

G7 05 ecab

Je n’ai rien contre la G7, belle entreprise française, souvent innovante et pertinente, mais qui s’était sans doute endormie sur ses laurieurs, et qui se retrouve attaquée par plus malin qu’elle (l’arroseur arrosé quoi!). Mais peut-être était-il temps d’en parler pour compléter la connaissance du monde des taxis volontairement rendu opaque par un système compliqué, archaïque, servant les intérêts de quelques acteurs, pas forcément chauffeurs !

[EDIT] En complément, un article très intéressant de l’Obs sur la G7, ressorti opportunément 3 heures après la publication de cet article…: Comment le roi des taxis compte contrer Uber au détriment des clients !

 

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12 commentaires

fab

Le 25/06/2015 à 15:19

Je ne suis pas Uber et encore moins taxi. Je pense que tu vas pas te faire des potes. Mais je suis d accord avec toi. Les taxis qui choisissent leur client ou qui font payer le retour parce que tu habites en grande banlieue… Vive Autolib ^^

Paul

Le 25/06/2015 à 15:47

Pas me faire que des amis ? Je dis pas d’énormité, je m’intéresse juste à cette histoire en me disant: à qui profite le crime ? 😉

fab

Le 25/06/2015 à 18:06

Bah oui mais j’ai bien reçu une menace sur twitter. j’ai déjà déposé une main courante contre un taxi il y a quelques années pour une conduite dangereuse. il avait pris la fuite quand j’ai essayé de m’approcher de lui pour qu’on s’explique. Seuls ils font moins les bonhommes.

Ericpointcom

Le 25/06/2015 à 21:26

Merci, tres instructif et voilà qui éclairci un peu l’affaire, bien que mon camps est naturellement celui de ceux qui ne cassent pas les burnes des usagés.

Comme je me marre quand je vois les images ce soir de toute cette racaille qui caillasse et retourne des voitures. ..
imaginez vous 2 seconde qu’on s’en prenne à votre sacro-sainte voiture.
Ne serait-ce qu’un petite raillure …

Quand on voit tous ces touristes remonter les filles de bouchons à pied pour ne pas rater leur vol, ce n’est pas de la prise d’otage ça, non !

Allez, continuez à bien vos enfoncer dans la merde que vous avez créé de vous même à raison de sélection de la clientèle et de conduite pourrie.

A demain dans les bouchons Vous savez,c’est moi qui roule fenêtre ouverte sur la voie de gauche, et doigt bien tendu.
Bisous quand même.

Maxime

Le 25/06/2015 à 17:41

On pourrait aller plus loin encore et aborder le sujet des taxis refusant des courses « courtes », parce que bon, ce serait pas rentable ou tout simplement « pas envie », il faudrait rappeler qu’en Allemagne, ou pour le cas de Düsseldorf et Berlin j’en suis sur, le chauffeur n’a pas le droit de refuser des courses minimales, le prix aussi qui n’est pas transparent, et puis la belle affaire de trouver un taxi en pleine nuit a Paris, je trouve que jouer aujourd’hui la victime alors qu’on a le choix entre un service assez vip, puisque bien souvent mercedes, ou autre allemandes (j’ai aussi pris une saab 9-5 une fois), petites attentions, chauffeur qui se tait ou qui n’est jamais vulgaire, et le taxi traditionnel, mon choix est aujourd’hui fait en tout cas en France.

S’adapter ou mourir, l’UFC Que Choisir attaque Uber devant l’opacité des règles de confidentialité d’Uber qui ne serait pas en règle, personne n’est tout blanc dans cette histoire.

