Gil Jourdan : l’automobile selon Maurice Tillieux

Publié le mercredi 22 janvier 2020.
Mis à jour le mardi 28 janvier 2020.
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Des BD dédiées à l’automobile, on en trouve beaucoup, et la plus connue reste évidemment Michel Vaillant, dessinée par Jean Graton. Pourtant, d’autres oeuvres permettent de se replonger avec délectation dans le monde automobile sans qu’il en soit le sujet central : Tintin, bien entendu, mais aussi Lefranc, signé Jacques Martin. Il existe aussi une savoureuse bande dessinée, oubliée par les plus jeunes, mais que les grands enfants gardent en mémoire tant l’humour et la voiture y ont leurs places, qui s’avère un véritable catalogue de l’automobile des années 50 et 60 : Gil Jourdan, avec au crayon le discret, mais brillant, Maurice Tillieux.

L’un des albums les plus célèbres des aventures de Gil Jourdan, de son adjoint repris de justice (et de justesse) Libellule et de l’inénarrable inspecteur Crouton, reste La voiture immergée. Le volume s’ouvre sur une scène que bien des lecteurs encore jeunes à l’époque gardent en mémoire : dans une atmosphère lugubre, au crépuscule, se présente le Pas du Malin, route submersible menant à la Tour du Chevalier Joyeux. Apparaît ensuite une superbe Facel Vega FV2 bleue dont le conducteur, maussade et maugréant, prend le volant pour s’engager sur le Pas du Malin : on ne reverra jamais Nikita Zix, antiquaire à Paris, tandis que la Facel est retrouvée, immergée, donnant son nom à l’album.

Maurice Tillieux, amateur d’automobiles

Le dessin est sublime, l’ambiance prenante, mais ce que bon nombre de petits garçons remarquèrent à la sortie de l’album en épisodes dans le magazine Spirou, en 1958, c’est cette belle Facel Vega qui faisait alors rêver : Jean Daninos était encore flamboyant, et sa marque faisait naître l’espérance d’une marque de prestige française pérenne ! La présence d’automobiles réalistes dans l’oeuvre de Maurice Tillieux n’est pas un hasard : l’homme est un passionné d’automobile, même s’il devra attendre l’âge de 32 ans pour s’offrir sa première voiture, une Hillman (qu’il démontera de fond en comble, et dont il corrigera chaque panne lui-même). 

Dessinateur de talent, Tillieux aime dessiner les automobiles de son époque, et va s’inspirer de Hergé, de Jacques Martin, mais aussi de Franquin qui lance dans Spirou les Chroniques de Starter (reprises ensuite par Jidéhem). Petit à petit, il va acquérir un sacré coup de crayon lui permettant de croquer les voitures de façon réaliste tout en les rendant crédibles au sein du dessin et des paysages des aventures de Gil Jourdan.

Gil Jourdan et la France automobile des années 60

Avec Gil Jourdan, Tillieux, bien que belge, dépeint la France de la fin des années 50 et des années 60. Dans sa jeunesse, il a passé de nombreuses vacances dans l’hexagone, traversant de part en part le pays pour rejoindre la Côte d’Azur. Il peuplera ensuite ses cases de Citroën 2CV, de Peugeot 202 puis 203 (les premières voitures de Gil), de Renault 4CV ou de Facel Vega. La course-poursuite, la cascade automobile ou les pannes deviennent des ressorts importants des scénarios de Tillieux, au même titre que l’humour.

Si Gil Jourdan va changer régulièrement de voiture (allant même jusqu’à conduire une Renault 17), c’est surtout la Renault Dauphine qui restera associée à notre détective préféré. La première sera rouge, et finira mal dès sa première apparition dans La voiture immergée. Sans doute convaincu par les qualités de cette petite berline, notre intrépide ami décidera, dès la fin de l’album, de rester fidèle à la régie : “une jolie occasion” de couleur jaune que l’on reverra dans plusieurs épisodes (avant de redevenir rouge le temps d’un album, Les Moines rouges).

De l’humour (beaucoup), des amis, des voitures, des paysages de la France profonde et des scénarios travaillés : autant d’ingrédients qui rendent les aventures de Gil Jourdan savoureuses et inoubliables. Maurice Tillieux marquera de son empreinte la bande dessinée des sixties, laissant dans les années 70 le crayon à Gos, se réservant l’écriture. Des aventures à redécouvrir aujourd’hui, surtout lorsque l’on est amateur de voitures et bien évidemment nostalgique.

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5 commentaires

Philippe

Le 23/01/2020 à 17:44

Excellent petit (trop court…) article sur un auteur et des ouvrages à (re) découvrir.
Je vais de ce pas m’en (re)lire un ce soir !

Tom

Le 03/02/2020 à 23:27

Et bien moi aussi, celui au Mont St Michel.

Alexis

Le 23/01/2020 à 19:58

Haaaaa je savoure cet article car Gil Jourdan, sa dauphine et ses innombrables crash de voitures ont très certainement influencés ma jeunesse à aimer autant les autos. L’humour particulier de Libellule et la crétinerie de Croûton devaient rendre les trajets de Gil à travers la chine ou à travers la France bien pénibles !

wolfgang

Le 23/01/2020 à 23:59

Jourdan c’est vraiment très bien. Je suis fan absolu. Mais tout amateur d’auto doit aussi lire Harry Dickson.

FCM

Le 27/01/2020 à 11:47

Article sympa. Pour les amateurs, je ne peux que conseiller la splendide (mais hélas assez coûteuse) monographie parue il y a quelques années intitulée Heroic, qui doit toujours être disponible.

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