Medved

Le 25/06/2015 à 21:17

C’est un détail, mais je serais curieux de savoir quel a été lemontant de la course pour les taxis de la Marne?….
Pas du tout gratuit je suppose, et çà nous devrait nous interpeler pour savoir à qui profite toujours les crimes

Paul

Le 25/06/2015 à 21:25

Marrant, j’ai hésité à appeler cet article « à qui profite le crime » bien plus vendeur il faut l’avour…

Sachant que la G7 dispose de plus de 50 % de la flotte parisienne, salarie des chauffeurs, loue des voitures et leurs plaques à d’autres, possède les Taxis Bleus soi disant indépendants, dispose d’une centrale de réservation monopolistique, vend des voitures, rachète des voitures, puis les revends, vend aussi du matériel taxi (horodateurs, signalétique etc), loue aussi des voitures via ADA (sa filiale attquée elle par Blablacar)… autant dire que le pognon est en jeu bien plus que l’artisant taxi (minoritaire à Paris), qui s’est pourtant endetté avec l’accord des banques complices pour l’achat d’une plaque officiellement gratuite, mais limitée par un Numerus clausus (quand Jacques Attali avait proposé de changer ce système il y a 4 ans, tout le monde s’était foutu de sa gueule… il ne fait pas bon être visionnaire en France).

Marc

Le 09/07/2015 à 00:38

Je ne suis pas fan des taxis, grossiers personnes mais pas tous.
Je ne suis ni fan d’uber non plus, grosse multinationale qui ne pense qu’à faire du cash, ne paye pas d’impots en France, n’hesite pas à contrer la loi (avec Uber Pop) et projette de mettre ses chauffeurs au chômage quand les voitures autonomes seront disponibles. Et cela pour faire encore plus de blé. A signaler aussi que la majorité des chauffeurs Uber sont d’anciens chauffeurs de taxis.
Et voilà mon commentaire pour signaler les inexactitudes de cet article : les chauffeurs ne sont pas salariés de Taxis G7. Ils perçoivent la totalité du montant de la course et restent des artisans taxis. Ils déclarent comme les chauffeurs d’Uber et comme Taxis G7 et non comme Uber leurs revenus à l’état français.
Je voudrais juste dire stop aux ‘articles’ publiés sur le web qui commentent l’actualité en donnant de fausses informations. Cela devient n’importe quoi quand n’importe qui veut donner son opinion sur un sujet non maîtrisé. Je respecte ceux qui donnent un avis éclairé aux lecteurs et informent ceux ci de façon pertinente. Voilà !

Paul

Le 09/07/2015 à 00:55

Vous avez raison à moitié: sur le plan des « salariés », il en reste encore chez G7 mais désormais, la compagnie privilégie les locataires. C’est un statut pas forcément plus enviable, et surtout cela permet de vendre les services de la G7… Qui vont jusqu’à l’école de taxi G7: http://www.g7taxis.fr/services/artisan-taxi.html ! Je n’ai rien contre G7, ni rien contre Uber, mais il convient parfois de préciser certaines choses et de présenter un autre angle. Voilà ! 😉

gaston

Le 12/03/2016 à 08:55

Merci pour votre enquete.
Voici une precision etonnante apportee par Paul Dumont dans les « Balkan Studies » 28.2 (Jan 1, 1987) :
« C’est ainsi notamment qu’à partir de la fin de 1908, les rédacteurs de la Turquie Nouvelle, le principal organe de propagande pro-turc de la capitale française, tout en continuant à se vouloir les défenseurs des intérêts ottomans, devaient multiplier les critiques—parfois très vigoureuses—à l’endroit des méthodes et de la ligne politique mises en oeuvre par le CUP. Quelques mois plus tard, le journal allait subir une métamorphose extrêmement curieuse. Sans abandonner son nom, ni son sous-titre d’organe de “défense des intérêts ottomans”, il devint tout bonnement l’organe des taxis parisiens et plus précisément celui de la compagnie G7, cédant son rôle de défenseur de la Turquie à un autre périodique, la Jeune Turquie, subventionné, semble-t-il par l’ambassade ottomane à Paris. »
http://search.proquest.com/openview/631177b14cba3bcc5fed78b145585e11/1?pq-origsite=gscholar

Paul

Le 12/03/2016 à 09:11

Ah tiens, étonnant ! Je me pencherai là dessus tiens !

Piccolo

Le 23/04/2019 à 21:30

Bon on est en 2019/et que constate t’on?……G7 est au top de la qualité et uber est déplorable, comme quoi les jugement hâtif et anti taxi pour défendre l’indéfendable.

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